Régionales en Paca : Jean-Laurent Félizia sous pression après l'annonce de son maintien

ELECTIONS Des responsables politiques nationaux comme locaux, et même certains de ses colistiers, appellent Jean-Laurent Félizia, candidat de la gauche aux régionales, à se retirer 

Mathilde Ceilles

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L'écologiste Jean-Laurent Félizia a annoncé son intention de se maintenir face au RN et au LR en Paca
L'écologiste Jean-Laurent Félizia a annoncé son intention de se maintenir face au RN et au LR en Paca — Alain Robert / Sipa
  • Jean-Laurent Félizia a décidé de se maintenir au second tour des élections régionales, malgré un RN en tête.
  • Une décision que désapprouvent EELV et plusieurs colistiers, qui craignent que cette position favorise l’extrême-droite.

La nuit a été courte pour Jean-Laurent Félizia. Depuis ce dimanche soir, date des résultats du premier tour des élections régionales, le candidat EELV, tête de liste de la coalition de gauche en Paca, se retrouve en première ligne. Arrivé en troisième position derrière le président LR sortant Renaud Muselier, et son principal rival, le candidat RN Thierry Mariani, Jean-Laurent Félizia a annoncé, vers 22 heures, son intention de se maintenir, cassant la logique d’un retrait au nom du front républicain.

« La question s’est posée dès le début de la campagne, et particulièrement la semaine dernière, confie Nathalie Morand, porte-parole d’EELV en Paca. Certains ont eu du mal à dormir en se demandant quelle était la bonne ou la mauvaise solution. On a eu beaucoup de discussions informelles entre nous. La décision a été réfléchie, elle n’a pas été prise sous le coup de l’émotion. Elle a été guidée par le fait que le front républicain ne marche de toute façon pas. Si l’on se retire, nos électeurs voteront blanc. »

« Ça suffit d’être la gauche castor »

« Ça suffit d’être la gauche castor, juste là pour construire des barrages, abonde avec un certain agacement un colistier socialiste déjà candidat en 2014. On a déjà dû se retirer face au RN lors des dernières élections, et il n’y avait plus de gauche au conseil régional. La gauche ici est au fond du gouffre. Nos électeurs ne se déplacent plus. Et ce n’est pas en faisant barrage qu’on va continuer à les mobiliser ! »

Le hic ? Cette prise de position divise profondément les partenaires politiques de Jean-Laurent Félizia, aussi bien localement que nationalement, et le candidat EELV se retrouve lâché en rase campagne de toute part. Depuis sa déclaration de dimanche soir, les appels au retrait se multiplient d’heure en heure. Il y a eu d’abord Olivier Faure, le président du parti socialiste, qui s’est inscrit en faux, au nom du « risque pris face à l’extrême droite. » Il y a eu ensuite EELV qui, par la voix de Julien Bayou ce lundi matin a menacé ce dernier d’exclusion en cas de maintien.

Dissensions internes

« Les mêmes personnes qui appellent au retrait sur les réseaux sociaux nous ont félicités hier soir, s’agace un cadre local d’EELV. Tout ceci est une question de posture. Nous avions réalisé un sondage auprès de nos électeurs et une majorité s’était positionnée pour le maintien. » A ces oppositions des partis s’ajoutent des protestations locales, y compris d’une partie des colistiers. Peu de temps après sa déclaration, la fédération des Bouches-du-Rhône du parti communiste, qui compte seize candidats aux côtés de Jean-Laurent Félizia, a fait savoir son opposition à la stratégie de la tête de liste.

« Nous considérons que le risque RN est trop grand pour permettre ce genre d’aventure, tacle Anthony Goncalves, candidat sur la liste aux régionales dans les Bouches-du-Rhône et chef de file du PCF pour ses régionales. C’est une erreur politique, et nous avons fait savoir notre désapprobation hier soir. Nous n’étions d’ailleurs pas derrière Jean-Laurent Félizia au moment de sa déclaration. » « J’étais candidat sur la liste de Jean-Laurent Félizia, ça sera sans moi », lance sur les réseaux sociaux Alexandre Latz, référent du mouvement Place Publique

Pas de désistement possible pour les colistiers

De son côté, le maire socialiste de Marseille Benoît Payan a fait également savoir son opposition à une telle prise de position. Difficile dans ces conditions d’imaginer les colistiers de Jean-Laurent Félizia proches du maire de Marseille, à l’image d’Arnaud Drouot, son directeur de cabinet, rester solidaire de la tête de liste écologiste dans cette bataille électorale. Et ce, d’autant plus que le patron des socialistes Olivier Faure a promis qu’en cas de maintien, aucun socialiste ne serait présent sur les listes.

Un petit détail technique, pas si anecdotique, entrave toutefois ces colistiers réfractaires : légalement, rien ne leur permet de se retirer durant l’entre-deux-tours. Leur sort se retrouve donc entre les mains de Jean-Laurent Félizia et de sa décision. « Jean-Laurent Félizia ne tiendra pas la pression, pronostique un colistier socialiste des Bouches-du-Rhône. Il a quand même les partis sur le dos, et ça compte. » « Pour l’instant, même si rien n’est arrêté, on s’achemine quand même vers un maintien », rétorque un cadre EELV local. Le dépôt des listes doit être fait avant ce mardi 18 heures.