Régionales dans les Hauts-de-France : LREM nationalise le scrutin pour attaquer Xavier Bertrand et le RN

POLITIQUE Trois ministres étaient présents ce vendredi dans les Hauts-de-France pour la dernière ligne droite de la campagne

Laure Cometti

— 

Gérald Darmanin et Laurent Pietraszewski devant l'usine France cake tradition, à Tourcoing, le 18 juin 2021.
Gérald Darmanin et Laurent Pietraszewski devant l'usine France cake tradition, à Tourcoing, le 18 juin 2021. — L. Cometti /20 Minutes
  • Après l'échec des municipales, La République en marche se veut modeste sur ses ambitions pour les régionales et les départementales, mais elle souhaite limiter la casse, à dix mois de l'élection présidentielle.
  • Dans les Hauts-de-France, la majorité présidentielle a envoyé cinq ministres sur les listes face au sortant Xavier Bertrand, qui a fait de sa réélection le préalable à sa candidature présidentielle.
  • La stratégie entre les deux tours est au coeur des interrogations, face au risque de victoire du Rassemblement national.

De notre journaliste dans le Nord,

« Bonjour, je suis le ministre de la Santé au travail, je suis armentiérois, et je suis candidat aux régionales ». Ce vendredi midi, Laurent Pietraszewski déambule sur le marché d’Armentières escorté d’une poignée de colistiers et d’un officier de sécurité. Entre deux échanges cordiaux avec des commerçants, la tête de liste de la LREM dans les Hauts-de-France s’achète une barquette de fraises. L’ex-député du Nord, devenu ministre en décembre 2019, fait partie des cinq membres du gouvernement en campagne dans cette région.

Face au sortant de droite Xavier Bertrand, au Rassemblement national en pleine percée dans les sondages et à l’unique liste d’union des gauches, le marcheur Pietraszewski fait figure de « challenger », concède-t-il, « lucide ». Dans les sondages, la liste du parti présidentiel et de ses alliés plafonne autour de 10 % des intentions de vote au premier tour, en quatrième position.

Des affiches à Armentières (Nord).
Des affiches à Armentières (Nord). - L. Cometti /20 Minutes

Nationaliser le scrutin, une stratégie à double tranchant

« Il faut qu’on se fasse une place dans ces élections territoriales, car on a beau avoir gagné la présidentielle et les législatives, il nous faut des relais sur le terrain pour expliquer l’action du gouvernement », avance l’ancien DRH d’Auchan, un demi à la main en terrasse du Sporting, « une institution » locale. En se présentant sous leurs couleurs dans la région, sans faire d’alliance avec le sortant de droite comme en Paca, les macronistes ont un double objectif : attaquer Xavier Bertrand, potentiel rival d’Emmanuel Macron en 2022, et « chasser le Rassemblement national » selon les mots du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

Pour y parvenir, les marcheurs semblent toutefois hésiter entre nationaliser le scrutin, au risque d’affaiblir Emmanuel Macron à dix mois de la présidentielle en cas d’échec, ou se cantonner aux enjeux locaux, quitte à peiner à se faire une place face aux partis plus anciens et mieux implantés. Dans le programme d’une trentaine de pages distribué aux passants, les photos des ministres défilent sur papier glacé. Même s’ils ne figurent pas sur la liste, comme la ministre du Travail, Elisabeth Borne. Un portrait d’Emmanuel Macron figure bien sûr en deuxième page, au-dessus de cette citation : « Jusqu’au dernier quart d’heure je réformerai. » Le chef de l’Etat a d’ailleurs opportunément fait étape en Picardie la veille, dans le cadre de son tour de France, sur les terres de Xavier Bertrand, qui a dit qu’il quitterait la politique s’il n’était pas réélu à la tête de la région.

« On est venu manger des gâteaux ! »

« Le président est reconnu pour son engagement et sa compétence, on le voit à sa cote de confiance, meilleure que celle de ses deux prédécesseurs. Ça ne peut pas être négatif pour nous », assure Laurent Pietraszewski. « C’est nous qui avons eu à gérer la plus grosse crise que notre pays a connue depuis la Seconde Guerre mondiale. » L’étiquette gouvernementale est à double tranchant. « On est bien accueillis, les gens nous disent qu’ils ont reçu des aides, qu’ils sont contents, et ça fait du bien », évoque Marie-Hélène Creton, candidate à Armentières. « On est parfois attaqués sur la politique nationale et la gestion de la crise sanitaire », relate toutefois Sophie Nikula, également colistière.

En début d’après-midi, Laurent Pietraszewski est rejoint par Gérald Darmanin à Tourcoing, fief du ministre de l’Intérieur qui y a remporté les élections municipales dès le premier tour il y a un an. En jean et bras de chemises, les deux ministres entament la visite d’une fabrique de gâteaux installée dans une ancienne filature. « On est venus manger des gâteaux », plainsante Gérald Darmanin en saluant des ouvriers de France cake tradition, qui en débitent 1.500 tonnes par an. Charlotte rouge sur la tête et blouse blanche sur le dos, les deux hommes arpentent ensuite la ligne de production.

Gérald Darmanin et Laurent Pietraszewski dans l'usine France cake tradition, à Tourcoing, le 18 juin 2021.
Gérald Darmanin et Laurent Pietraszewski dans l'usine France cake tradition, à Tourcoing, le 18 juin 2021. - L. Cometti /20 Minutes

Dilemme en vue en cas de qualification au second tour…

Les effluves de pain d’épices ne font pas oublier l’échéance de dimanche, ainsi que l’avance du président sortant et du RN Sébastien Chenu dans les enquêtes d’opinion. « Notre adversaire le plus redoutable, c’est l’abstention », tranche Gérald Darmanin. Le score des macronistes n’en sera pas moins crucial dans la configuration du second tour. Avec des marcheurs à moins de 10 % – et donc éliminés dès le premier tour –, Xavier Bertrand pourrait l’emporter en triangulaire face au RN et à la liste d’union de la gauche de Karima Delli.

Mais en cas de quadrangulaire, le sort du président sortant pourrait dépendre du maintien ou non de la liste présidentielle, qui n’a pas arrêté sa position. « C’est compliqué de s’allier avec Bertrand, vous n’allez pas vous marier avec quelqu’un qui s’apprête à quitter le domicile conjugal. Or, s’il est élu, il partira en campagne pour 2022 », répond Laurent Pietraszewski, qui envisage toutefois une fusion de liste à proportion du score du premier tour.

Plus évasif, Gérald Darmanin cite sa grand-mère, avec l’accent du Nord. « Avant l’heure, c’est pas l’heure ! », lance-t-il en souriant, avant de filer à Berck, où Eric Dupond-Moretti se joindra à ses deux collègues du gouvernement pour faire campagne jusqu’aux dernières heures de la soirée.