Régionales en Bretagne : L’absence de Le Drian peut-elle faire perdre la gauche ?

POLITIQUE Les socialistes tiennent la région depuis 2004 et l’élection du baron de la politique locale

Camille Allain

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Le ministre Jean-Yves Le Drian ne sera pas candidat aux élections régionales pour la première fois depuis 1998.
Le ministre Jean-Yves Le Drian ne sera pas candidat aux élections régionales pour la première fois depuis 1998. — F. Coffrini/AFP
  • Le premier tour des élections régionales s’annonce très indécis en Bretagne, où onze listes seront présentes. Pour la première fois depuis 1998, Jean-Yves Le Drian n’est pas candidat.
  • D’après les sondages, cinq listes seraient en mesure de se maintenir au second tour, laissant une place de choix au Rassemblement national.
  • La question des accords d’entre deux tours sera cruciale pour l’ensemble des protagonistes.

Ces élections régionales en Bretagne s’annoncent passionnantes. Et non, ce n’est pas une blague. Plus indécis qu’un France-Allemagne à l’Euro, le scrutin qui s’ouvre ce dimanche offre une multitude de scénarios qu’aucun des acteurs principaux ne maîtrise. La raison ? L’absence notable du baron local Jean-Yves Le Drian. Un événement qui ne s’était pas produit depuis 1992, quand ce dernier était secrétaire d’État à la Mer sous François Mitterrand. Une autre époque. Facilement réélu en 2015, Jean-Yves Le Drian avait laissé son fauteuil à son dauphin Loïg Chesnais-Girard deux ans plus tard. S’il part plutôt favori, le président sortant souffre d’un manque de notoriété. Gagnée en 2004 par Le Drian, la Bretagne peut-elle échapper aux mains de la gauche ? Pas impossible.

La pièce se jouera en deux actes mais on sait déjà que l’entracte sera animé. Dimanche soir, le premier tour des élections régionales pourrait accoucher d’une quadrangulaire, voire d’une quinquangulaire (cinq listes qualifiées) tant le paysage politique est morcelé. D’après les sondages, la division profiterait au Rassemblement national, donné à 20 % le soir du premier tour. Peut-il l’emporter ? « Je pense que nous arriverons largement en tête dimanche. Cela va créer un espoir et je suis persuadé que nous pouvons gagner », estime le candidat RN Gilles Pennelle. Des propos nuancés par le politologue Romain Pasquier. «  Je ne le vois pas gagner, car il n’a pas d’alliés en vue du second tour. S’il y a des alliances, il sera sans doute battu ».

L’éparpillement politique, vrai danger pour la gauche

La question est de savoir quelle alliance pourra se nouer dimanche soir. Dans une interview mitraillette dégainée dimanche, Jean-Yves Le Drian a exhorté Loïg Chesnais-Girard (PS) et Thierry Burlot (LREM) à fusionner pour faire barrage au Rassemblement national. Et à ne surtout pas faire pacte avec la liste écologiste de Claire Desmares-Poirrier. Les deux sondages réalisés dans la région sont pourtant catégoriques : seule l’alliance entre le président sortant et les Verts est assurée de l’emporter. Tous les autres scénarios s’annoncent indécis. « La gauche reste majoritaire dans la région mais l’éparpillement politique présente un vrai danger pour elle », analyse le politologue, qui pointe « l’absence de leadership ». « C’est comme la fin d’un cycle ».

Ce contexte inédit laisse place à l’espoir chez tous les candidats. « L’absence de Jean-Yves Le Drian est une chance pour nous. La Bretagne est dirigée depuis de nombreuses années par la gauche et elle a besoin d’un nouveau souffle. Et c’est la droite républicaine qui porte cet élan », estime Isabelle Le Callennec. La candidate Les Républicains semble pourtant en retrait dans cette campagne et craint une forte abstention. « Cela risque de profiter aux extrêmes ». La candidate écologiste Claire Desmares-Poirrier estime quant à elle que la vision portée par Le Drian « est dépassée ». « Ces hommes ont l’impression que l’espace politique leur appartient. Mais ils oublient que ce sont les Bretonnes et Bretons qui proposeront une recomposition ».

L’issue du scrutin pourrait se jouer autour du mariage, ou non, entre Loïg Chesnais-Girard et Thierry Burlot. Deux hommes qui ont cohabité dans la même majorité pendant six ans et dont les programmes sont très proches. Mais deux hommes que personne n’a réussi à mettre d’accord pour faire liste commune. Pas même le patron Le Drian. La fin d’une ère, c’est clair. Mais qui ouvrira la nouvelle ?

Retrouvez les résultats des élections régionales en Bretagne le dimanche 20 juin dès 20 h sur 20minutes.fr