Régionales en Nouvelle Aquitaine : « Je trouve que le jeu est assez ouvert », estime un politologue bordelais

ELECTIONS Alors que ce dimanche se tient le premier tour des élections régionales, « 20 Minutes » fait le point sur les forces en présence et les enjeux avec le politologue bordelais Jean Petaux

Elsa Provenzano

— 

Le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset a présenté sa candidature aux régionales.
Le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset a présenté sa candidature aux régionales. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Le président sortant Alain Rousset (PS) brigue un cinquième mandat en Nouvelle Aquitaine lors des élections régionales organisées les 20 et 27 juin.
  • Le politologue bordelais Jean Petaux estime qu’il n’a jamais été aussi « challengé »
  • Avec un score du RN qui pourrait dépasser le score du FN en 2015, il ne pourra peut-être pas se passer d’une alliance avec les Verts et si la droite et le centre partent divisés, le resteront-ils ?

Va-t-il repartir pour un tour ? Elu depuis 1998 à la présidence de la région Aquitaine puis Nouvelle-Aquitaine (depuis le 1er janvier 2016), le socialiste Alain Rousset brigue un nouveau mandat.  « Je trouve que le jeu est assez ouvert et je crois que Rousset n’a jamais été aussi challengé qu’il l’est cette année », estime prudemment Jean Petaux, politologue bordelais. Ce dimanche se tient le premier tour des élections régionales auquel participent sept autres candidats, dont certains pourraient bien lui donner du fil à retordre.

Une alliance avec EELV entre les deux tours ?

Deux des trois sondages réalisés depuis le mois de mai portent le candidat sortant en tête du premier tour mais dans le dernier, réalisé pour France 3 et France Bleu par l’institut IPSOS, Edwige Diaz, la candidate du RN, le devance de deux points. « Elle est tellement sur ses talons qu’elle est donnée devant certaines fois, commente Jean Petaux. Il n’a pas les coudées aussi franches que ça, même s’il a les Verts en armée de réserve. » Nicolas Thierry, candidat EELV, vice-président à l’environnement aux côtés de Rousset ces dernières années, s’est lancé dans la bataille à la tête d’une liste écologiste.

Avant le premier sondage en mai, Alain Rousset ne cachait pas son exaspération vis-à-vis des Verts qui prennent, selon lui, facilement leurs distances avec le bilan de la majorité à laquelle ils ont appartenu et il était bien décidé à faire cavalier seul, jusqu’au bout. Mais les sondages ont peut-être entamé sa détermination. « Il pensait certainement qu’il y aurait un différentiel plus important par rapport au RN, estime Jean Petaux. Il est condamné à passer une alliance car le RN sera trop haut, je pense. »

Si Nicolas Thierry, crédité de 9 à 11 % selon les sondages, passe la barre des 10 % (ce qui lui permet de se maintenir au second tour) il sera en position de force pour négocier avec son ex-futur président. « Clairement, Rousset va devoir alors sortir le chéquier pour l' acheter au mercato du deuxième tour », commente le politologue. Celui-ci reste cependant assez optimiste quant à la possibilité d’une alliance : « je ne pense pas que Nicolas Thierry sera jusqu’au boutiste et posera des exigences telles que ça ferait capoter une négociation d’entre-deux-tours. »

La situation peut-elle profiter au RN ?

Les observateurs craignent que l’abstention soit encore plus marquée qu’en 2015. Si on se fie aux intentions de vote en faveur de la candidate Edwige Diaz (RN) au second tour, elles sont supérieures au score affiché par le candidat FN de 2015 Jacques Colombier. « C’est une progression entre cinq et six points ce n’est pas rien en pourcentage et cela tient au fait d’une participation médiocre », commente le politologue.

Néanmoins les chances du RN d’accéder au pouvoir sont très minces. « C’est très peu probable, on n’est pas du tout dans une situation à la Hauts-de-France ou à la Paca, relève Jean Petaux. Il faudrait qu’aucune alliance ne soit nouée entre les deux tours et que chacun fasse la course dans son couloir. »

Quelle stratégie à droite ?

« A droite, c’est frappant de regarder que les scores additionnés de Florian (LR) et Darrieussecq (Modem/LREM) font le score de Rousset au premier tour, selon le dernier sondage », pointe Jean Petaux. Officiellement, il n’existe pas de projet d’alliance entre LR et le Modem/LREM mais si cela changeait, ce serait une difficulté supplémentaire pour le candidat sortant. « Il faudrait qu’ils arrêtent de s’insulter pour faire croire qu’ils commencent à s’aimer, s’ils doivent se marier la semaine prochaine », lâche le politologue. L’alliance entre Nicolas Florian (LR) et Thomas Cazenave (LREM) pour les municipales ne s’était pas révélée une stratégie payante pour la droite.

Quelles places pour les autres formations politiques ?

Les autres candidats (Clémence Guetté pour LFI-NPA, Eddy Puyjalon pour Le Mouvement de la ruralité et Résistons et Guillaume Perchet pour Lutte Ouvrière) ont du mal à franchir la barre des 5 %. « Je suis surpris du faible score attribué à Guetté et j’ai tendance à penser qu’il est sous-évalué. Mais, il est vrai aussi qu’il est difficile pour LFI d’exister dans une élection, en dehors de la présidentielle », pointe Jean Petaux.

Pour le politologue, Rousset n’est donc pas « dans un fauteuil ». Seule certitude à cette heure « les calculettes vont chauffer d’ici mardi, avant le dépôt des listes pour le second tour ».

Retrouvez les résultats des élections régionales en Nouvelle Aquitaine le dimanche 20 juin dès 20 heures sur 20minutes.fr