Régionales : Des alliances à géométrie variable à gauche

POLITIQUE Pour EELV, le PS, le PC et La France insoumise, le rassemblement est un défi loin d'être réussi pour le scrutin des 20 et 27 juin prochains

Laure Cometti

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Julien Bayou, patron d'EELV, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Jean-Luc Mélenchon à la tête de LFI et Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.
Julien Bayou, patron d'EELV, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Jean-Luc Mélenchon à la tête de LFI et Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. — ISA HARSIN/SIPA // NICOLAS MESSYASZ/SIPA // ROMUALD MEIGNEUX/SIPA //
  • A l'exception d'une liste d'union dans les Hauts-de-France, les principaux partis de gauche n'ont pas réussi à s'allier pour le premier tour des élections régionales.
  • Un échec à imputer aux ambitions des sortants, aux exigences des écologistes et aux tensions entre socialistes et insoumis, entre autres.
  • Le rassemblement pourrait toutefois se produire en vue second tour, le 27 juin prochain.

De l’unité dans les Hauts-de-France à la division en Bretagne, où cinq listes de gauche s’affrontent : toutes les nuances de l’alliance s’affichent pour le premier tour des élections régionales ce dimanche 20 juin. Les Hauts-de-France sont la seule région où l’ensemble des formations de gauche se présentent unies, derrière l’écologiste Karima Delli. Ailleurs, le Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, le Parti communiste et les insoumis ont conclu des alliances à géométrie variable.

En l’absence d’accord national, les formations se présentent parfois séparément, comme en Ile-de-France, où trois candidats (Audrey Pulvar pour le PS, Clémentine Autain pour LFI et le PCF, et Julian Bayou pour EELV) sont dans un mouchoir de poche autour de 10 % des intentions de vote, selon les sondages. Non seulement les quatre partis de gauche n’ont pas les mêmes objectifs pour ce scrutin, mais les ambitions des Verts et les tensions entre socialistes et insoumis ont corsé les tentatives de rassemblement. Néanmoins, tous se disent favorables à l’union au second tour.

Les Verts veulent confirmer leur dynamique

Après les européennes en 2019 et les municipales en 2020, les écolos espèrent à nouveau avoir de belles surprises dans les urnes. Ils présentent donc une tête de liste dans 12 régions (sur 13), quitte, parfois, à concurrencer leurs alliés socialistes sortants. En Centre-Val-de-Loire, l’EELV Charles Fournier, vice-président de la région au sein de la majorité du socialiste François Bonneau, se présente face au sortant. « Notre projet ne se réduit pas à celui de la gauche », justifie la porte-parole d’EELV Eva Sas. Selon elle, « la seule chance de l’emporter, pour le camp progressiste, c’est de se fédérer autour de l’écologie, car elle rassemble au-delà des partis et peut réintéresser des citoyens à la politique. »

Ce choix, dont le succès devra être démontré dans les urnes, a bien sûr agacé les autres partis. « Arrogance », dit-on chez la France insoumise, « obstination », regrette-t-on au PCF. Les Verts, qui comptent 64 conseillers régionaux et 48 départementaux, espèrent doubler leur nombre d’élus et conquérir des régions, pourquoi pas les Pays-de-la-Loire, où les sondages dopent les espoirs de l’ex LREM Matthieu Orphelin, voire l’Ile-de-France et la Nouvelle-Aquitaine.

Le PS veut conserver ses bastions

Malgré les nombreux appels à l’union formulés par le patron du PS Olivier Faure, les discussions ont buté sur les ambitions des Verts. Outre l’exception des Hauts-de-France, les socialistes et les écolos se sont tout de même unis dans le Grand-Est, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Normandie. Mais ailleurs, des sortants socialistes affronteront au premier tour leurs anciens alliés écolos, par exemple en Occitanie.

Pour le PS, ce scrutin est crucial : il lui faut conserver ses cinq régions pour se refaire une santé après les déroutes électorales de 2017 et 2019. Les socialistes détiennent aussi la présidence de 26 départements. A dix mois de l'élection présidentielle, socialistes et écologistes savent aussi le parti qui aura engrangé les meilleurs résultats sous ses couleurs aux régionales arrivera en position de force à la table des négociations d’union en vue de 2022.

Les communistes espèrent regagner des élus

Le PCF s’est allié avec le PS dans neuf régions. Dans trois autres, il l’affronte : en Auvergne Rhône Alpes, en Ile-de-France et en Normandie, faisant liste commune avec LFI. « On a appelé au rassemblement de la gauche dès septembre 2020, pour battre la droite et l’extrême droite, mais on a eu du mal à le construire », observe Pierre Lacaze, responsable des élections au PCF et candidat en Occitanie sur la liste de la sortante socialiste Carole Delga. « La gauche rassemblée aurait pu créer les conditions de la victoire », regrette-t-il, imputant principalement l’absence de rassemblement aux exigences d’EELV et au refus de LFI de s’allier avec le PS.

L’objectif, pour les communistes, est de regagner des élus, après « 15, 20 années de revers électoraux », retrace Pierre Lacaze, énumérant une quarantaine de conseillers régionaux, et 158 départementaux. « On est un parti inscrit dans les territoires, avec plus d’élus qu’EELV et LFI. » Le PCF s’est rangé derrière les têtes de liste socialistes ou insoumises, à l’exception de la Normandie, où il espère que le député Sébastien Jumel arrivera en tête à gauche au soir du premier tour afin de mener le rassemblement au second. « Les communistes ne sont pas que des supplétifs », insiste Pierre Lacaze.

Les insoumis veulent percer

Pas question d’enjamber ce scrutin, comme les insoumis l’avaient fait lors des municipales, en présentant très peu de têtes de liste. LFI est présente dans toutes les régions, sauf en Provence Alpes Côte d’Azur, où les partis de gauche se sont brouillés. « Nous avons proposé un accord national à EELV et au PCF, car les sujets qui nous séparent, comme les traités européens, ne sont pas des sujets régionaux », explique Paul Vannier, responsable des élections. En vain.

Cela n’a pas empêché des alliances locales, avec EELV dans trois régions et le PCF dans quatre. Le parti de Jean-Luc Mélenchon n’a qu’une poignée de conseillers régionaux et espère faire entrer de nombreux insoumis dans les exécutifs locaux. Il place de bons espoirs en Ile-de-France, où Clémentine Autain vise le leadership à gauche à l’issue du premier tour.

Retrouvez les résultats des élections régionales dans les Hauts-de-France le dimanche 20 juin dès 20 heures sur 20minutes.fr