Régionales dans le Grand-Est : Comment Florian Philippot tente de capitaliser sur l'opposition aux mesures sanitaires

POLITIQUE Manifestations hebdomadaires, hyperactivité sur les réseaux sociaux… L’ancien numéro deux du Front national progresse dans les enquêtes d’opinion grâce à un discours antisystème… Quitte à flirter avec le complotisme

Tom Hollmann

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Florian Philippot, en plein discours lors d'un rassemblement anti mesures sanitaires à Paris, le samedi 12 juin
Florian Philippot, en plein discours lors d'un rassemblement anti mesures sanitaires à Paris, le samedi 12 juin — T.H.
  • Les Patriotes, formation politique créée par Florian Philippot en 2017, connaît « une véritable explosion », selon ce dernier.
  • Tête de liste pour les régionales dans le Grand-Est, il est désormais crédité de 8 % d’intention de vote au premier tour.
  • Souverainiste et partisan du Frexit, Florian Philippot axe depuis plusieurs mois sa communication politique sur la contestation de la politique sanitaire du gouvernement. Au risque de relayer des thèses controversées.

Depuis son départ du Front national en 2017, Florian Philippot et son parti Les Patriotes n’avaient jamais été aussi populaires. « Nous sommes passés de 2.000 adhérents en janvier 2020, à plus de 20.000 aujourd’hui, c’est une véritable explosion ! », revendique-t-il. A une semaine du premier tour des élections régionales et départementales, la tête de liste dans le Grand-Est est pleine d’espoir. Un récent sondage Ipsos-Sopra Steria pour France 3 lui attribue désormais 8 % d’intentions de vote au premier tour. « Nous n’étions encore qu’à 4 % il y a deux mois, et à 6 % il y a deux semaines. Notre objectif est désormais de faire un score de 10 % pour nous maintenir au second tour et faire valoir notre voix au conseil régional », confie Florian Philippot à 20 Minutes, quelques minutes avant l’un des rassemblements qu’il organise chaque semaine.

Cette embellie sondagière survient alors que le souverainiste s’est mû en un véritable influenceur antisystème, pourfendeur des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le coronavirus. Les Patriotes, écrit-il sur ses tracts de campagne, sont « un cluster de résistance contre la dictature sanitaire ». Hyperactif sur Twitter, mais aussi sur YouTube (16.000 abonnés en mars 2020, 180.000 aujourd’hui), il poste une vidéo par jour et fait régulièrement exploser le compteur des vues. Défenseur de Didier Raoult, il affiche son scepticisme à l’égard de la campagne vaccinale, prône la levée du port du masque et s’oppose à la mise en place d’un pass sanitaire jugé « liberticide ». Le candidat a même créé un site Internet, « TousAntiPass », pour réunir les opposants à cet outil mis en place par le gouvernement pour lutter contre l'épidémie.

« L’opposition aux mesures sanitaires nous rend reconnaissables »

« Avant, nous étions perçus comme un petit Rassemblement national (RN), ce qui n’a pas d’intérêt, car autant voter pour le gros, reprend Florian Philippot. Aujourd’hui, le discours que nous avons construit sur le Frexit et sur l’opposition aux mesures sanitaires rassemble et nous rend reconnaissables. Seulement 10 % de nos adhérents viennent du RN. » Une nouvelle popularité à laquelle ne goûte guère son ancienne formation politique. « Il joue du tambour sur la place publique, appelle à brûler les masques, fait quelques interviews sur Cnews… Ça attire certains paumés, mais aux européennes, il a fait 0.65 %, tacle un cadre du RN auprès de 20 Minutes. Il n’apporte plus rien au camp national et, sa radicalité sur le plan sanitaire est irresponsable pour un dirigeant politique. »

Car, comme certains autres responsables politiques, le patriote en chef n’hésite pas à tenir des discours aux frontières du complotisme et à propager de fausses informations ici ou là. Comme lorsqu’il partageait une étude censée démontrer l’inutilité du port du masque, alors même que ses auteurs reconnaissaient qu’elle n’était pas probante. Florian Philippot s’en défend, arguant qu’il ne le savait pas à l’époque. Et de poursuivre : « Utiliser le terme « complotiste », c’est ce que font les gens qui n’ont pas d’arguments, c’est un mot-valise qui n’a plus de sens aujourd’hui. Dès qu’on est contre Olivier Véran, on est conspirationniste ! »

« Pas de complot, tout est sur la table »

Et c’est un Florian Philippot affable, blazer bleu et chemise blanche, qui rejoint le rassemblement des Patriotes à Paris, samedi 12 juin. Une manifestation organisée chaque semaine depuis plus de six mois, à quelques mètres de l’entrée du ministère de la Santé – « sous les fenêtres de Véran » –, mais aussi dans une quinzaine d’autres villes de France. La semaine précédente, ce sont – selon ses décomptes – près de 5.000 personnes venues de toute la France qui s’étaient donné rendez-vous à Paris, pour protester contre les mesures sanitaires. « C’était exceptionnel ! Nous ne réunissons jamais autant de monde, mais cela traduit l’engagement de nos militants. »

Ce samedi, plus d’une centaine de personnes ont répondu à l’appel de Florian Philippot. Pour la plupart vêtues d’un foulard orange – la couleur du parti –, c’est sous un soleil de plomb qu’elles accueillent le chef des Patriotes. Un simple banc public servira de tribune aux discours hésitants d’une jeunesse patriote fustigeant « un Macron marchant aux côtés de Joe Biden au G7 comme un petit-fils marchant aux côtés de sa grand-mère ». Pas d’invité de marque cette semaine, mais le souverainiste a « déjà fait venir Nicolas Dupont-Aignan et l’avocat spécialisé dans le droit de la santé Fabrice Di Vizio ». Qu’à cela ne tienne, la foule est en délire et la seule apparition de Philippot dans la foule électrise l’assemblée non masquée, qui se presse pour l’enlacer : « Vous êtes génial M. Philippot, il faut continuer ! »

Perché sur le banc, c’est pour l’instant Dominique Bourse-Provence, responsable parisien des Patriotes, qui est chargé de galvaniser l’auditoire. Il assure ainsi que confinements et vaccination n’ont été mis en place que « pour le plus grand profit des dix plus grands industriels pharmaceutiques mondiaux » et « nourrir les leaders d’opinion de la médecine et de la pharmacie jusqu’à 500.000 euros par an ». « Pas de complot, tout est sur la table, et c’est le plus grand paradoxe ! », prétend-il.

« Montjoie Saint-Denis ! A bas la Macronie ! »

Son tour venu, Florian Philippot s’en prend à Emmanuel Macron, président qui a « pris le parfait petit manuel du dictateur chinois », et « octroie des dérogations de couvre-feu aux nantis de Roland-Garros », quand il réserve les gaz lacrymogènes aux autres. Avant de demander, pêle-mêle, la démission du président du conseil scientifique Covid-19, Jean-François Delfraissy et d’appeler à boycotter le pass sanitaire.

Son discours trouve écho auprès de l’auditoire. Paola C., retraitée parisienne, a bien dû participer à une quinzaine de rassemblements des Patriotes. Ni d’extrême droite, ni particulièrement convaincue par Florian Philippot avant qu’il ne se spécialise dans les odes libertaires, elle note qu’il occupe « un espace politique vide jusqu’ici ». Désormais adhérente du parti, elle affirme vouloir défendre l’identité nationale en perdition et s’opposer fermement au vaccin anti-Covid. « D’ailleurs, il est scientifiquement faux d’appeler ça un « vaccin », intervient son amie Evelyne D., mimant des guillemets avec ses doigts. C’est une injection de thérapie génique ! » Les deux femmes opinent du chef : « Nous ne voulons pas être des cobayes. »

Si les militants Patriotes « ne se reconnaissent pas dans le RN », les réflexes de l’extrême droite, eux, sont toujours bien présents. On remarquera les « Montjoie Saint-Denis ! A bas la Macronie ! » entonnés par quelques hommes hilares à l’issue de La Marseillaise – une référence à la phrase prononcée par l’homme condamné à quatre mois de prison ferme pour avoir giflé Emmanuel Macron la semaine dernière. Ou encore cette fâcheuse tendance à surveiller les faits et gestes de 20 Minutes dans la foule.

« Je ne me rangerai pas derrière le RN »

Pour cette nouvelle candidature aux régionales – candidat sous l’étiquette du FN en 2015, il avait recueilli 36,08 % des voix au deuxième tour –, Florian Philippot jure qu’il ne s’alliera pas avec son ancien parti au lendemain du premier tour, une alliance étant possible pour les listes obtenant plus de 5 % des voix. « Je l’ai déjà dit, je ne me rangerai pas derrière le RN, pour la simple et bonne raison que nous n’avons plus rien à voir. » Prochaine étape, la course à l’Elysée en 2022 ? « Non, non, assure le chef des Patriotes, je ne fais pas partie de ceux qui, au sein du camp souverainiste, sont obsédés par la présidence de la République. Et si c’est pour aligner 1 %… »