Régionales en Nouvelle-Aquitaine : Alain Rousset veut renforcer « les ponts entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise »

INTERVIEW Président sortant, Alain Rousset est candidat aux élections régionales en Nouvelle-Aquitaine, les 20 et 27 juin prochains

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

— 

Alain Rousset, le 8 juin 2021 lors de la présentation de son programme aux régionales
Alain Rousset, le 8 juin 2021 lors de la présentation de son programme aux régionales — UGO AMEZ/SIPA
  • Pour Alain Rousset, la relocalisation industrielle passe par « des sauts technologiques ».
  • « Il faut renforcer les ponts entre le monde de la recherche et le monde de l’entreprise, ce que l’on fait déjà avec nos plateformes technologiques » lance le président sortant qui brigue un cinquième mandat.
  • Il faut aussi anticiper les évolutions du marché, dit-il, et pour cela la région prépare déjà un « consortium sur le véhicule électrique. »

Président sortant de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset (PS) brigue à 70 ans un cinquième mandat à la tête de la région. Il a répondu aux questions de 20 Minutes concernant le volet réindustrialisation de son programme aux élections des 20 et 27 juin.

On parle beaucoup depuis le début de la crise sanitaire, de récupérer de la souveraineté dans la fabrication de certains produits… Êtes-vous d’accord, et comment cela pourrait-il se traduire en Nouvelle-Aquitaine ?

Je suis tout à fait d’accord. Cela fait longtemps que l’on dénonce cette délocalisation massive d’un certain nombre d’activités. Avec des éléments aussi essentiels à la vie de tous les jours que les médicaments dont 90 % des principes de base viennent de Chine – c‘est vrai aussi pour l’électronique –, cela peut engendrer une crise grave d’approvisionnement dans nos pharmacies, ou pour réparer une machine à laver ou un ordinateur. Pour autant, croire que l’on va faire fermer des usines en Chine pour les rouvrir dans les mêmes conditions en Nouvelle-Aquitaine n’a pas de sens. La reconquête de notre souveraineté passe par des sauts technologiques. Et là, je pense au bio-sourcing [mix d’innovation et de biologie]. Comment peut-on, à partir de la résine de pin, recréer des bases de médicaments ? Comment, à partir des plantes, fabriquer des produits qui vont se substituer aux produits chimiques de synthèse dans l’agriculture ? Tout passe par l’innovation, il faut encore renforcer les ponts entre le monde de la recherche et le monde de l’entreprise, ce que l’on fait déjà avec nos plateformes technologiques.

Comment accélérer toutes ces innovations, industrialiser ces processus, pour pouvoir les mettre en œuvre effectivement ?

Depuis des années, on accompagne ces entreprises, mais c’est du temps long ou du moyen terme. Et il existe des freins. On a par exemple une entreprise qui transforme les microalgues pour traiter le mildiou dans les vignes. C’est aussi efficace que le cuivre. Le problème c’est l’homologation, et là on a une vraie difficulté avec l’Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail], c’est un problème d’État, de centralisation. Et cette entreprise va aller se faire homologuer en Belgique.

Santé, agriculture… Ce sont les filières d’avenir qu’il faut développer en Nouvelle-Aquitaine ?

Entre autres, oui. Il faut se diversifier, dans une stratégie à l’allemande, à partir de nos entreprises, nos laboratoires, nos formations. Regardez l’écosystème que l’on a inventé dans l’aéronautique, avec l’Aérocampus de Latresne, où tout le monde vient se former maintenant, même depuis l’étranger. On va faire la même chose pour inventer le ferroviaire de demain, qui consiste en des trains plus légers, en reconvertissant un site de friches industrielles de la SNCF à Saintes (Charente-Maritime).

Du côté des industries plus traditionnelles, la région subit encore des fermetures, des délocalisations… Comment stopper cette hémorragie ?

D’abord, la Nouvelle-Aquitaine réindustrialise : 36 % des emplois industriels en France ont été créés dans notre région en 2019. La région a parallèlement mis en place une équipe de « retournement » pour changer les activités des entreprises lorsqu’elles ne conviennent plus au marché. Nous avons investi 40 millions d’euros dans cette stratégie et sauvé plus de 4.000 emplois. Mais on ne peut pas dire que tout va être préservé et qu’il n’y aura que de la croissance. Il y a des entreprises qui vont disparaître. Le véhicule à essence, demain, ne sera plus en circulation. Il faut donc que l’on conçoive un autre véhicule, d’autres métiers… Nous travaillons déjà à un consortium sur le véhicule électrique, et la première usine de batteries sera à Nersac, à côté d’Angoulême.