Régionales : Comment LREM nationalise le scrutin

POLITIQUE La République en marche, en mal d'ancrage local, a des ambitions modestes pour les scrutins des 20 et 27 juin 

Laure Cometti

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Marlène Schiappa, une ministre en campagne pour La République en marche.
Marlène Schiappa, une ministre en campagne pour La République en marche. — CELINE BREGAND/SIPA
  • La République en marche aborde les scrutins régionaux et départementaux des 20 et 27 juin avec une ambition modeste.
  • Dans certaines régions, comme l’Ile-de-France, LREM fait campagne notamment sur des thèmes régaliens comme la sécurité et la laïcité, deux domaines ne relevant pas directement des compétences régionales.
  • L’implication d’un tiers du gouvernement dans cette campagne contribue aussi à nationaliser ces élections locales, dans l’espoir de doper les résultats dans les urnes.

10h25, c’est l’effervescence dans le QG de campagne de La République en marche pour les élections régionales, en plein cœur de Paris. Les marcheurs s’affairent pour les derniers tests son, réglages des spots lumineux et détails de discours… Marlène Schiappa, ministre déléguée à l’Intérieur et candidate départementale  à Paris, a décidé d’organiser un meeting numérique aux côtés de la tête de liste pour l’Ile-de-France, Laurent Saint-Martin, à moins de deux semaines du premier tour.

Filmée et transmise en direct aux militants et sympathisants connectés lundi, cette réunion 2.0 est centrée sur la laïcité, un thème qui n'est pourtant pas au cœur des prérogatives de la région. Un choix d’autant moins anodin que c’est le seul meeting thématique organisé par LREM dans cette campagne, avant une réunion publique prévue le 12 juin à Vincennes.

Dézinguer les oppositions

Pendant une bonne heure, les intervenants se succèdent au pupitre pour parler de laïcité dans l’éducation, dans les transports. Quelques mesures figureront bien dans le programme régional de LREM, comme une formation destinée aux associations. Mais pour le parti présidentiel, ce rendez-vous est surtout l’occasion de dézinguer les oppositions et se positionner sur un sujet jugé prioritaire pour la présidentielle de 2022 selon les sondages.

« Nous sommes la seule liste claire sur la laïcité », introduit Laurent Saint-Martin avant de laisser rapidement la parole à Marlène Schiappa. La ministre dégaine une pique pour chaque parti d’opposition, taclant le Rassemblement national « qui veut interdire aux juifs de porter la kippa dans la rue », la sortante Valérie Pécresse « qui a supprimé le pass contraception sous pression de membres de La Manif pour tous », ou encore la « complaisance » d’Europe Ecologie Les Verts, « prêt à financer des associations comme le CCIF à Grenoble et Mili Gorus à Strasbourg ».

« Je ne comprends pas bien qu’on fasse campagne sur la laïcité… »

« Sans les propos d’Audrey Pulvar sur les réunions non mixtes, je ne serais peut-être même pas candidate », insiste la ministre, qui dit s’être lancée en campagne pour parler de laïcité et de sécurité. « Faire une campagne générale comme le fait Bardella, simplement axée sur la sécurité, c’est tromper les Français », dénonce pourtant la direction du parti. Loin du QG parisien, le coup de projecteur mis sur ces deux thèmes laisse perplexe. « Je ne comprends pas bien qu’on fasse campagne sur des compétences qui ne sont pas de la région, comme la sécurité et encore moins la laïcité. Déjà que les gens ne comprennent pas toujours à quoi sert la région… », soupire un marcheur, qui nous répond entre deux sessions de tractage à la campagne.

Outre le régalien, la majorité a aussi glissé le thème de la relance économique dans les programmes de tous ses candidats régionaux. « Elle se matérialise différemment selon les régions », précise-t-on chez LREM. « C’est logique d’avoir une vision nationale pour les régionales, car les compétences des régions recoupent celles de l’Etat », assume Jean-Baptiste Moreau, porte-parole du mouvement.

Des ministres pour médiatiser les listes LREM et une tournée de Castex

L’implication de 15 ministres, soit un tiers des membres du gouvernement, vise aussi à médiatiser les listes LREM locales, pour un parti en manque d’ancrage territorial. Sans compter que le Premier ministre Jean Castex, qui s’est déjà personnellement mêlé de l’alliance conclue avec le président sortant en Provence-Alpes-Côte d’Azur, commence ce mercredi une tournée de soutien aux candidats de la majorité. LREM caresse ainsi l’espoir de doper sa campagne et ses scores, après avoir essuyé des revers à tous les scrutins depuis le début du quinquennat (à l’exception des législatives).

« Très souvent c’est l’opposition qui nationalise ces scrutins, pour sanctionner le gouvernement », rappelle Bruno Cautrès, directeur de recherche au CNRS. Cette fois la majorité s’y livre, elle aussi, « en envoyant ses ministres au front, en ne parlant pas du rôle des exécutifs régionaux et départementaux ». « Emmanuel Macron a déjà enjambé les scrutins, c’est une non-campagne qui à mon avis devrait se traduire par une faible participation et un bilan mitigé pour LREM », poursuit le politologue au Cevipof. Les résultats des 20 et 27 juin pourront aussi être analysés à l’échelle nationale, au risque de mettre l’accent sur les difficultés locales du parti présidentiel, à moins d’un an de la présidentielle.