Régionales en Paca : A quelques semaines du scrutin, la privatisation des TER fait débat

TRANSPORT La prochaine majorité élue lors des élections régionales en Paca devra décider si elle poursuit ou non le processus de privatisation des TER souhaité par Renaud Muselier

Mathilde Ceilles
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Des centaines de cheminots ont manifesté ce jeudi devant la gare Saint-Charles contre la privatisation des TER
Des centaines de cheminots ont manifesté ce jeudi devant la gare Saint-Charles contre la privatisation des TER — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Les candidats à la privatisation des TER en Paca, chère à Renaud Muselier, doivent se faire connaître d’ici l’été.
  • A quelques semaines du premier tour des élections régionales, les cartes pourraient être rebattues en fonction du résultat du scrutin, et de la décision de la future majorité.
  • Les cheminots ont manifesté ce jeudi dans la matinée pour médiatiser leurs craintes et tenter de faire stopper le processus.

Le parvis de la gare Saint-Charles se remplit peu à peu de drapeaux et autres manifestants, un gilet « Sud Rail » sur le dos. Ce jeudi, à l’appel de ce syndicat, plusieurs centaines de cheminots sont venues de toute la France à Marseille ​aux côtés de leurs collègues de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur pour protester contre le « dumping social » et la privatisation des TER.

En cas de réélection de Renaud Muselier, la région Paca serait en effet une pionnière en la matière, le président LR en ayant fait un de ses chevaux de bataille. Un vote de 2019 du conseil régional acte d’ores et déjà un appel d’offres pour deux lots : la ligne qui relie Marseille à Nice, et les services « azuréens » qui regroupent les lignes Cannes-Grasse, Les Arcs-Draguignan-Vintimille, Cannes-Nice-Monaco-Vintimille ainsi que Nice-Tende. « Les offres finales sont attendues en juillet 2021 pour une attribution à l’automne 2021 », indique l’entourage de celui qui est candidat à sa réélection dans quelques semaines.

« Il est encore temps de tirer la sonnette d’alarme »

Alors que l’issue approche, les cheminots tentent le tout pour le tout pour interrompre ce processus. « Les candidats aux régionales et le futur conseil régional peuvent décider de tout arrêter, et c’est ce que nous demandons, espère Frédéric Michel, secrétaire régional en Paca du syndicat Sud-Rail. Les trains doivent rester un service public, et ce processus risque aussi de faire augmenter les prix. ».

Et d’ajouter : « Certes le train est en marche, mais il est encore temps de tirer la sonnette d’alarme. Il n’y a pas de fatalité en la matière. On nous dit qu’on ne peut pas faire autrement en vertu de la réglementation européenne. Mais c’est faux. Le règlement européen prévoit la possibilité d’une dérogation dans l’appel d’offres pour l’attribuer directement à un opérateur qui pourrait être la SNCF. »

Des prises de position divergentes

Un avis partagé par la liste de gauche aux régionales, qui affirme vouloir tout stopper en cas d’élection. « Rien n’a été engagé, lance Capucine Edou, tête de liste dans les Bouches-du-Rhône. Il n’y a eu aucune notification de l’appel d’offres. Il n’y a pas d’urgence à le lancer. La commission européenne impose la date de 2023. On n’y est pas et il ne faut pas se précipiter. La mise en concurrence n’est pas pour nous la solution : la question des transports doit rester une question de service public ! »

Du côté du RN, en tête des intentions de vote au premier tour selon les derniers sondages, on se veut plus mesuré. « On ne stoppera pas l’appel d’offres, affirme Franck Allisio, porte-parole de Thierry Mariani pour ses régionales. La refuser, ce serait par pur principe idéologique. On va refaire le tour des offres qui nous sont proposées et si celle qui apparaît à tous égards la meilleure, surtout en termes de service pour l’usager, on la choisira… Y compris si c’est la SNCF ! »

« Cette décision était notamment guidée par le très mauvais service rendu en 2016, se défend de son côté Renaud Muselier, par la voix de son entourage. Aujourd’hui, nous avons considérablement amélioré la qualité du service, et c’est en partie grâce au lancement de ce processus. » Et le président sortant ne compte visiblement pas en rester là. Dans son programme annoncé ce lundi, le candidat LR à sa succession propose, en cas de réélection, d’ouvrir une nouvelle ligne à la concurrence : celle qui relie actuellement Marseille à Briançon.