Régionales en Nouvelle-Aquitaine : « Il faut 50 % de terres agricoles en bio d’ici à 2028 », annonce Nicolas Thierry (EELV)

INTERVIEW Candidat EELV pour les élections régionales en Nouvelle-Aquitaine, Nicolas Thierry veut un plan de 300 millions d’euros pour acheter, et ainsi préserver, 60.000 hectares de terres agricoles

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

— 

Régionales en Nouvelle-Aquitaine : Quelles seraient les premières mesures de Nicolas Thierry pour les 18-25 ans ? — 20 Minutes
  • Vice-président à l’environnement durant le précédent mandat, Nicolas Thierry se présente aux élections des 20 et 27 juin pour EELV.
  • Il dénonce « la fuite en avant vers l’agriculture industrielle et intensive, qui pousse l’agriculture au bord du précipice ».
  • « Notre proposition est que la région achète d’ici à 2028 60.000 hectares de terres agricoles, pour faciliter l’installation d’agriculteurs en agroécologie » annonce-t-il.

Même s’il figurait dans la majorité régionale, en tant que vice-président à l’environnement ces six dernières années, Nicolas Thierry a décidé de se présenter aux élections régionales des 20 et 27 juin, contre le président sortant Alain Rousset (PS). Le programme de sa liste « Nos terroirs, notre avenir » consacre un volet conséquent à l’agriculture.

Les enjeux écologiques ne sont pas toujours compatibles avec les contraintes agricoles. Ce n’est pas trop difficile pour vous, le candidat écologiste, de faire campagne en Nouvelle-Aquitaine ?

Je ne le vis pas comme ça. Je suis fils de viticulteur, et je suis très à l’aise avec ce sujet. Notre région a sa renommée parce qu’elle a beaucoup de labels de qualité, mais des fragilités sont apparues ces dernières années, comme la surabondance des pesticides, le surprélèvement en eau, la multiplication des élevages industriels, et aussi une baisse des revenus des agriculteurs… Derrière cela, la raison principale est la fuite en avant vers l’agriculture industrielle et intensive, qui pousse l’agriculture au bord du précipice. On peut rajouter à cela une crise des vocations, et la disparition des terres agricoles qui sont de plus en plus artificialisées : 123.000 hectares en dix ans en Nouvelle-Aquitaine !

Mais la pression foncière en Nouvelle-Aquitaine, où la démographie dans certains départements explose, est énorme. Comment faire pour loger les nouveaux habitants sans artificialiser ?

L’urgence absolue est la préservation des terres agricoles, sinon il va y avoir un vrai sujet pour se nourrir d’ici à 2050. Notre proposition est que la région achète d’ici à 2028 60.000 hectares de terres agricoles, qu’elle confiera à un conservatoire, pour faciliter l’installation d’agriculteurs en agroécologie. Cela coûterait 300 millions d’euros et permettrait de fournir les cantines de tous les lycées de la région. Parallèlement, pour limiter l’urbanisation, il faut faire preuve de sobriété, densifier les bourgs et les villes moyennes, au lieu de concentrer tout le monde autour des métropoles, au détriment des autres territoires.

Est-ce que vous accusez les agriculteurs d’être irresponsables ?

Absolument pas, ce sont les victimes d’un système. Mais nous sommes arrivés au bout de ce modèle. Avec l’agroécologie, on connaît les moyens de sortir des pesticides, en produisant quasiment autant. Sauf qu’aujourd’hui, les politiques mises en place sont contradictoires, même à la région où on a un discours qui consiste à dire qu’il faut aller vers une agriculture paysanne, ce qui ne se traduit par aucune réalité en termes de politique publique.

Par exemple ?

La HVE, la Haute valeur environnementale, me met particulièrement en colère. Les pouvoirs publics, que ce soit l’Etat ou Alain Rousset [le président de la région] mettent le bio et la HVE au même niveau, sauf que pour bénéficier de cette labellisation HVE, il faut que votre exploitation ne dépense pas plus de 30 % de son chiffre d’affaires en achat de pesticides. Mais 30 % c’est énorme ! Même dans l’agriculture conventionnelle, qui est le pire modèle, on est plutôt à 14 %. Donc en fait, tout le monde peut obtenir la HVE, qui est subventionnée sur les mêmes fonds publics que la bio. C’est un tour de passe-passe scandaleux.

Qu’est-ce que vous proposez, pour soutenir davantage l’agroécologie ?

Il faudra assumer que l’argent qui est investi dans l’agriculture intensive soit réorienté vers l’agriculture paysanne et biologique. Cela permettra de financer un grand plan en faveur de l’agroécologie, pour sortir des pesticides de synthèse, et viser 50 % de terres agricoles labellisées en bio d’ici à 2028. Aujourd’hui nous sommes à 8,2 %.

Vous êtes très critique sur le mandat qui vient de s’écouler à la région, mais vous étiez vous-même vice-président à l’Environnement. Vous n’avez donc pas pu imposer votre point de vue ?

EELV a eu deux vice-présidences, et sur nos délégations on a réussi, dans un rapport de force constant, à obtenir un certain nombre de choses. En revanche, sur l’économie, le transport, l’agriculture, nous n’étions absolument pas aux manettes. Et évidemment que la politique agricole telle qu’elle est menée ne nous convient pas. Nous avons des divergences importantes, notamment sur la question de l’eau, je prends l’exemple des bassines en Poitou-Charentes. C’est aberrant. On va construire des retenues d’eau avec les nappes phréatiques pour alimenter de grandes cultures céréalières, destinées à l’international. Et dans le même temps on nous dit de fermer nos robinets l’été à cause de la sécheresse. Ce que je constate, c’est que beaucoup d’élus ont abdiqué devant le secteur de l’agroalimentaire et de l’agrochimie.

Un autre sujet, qui a explosé ces dernières années, tourne autour du bien-être animal. Comment allez-vous vous y attaquer ?

Ce n’est pas acceptable qu’on élève des animaux dans un hangar où ils ne voient jamais le jour, puis qu’on les mette dans un camion qui leur fait traverser la France… C’est d’une cruauté sans nom. Et c’est encore une fois le même modèle agricole derrière, l’élevage industriel et intensif. Les animaux sont faits pour être en plein air. Et il faut des abattoirs mobiles qui viennent vers la ferme pour limiter le stress des animaux au maximum. Parallèlement, je pense qu’il faut réduire sa consommation de viande, et ne manger que du local et élevé en plein air, pour le bien-être des animaux. Les éleveurs ont tout à gagner à cela.