Régionales en Pays-de-la-Loire : Mais qu’est-ce qui motive Eddy Le Beller, inusable candidat Lutte ouvrière ?

EXTRÊME-GAUCHE Ce salarié des Chantiers de l'Atlantique est tête de liste Lutte ouvrière pour la troisième fois consécutive aux élections régionales en Pays-de-la-Loire

Frédéric Brenon

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Eddy Le Beller, 52 ans, tête de liste Lutte ouvrière en Pays-de-la-Loire.
Eddy Le Beller, 52 ans, tête de liste Lutte ouvrière en Pays-de-la-Loire. — F.Brenon/20Minutes
  • Les élections régionales se dérouleront les 20 et 27 juin, en parallèle des élections départementales.
  • La liste Lutte ouvrière sera conduite en Pays-de-la-Loire par Eddy Le Beller, déjà tête de liste en 2010 et en 2015.

C’est sa troisième campagne en tant que tête de liste Lutte ouvrière aux élections régionales en Pays-de-la-Loire. En 2010, il avait totalisé 1,60 % des voix au premier tour. En 2015, il n’avait n’obtenu que 1,47 %. Des scores modestes qui n’entament pas la « détermination » d’Eddy Le Beller, 52 ans, grand habitué des scrutins puisqu’il avait également candidaté à des élections municipales, départementales et européennes.

« Même si on fait des petits scores, on représente à chaque fois des personnes qui se reconnaissent dans nos idées, ça vaut le coup. Je ne veux pas qu’on entende uniquement le son de cloche de quelques écuries politiques. Leur discours et leurs recettes sont proches. Il faut affirmer que quelque chose d’autre est possible, pour et avec les travailleurs », insiste le Nazairien, qui participait ce jeudi soir à Nantes à une réunion publique en compagnie de Nathalie Arthaud​, porte-parole nationale de Lutte ouvrière.

« Arracher aux plus puissants les moyens qui manquent »

Ce technicien de la construction navale, salarié des Chantiers de l’Atlantique, a commencé à militer « dès l’adolescence », dans le sillage de ses parents installés dans le Morbihan. « J’étais un peu révolté contre les injustices, je pensais déjà qu’il fallait que la société change en profondeur. Je me suis intéressé au communisme puis j’ai trouvé dans les idées du mouvement Lutte ouvrière ce qui me correspondait. » Sa rencontre avec Arlette Laguiller, figure du parti ouvrier, lors d’un meeting précédant l’élection présidentielle 1988, a été une confirmation.

« Les travailleurs ont un autre rôle à jouer que d’être simplement des exécutants, affirme Eddy Le Beller. C’est la classe sociale qui subit la politique d’une petite minorité de gens, ceux qui sont au pouvoir, qui dirigent nos entreprises. Si les travailleurs s’opposent aux plus puissants, ils seront capables d’arracher les moyens qui manquent pour régler les principaux problèmes : les bas salaires, les pensions de retraite insuffisantes, la répartition du travail entre tous… »

« On ne peut pas défendre les travailleurs et être un professionnel de la politique »

Par rapport aux autres candidats, Eddy Le Beller cultive la particularité de ne pas avancer de propositions spécifiques à la région Pays-de-la-Loire. « Tout ce qui ne va pas chez Airbus, aux Chantiers, chez Michelin résulte d’un problème global. Ce qui importe, c’est de se bagarrer et de prendre le contrôle de cette société pour qu’elle change. Mais c’est important aussi de contester les autres partis, démontrer qu’ils racontent des salades, comme de dire qu’on ne trouve pas de main-d’œuvre pour certains métiers. Ça, c’est un baratin patronal pour faire accepter des bas salaires. »

Le Nazairien a aussi la particularité de mener sa campagne électorale en parallèle d’un emploi à plein temps. « Je le fais sur mon temps personnel, comme bien des militants. On ne peut pas défendre les travailleurs, l’emploi, les salaires, et être un professionnel de la politique. Ce qui me révolte le plus chez les autres candidats, c’est qu’ils défendent l’ordre établi. Ils gèrent un système qui leur est confortable », considère Eddy Le Beller.

Malgré le contexte de crise sanitaire, laquelle aurait « démontré l’austérité des services publics », la liste Lutte ouvrière n’atteindra très probablement pas le second tour de l’élection. « Je ne me berce pas d’illusions, reconnaît son chef de file. Les idées qui ont le vent en poupe sont plutôt les idées réactionnaires, y compris au sein des classes populaires. La sécurité et l’immigration sont des thèmes faciles pour les candidats. » Eddy Le Beller appellera-t-il alors à voter à gauche ? « Non, je ne me sens aucun lien avec les partis politiques qui se disent de gauche. Ils ont tous été au pouvoir, ils ont tous participé à désarmer le monde du travail. »