Régionales en Nouvelle-Aquitaine : « Grand projet inutile » ou « nécessité », les candidats s’écharpent sur la LGV

POLITIQUE Lors du débat organisé par « 20 Minutes », « Placéco » et « Le Populaire du Centre », les six candidats aux élections régionales invités ont montré leurs oppositions sur le projet de LGV entre Bordeaux et Toulouse

Mickaël Bosredon

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La LGV Sud Europe Atlantique est une ligne a grande vitesse française mesurant 302 km ainsi que 38 km de nouveaux raccordements. Sa mise en service est prévue le 2 juillet 2017.
La LGV Sud Europe Atlantique est une ligne a grande vitesse française mesurant 302 km ainsi que 38 km de nouveaux raccordements. Sa mise en service est prévue le 2 juillet 2017. — PATRICK LEVEQUE/SIPA
  • Après sa mise en service en 2017 entre Paris et Bordeaux, la LGV doit-elle filer désormais jusqu’à Toulouse ?
  • Pour une partie des candidats aux élections régionales en Nouvelle-Aquitaine, ce prolongement est nécessaire pour désenclaver la région et enfin mettre en place du ferroutage.
  • Pour EELV et LFI en revanche, ce projet est trop coûteux et se ferait au détriment des petites lignes nécessaires aux déplacements du quotidien.

Après sa mise en service entre Paris et Bordeaux en 2017, la LGV (Ligne à grande vitesse) doit-elle maintenant filer jusqu’à Toulouse d’une part, et Dax et Hendaye d’autre part ? Alors que le dossier semblait plus ou moins enterré, il a été relancé par le Premier ministre Jean Castex, il y a un mois. Et il anime désormais la campagne des élections régionales, que ce soit en Occitanie ou en Nouvelle-Aquitaine.

Le débat sur les régionales en Nouvelle-Aquitaine organisé par 20Minutes, Placéco et Le Populaire du centre
Le débat sur les régionales en Nouvelle-Aquitaine organisé par 20Minutes, Placéco et Le Populaire du centre - 20Minutes

Sans surprise, c’est l’un des sujets qui a le plus agité le débat, organisé mardi par 20 Minutes, Placéco et Le Populaire du Centre. Car, entre Nicolas Thierry (EELV) et Clémence Guetté (LFI-NPA) qui ne veulent pas entendre parler de la LGV, assurant qu’elle aspirerait tous les crédits nécessaires aux lignes de proximité, et Alain Rousset (PS) et Geneviève Darrieussecq (LREM-MoDem) expliquant qu’elle est incontournable, plusieurs positions semblent irréconciliables.

« Il faut faire un choix, et il faut l’assumer »

« Il faut poursuivre la LGV car la première partie [Bordeaux-Paris] est un succès populaire, assure Alain Rousset. On m’avait dit qu’il n’y aurait que des attachés-cases sur la LGV Bordeaux-Paris, non, il n’y a que des sacs à dos. » Au-delà de ce « succès », le président sortant assure qu’une seconde voie vers le sud est la seule solution pour désenclaver la région, et enfin mettre en place du ferroutage en Nouvelle-Aquitaine, pour sortir les camions de la route. « On a 10.000 camions qui entourent Bordeaux, c’est la partie la plus polluée de la région », rappelle ainsi le candidat socialiste, notamment à l’adresse de son vice-président à l’Environnement, et adversaire durant cette campagne, Nicolas Thierry, chez qui il voit là une « contradiction. »

Ce dernier estime en effet qu’il est « impossible de mobiliser plus de huit milliards d’euros pour la LGV, et 1,5 milliard pour les lignes du quotidien. Et tout cela pour gagner 15 ou 20 minutes avec la LGV entre les deux métropoles [Bordeaux et Toulouse]. Il faut faire un choix, et il faut l’assumer. » En revanche, il préconise la rénovation de la voie actuelle entre Bordeaux et Toulouse, « qui est évaluée entre 2 et 3,5 milliards d’euros ».

Quelque « 3.000 hectares artificialisés »

Dans la même veine, Clémence Guetté prévient que « ce projet est la première chose qu’on arrêterait si jamais on accédait à la présidence de la région ». Pour la candidate LFI, cette LGV « a toutes les caractéristiques d’un grand projet inutile et imposé. Sur un plan environnemental, c’est absolument désastreux, puisque c’est 3.000 hectares qui vont être artificialisés. Et pour les gens, on sait que le besoin n’est pas là, il leur faut avant tout des lignes de proximité. »

Clémence Guetté lors du débat sur les régionales organisé par 20Minutes, Placéco et Le Populaire du Centre
Clémence Guetté lors du débat sur les régionales organisé par 20Minutes, Placéco et Le Populaire du Centre - 20Minutes

La candidate du Rassemblement national, Edwige Diaz, pense, elle, que l’on peut tout financer. « Oui au passage en deux fois deux voies de la route entre Limoges et Poitiers, oui au grand contournement de Bordeaux, et en même temps oui au RER métropolitain et à la LGV », annonce-t-elle.

« Pourquoi Bordeaux ne serait tourné que vers Paris ? »

« Il ne faut pas opposer les déplacements du quotidien et ceux avec une grande élongation », estime pour sa part Geneviève Darrieussecq. « Il faut faire de la LGV un moyen d’augmenter les capacités de déplacement du quotidien, et pour cela il faut travailler à des TER à grande vitesse entre les villes. » Elle y voit aussi l’occasion de faire de Bordeaux et Toulouse « de véritables ponts de liaison qui favoriseront l’économie, les loisirs, le tourisme… » La candidate LREM poursuit : « Pourquoi Bordeaux ne serait tourné que vers Paris ? La prétendue rivalité entre Bordeaux et Toulouse est artificielle, autant travailler la complémentarité. »

Nicolas Florian (LR) estime aussi qu’un rapprochement avec Toulouse est nécessaire. « Quelle image donnerions-nous, si on disait que maintenant que nous sommes à deux heures de Paris, la LGV s’arrête chez nous ? Le grand projet qui était porté par l’Etat, auquel nous étions associés, a toujours été d’aller jusqu’à Toulouse, et aussi vers le sud-ouest. Je préconise à ce sujet de relier Bordeaux-Dax dans un premier temps, et qu’à partir de Dax on regarde vers Hendaye et vers Pau. »

Après le tronçon commun, direction Dax ?

La Landaise Geneviève Darrieussecq insiste aussi sur la nécessité que ce projet se fasse dans son ensemble, même si on ne parle plus que de Bordeaux-Toulouse dorénavant. « Une fois que nous aurons construit le tronçon commun entre Bordeaux et Captieux, nous pourrons aller jusqu’à Dax », pense-t-elle.

Il restera aussi à trouver les financements, même si ce n’est bien sûr pas la région qui assumera seule un tel projet estimé aujourd’hui à environ 7,5 milliards d’euros. Alain Rousset martèle que des « sociétés de projets » sont dorénavant la clé pour financer de telles infrastructures. Une société de projet impliquant les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, et les métropoles de Toulouse et Bordeaux, serait en effet constituée pour porter cette LGV, selon le Premier ministre.