Régionales 2021 : Quelles sont les forces en présence, à cinq semaines des élections ?

LISTES Les élections auront lieu, si tout va bien, les 20 et 27 juin, mais le dépôt des listes est déjà presque clos

Rachel Garrat-Valcarcel

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Des bulletins de vote. (archives)
Des bulletins de vote. (archives) — JOEL SAGET / AFP
  • Les 20 et 27 juin auront lieu les dernières élections avant la présidentielle de 2022 : les régionales et les départementales.
  • Lundi est la date limite du dépot des candidatures pour le premier tour.
  • 20 Minutes fait le tour du paysage politique à cinq semaines de ces élections.

Déjà reportées pour cause de crise sanitaire, les élections régionales (et départementales) devraient cette fois-ci bien avoir lieu les 20 et 27 juin. Chaque camp a préparé minutieusement ses armes alors qu’il s’agit de la dernière élection avant la présidentielle d’avril 2022. Il reste encore quelques heures aux partis pour déposer leurs listes mais on connaît déjà globalement le paysage. 20 Minutes fait le point.

Où en est l’union de la gauche ?

C’est un peu l’arlésienne de ces élections : l’union des partis de gauche, très divisés depuis 2017 entre socialistes, insoumis et écologistes. L’objectif est surtout d’éviter l’élimination de la gauche dès le premier tour dans certaines régions où elle est devenue électoralement très faible.

En 2015, lors des précédentes élections régionales, pour contrer une éventuelle victoire du Front national (aujourd’hui Rassemblement national) la gauche avait été contrainte au désistement entre les deux tours en Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Paca) et surtout dans son ancien bastion des Hauts-de-France. Il n’y a plus aucun élu ni aucunes élues de gauche dans ces deux conseils régionaux. Cette année, l’union a été faite, des insoumis aux socialistes, dans les Hauts-de-France, avec l’écologiste Karima Delli comme tête de liste. C’est presque le cas en Paca, avec l’écologiste  Jean-Laurent Félizia, mais la France insoumise a été exclue de cette alliance.

Ailleurs en France continentale, on trouve de tout : de la désunion totale (la plupart du temps, et notamment en Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine ou Auvergne-Rhône-Alpes) à des alliances à géométrie variable. En Normandie, par exemple, le PS et EELV sont alliés face à une liste des communistes et des insoumis. En Pays-de-la-Loire, les écologistes et La France insoumise sont derrière un ancien député macroniste, Mathieu Orphelin, contre une liste PS-PCF menée par Guillaume Garot.

Quelle stratégie pour la majorité ?

Le jeune parti qu’est La République en marche a du mal avec les élections locales, faute d’implantation. L’année dernière, les élections municipales ont été globalement très mauvaises pour la majorité présidentielle. Les quelques fois où LREM a réussi à faire élire des conseillers et conseillères municipales, c’était grâce à des alliances avec des sortants de gauche et de droite bien implantés.

Aux régionales, une élection plus lisible que les municipales, difficile de ne pas porter au moins au premier tour la parole macronienne, à moins d’un an de la présidentielle. Résultat : dans toutes les régions de France continentale il y aura une liste LREM au premier tour. Une exception : en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Là-bas, le risque d’une élection du Rassemblement national a été jugé trop grand. Après de nombreux rebondissements, une quinzaine de candidats et candidates macronistes seront bien présentes sur la liste de président sortant LR, Renaud Muselier. Une bonne occasion aussi de mettre la zizanie chez Les Républicains.

Malgré cela, à la veille du début de la campagne des régionales, les chances pour LREM de remporter ne serait-ce qu’une présidence de région paraissent très faibles. Les derniers sondages nationaux ne donnent qu’autour de 15 % des voix à la majorité présidentielle. C’est dans les Pays-de-la-Loire (avec François de Rugy), en Nouvelle-Aquitaine (avec la ministre MoDem Geneviève Darrieussecq) et en Bretagne (région longtemps présidée par l’influent ministre Jean-Yves Le Drian) que les espoirs macronistes de bien figurer se concentrent.

La droite traditionnelle en mode primaire

Certaines personnalités de la droite traditionnelle (Les Républicains et ses proches alliés) voient dans ces élections régionales une manière de s’imposer comme candidat d’une droite en mal de leader pour la prochaine présidentielle : Xavier Bertrand, le président sortant des Hauts-de-France, a déjà fait acte de candidature mais Valérie Pecresse (présidente de l’Île-de-France) et même Laurent Wauquiez (président d’Auvergne-Rhône-Alpes) y pensent aussi.

Avant de regarder 2022, la droite, qui détient six des onze présidences de région de France continentale, a quelques espoirs de victoire dans le Centre et en Bourgogne-Franche-Comté, deux régions perdues de justesse en 2015. Mais elle peut surtout perdre des plumes fin juin : elle peut être menacée par la gauche dans les Pays-de-la-Loire et dans une moindre mesure en Île-de-France.

Les présidents de droite sortants sont aussi menacés par le Rassemblement national dans les Hauts-de-France, où les scores de Xavier Bertrand et Sébastien Chenu (RN) sont dans la marge d’erreur, et en Paca, Renaud Muselier est distancé par le RN Thierry Mariani. La question des fusions au second tour avec LREM se posera certainement mais certains, comme Xavier Bertrand et Valérie Pecresse, ont déjà fermé la porte à ce type d’alliance : difficile de se forger une image de leader de la droite pour la présidentielle en devant sa survie aux macronistes.

Le Rassemblement national bien placé ?

Le parti de Marine Le Pen apparaît partout en filigrane dans les stratégies d’alliance de ses adversaires. C’est là sa grande force : faire en sorte que tout le monde doive se positionner avant tout par rapport à lui. Et aussi sa grande faiblesse : au second tour si les autres font bloc, il est isolé. En 2015, c’est ce qui avait causé sa perte alors qu’à l’issue du premier tour l’ancien Front national paraissait bien placé pour gagner les Hauts-de-France et Paca, voire le Grand-Est.

En 2021, le parti d’extrême droite va devoir se comparer à son résultat canon de 2015 : presque 28 % au premier tour. Pour le moment, aucun sondage national n’a mis le RN à ce niveau-là. Dans les sondages régionaux, le parti de Marine Le Pen semble, au mieux, stagner. Pourtant, il parait encore très près de gagner dans les Hauts-de-France et en Provence-Alpes-Côte-d'Azur : le résultat d’un paysage politique plus fractionné qu’en 2015 qui pourrait provoquer des quadragulaires voire des pentagulaires au second tour. Or, gagner une ou deux régions est capital pour le RN : à moins d’un an de la présidentielle elles peuvent devenir des vitrines pour la campagne de Marine Le Pen.