Régionales en Occitanie : Une gauche dispersée façon puzzle sous la menace du Rassemblement national

POLITIQUE Repoussées à cause de la crise sanitaire liée au coronavirus, les élections régionales se tiendront les 13 et 20 juin. En Occitanie, la principale menace pour la présidente sortante, la socialiste Carole Delga, semble être le Rassemblement national

H. Ménal, avec J. Diesnis et N. Bonzom

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La croix occitane sur le Capitole de Toulouse, la capitale régionale.
La croix occitane sur le Capitole de Toulouse, la capitale régionale. — Alexandre GELEBART/REA
  • La crise sanitaire liée au Covid-19 a décalé de trois mois les élections régionales. L’Assemblée nationale a fixé, mi-février, les dates des élections aux 13 et 20 juin.
  • A quatre mois du scrutin, 20 Minutes fait le point sur les candidats déclarés ou annoncés, surtout des des hommes, pour succéder à la socialiste Carole Delga, présidente de la région Occitanie.
  • Mais la gauche ne part pas rassemblée derrière elle, alors que le RN est historiquement fort, notamment sur le littoral de ce très vaste territoire.

Elle y est et elle veut y rester. Carole Delga, la présidente socialiste sortante de la région Occitanie s’est jetée tôt, dès l’automne, dans la bataille pour décrocher un deuxième mandat. Plateforme citoyenne pour co-créer le programme, multiplication des annonces de proximité pour épauler les habitants dans la crise sanitaire, l’ancienne secrétaire d’Etat de François Hollande prend son élan. Car le front uni de la gauche qu’elle appelait de ses vœux pour faire face au Rassemblement national, la deuxième force politique de l’hémicycle régional, ne sera probablement pas au rendez-vous du premier tour.

Alliés dans la majorité actuelle, les écologistes ont sans surprise décidé de tester leur popularité, dans la lancée des municipales. Leur tête de liste Antoine Maurice (EEVL), candidat malheureux au Capitole, ne manque pas une occasion de souligner les désaccords avec Carole Delga, sur la nécessité d’une autoroute entre Toulouse et Castres par exemple, ou sur l’arrivée du TGV dans la Ville rose. Les militants EELV ont même cette fois dédaigné la main tendue de La France insoumise de Myriam Martin et Manuel Bompard, un proche de Jean-Luc Mélenchon. Une dispersion à gauche qui ne fera que complexifier les tractations de second tour que devra inévitablement mener la sortante.

La sortante favorite, le RN en embuscade

La bonne nouvelle pour Carole Delga, c’est qu’elle est largement en tête des intentions de vote : à 25 %, dans le sondage Ifop-Fiducial pour Sud Radio du 13 janvier. Derrière elle, le député européen  Jean-Paul Garraud, pas encore investi par le bureau national du RN, n’est qu’à 16 %. Mais seulement parce que ce sondage testait aussi ce qu’un fin connaisseur de la droite appelle « une bulle spéculative : le tandem d’aventuriers Ménard-Barèges, le maire mariniste de Béziers et la maire LR très à droite de Montauban, qui ressort à 14 %. Sauf que la bulle vient d’éclater puisque Brigitte Barèges, condamnée en première instance pour détournement de fonds publics, n’est plus éligible. D’ailleurs Julien Sanchez, leader du groupe RN à la région et autre candidat à l’investiture, ne s’y trompe pas. Il fait automatiquement l’addition, en situant son camp à 25 %.

« Notre ambition est de gagner la région », assure le maire de Beaucaire qui prend sa réélection facile et celle de Robert Ménard à Béziers comme une preuve de la capacité de bonne gestion de son parti. Même si le casting change puisque désormais Louis Aliot (premier au 1er tour des régionales 2015 avec 31 %) a passé l’écharpe de maire de Perpignan.

Une droite indécise, un trublion en marche

Julien Sanchez a bien noté aussi que LR flirte dangereusement pour l’heure avec la barre des 10 % en deçà de laquelle une liste ne peut pas se maintenir. Pour Julien Sanchez qui soutient avoir de nombreux témoignages d’un désir de rapprochement dans la droite classique, l’hypothétique réservoir de voix est alléchant.

Et justement à LR, la perspective d’une si lourde responsabilité retarde le processus de désignation du candidat. Trois sont pressentis : le médiatique député du Lot et secrétaire général du parti, Aurélien Pradié, dont l’intérêt est de moins en moins flagrant ; Christophe Rivenq, le président de l’agglomération d’Alès et patron de la droite au conseil régional qui y met beaucoup plus d’enthousiasme ; et le député aveyronnais Arnaud Viala, qui peut servir de trait d’union entre Toulouse et Montpellier.

Avec une difficulté supplémentaire pour la droite qui pourrait être concurrencée sur son centre : Vincent Terrail-Novès a quitté LR pour s’engager dans une démarche « transpartisane », une version régionale d’En Marche, qui le prédestine à l’étiquette LREM. « Je n’ai pas encore donné ma réponse, explique pour l’heure le maire de Balma. Je discute avec les partis du centre, avec des citoyens aussi, j’avance ». Il dira « fin février-début mars » s’il rentre dans l’équation du scrutin, encore à plusieurs inconnues.