Régionales dans les Hauts-de-France : Le tour préliminaire de la présidentielle pour Xavier Bertrand

POLITIQUE Repoussées à cause de la crise sanitaire liée au coronavirus, les élections régionales se tiendront les 13 et 20 juin. Dans les Hauts-de-France, huit candidatures sont déjà connues avec un objectif : prendre la place de Xavier Bertrand élu en décembre 2015

Francois Launay

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Elections régionales: Qui va gagner la bataille des Hauts-de-France? — 20 Minutes
  • La crise sanitaire liée au Covid-19 a décalé de trois mois les élections régionales. L’Assemblée nationale a fixé, mi-février, les dates des élections aux 13 et 20 juin.
  • A quatre mois du scrutin, 20 Minutes fait le point sur les candidats déclarés ou annoncés pour succéder à Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France.
  • Entre une gauche divisée et un RN qui reste en embuscade, Xavier Bertrand part favori dans une élection qui conditionnera sa présence à la présidentielle 2022

Quitte ou double. Candidat à sa réélection au poste de président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand va jouer gros aux élections régionales des 13 et 20 juin 2021. L’élu, qui a conditionné une candidature à la présidentielle à une victoire aux régionales, a la pression. En tête des intentions de vote selon un sondage effectué le 24 novembre 2020 par l’Ifop, l’ancien ministre reste le grand favori à sa propre succession à quatre mois du scrutin comme le reconnaît Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille.

« Xavier Bertrand a imposé son leadership au niveau régional. C’est d’ailleurs l’un des rares présidents de région qui a une notoriété nationale. Ça aide à visibiliser la région dans les médias nationaux. On pourrait croire que le fait d’utiliser la région comme tremplin à la présidentielle le dessert. Mais non, car il joue sur un côté vieille politique qui fonctionne encore assez bien. Il a pris un risque en conditionnant sa candidature à la présidentielle à une victoire aux régionales. Mais en même temps, s’il n’est pas réélu, il n’aura aucune légitimité pour être candidat à la présidence », assure le politologue.

Le RN comme principal outsider

Pour contrarier ses plans, le battre et donc l’empêcher de se présenter en 2022 face aux Français, le Rassemblement National espère bien jouer les trouble-fêtes. En 2015, Marine Le Pen était d’ailleurs arrivée largement en tête du premier tour (40,64 %) avant de se fracasser au second tour contre le barrage républicain mené par Xavier Bertrand (58 % contre 42 %). Cette année, la présidente du RN ne sera pas candidate aux régionales. Pour la remplacer, le parti a misé sur le député du Nord Sébastien Chenu. S’il est beaucoup moins connu que Le Pen, l’ancrage du RN dans les Hauts-de-France peut lui permettre de jouer le rôle du principal outsider.

« L’équation sera différente de 2015 où toute l’élection s’est faite autour de Marine Le Pen. Avec Chenu, on va beaucoup moins parler du RN. Mais attention à ne pas trop sous-estimer l’extrême droite qui est enracinée dans les Hauts-de-France. On est sur un territoire qui est un véritable laboratoire pour le RN entre la Picardie rurale et l’ex-bassin minier. Je pense même que l’extrême droite peut encore être devant Xavier Bertrand au premier tour », assure Rémi Lefebvre.

Une gauche désunie

Pour éviter le duel annoncé Bertrand-Chenu, la gauche espère tirer son épingle du jeu et revenir dans l’hémicycle régional. En 2015, la liste PS, arrivée en troisième position au premier tour, s’était désistée pour éviter une triangulaire favorable à Le Pen. Un barrage républicain qui l’a privé du moindre élu pendant six ans à la région.

Pour éviter un nouveau scénario cauchemardesque, tout le monde appelle à l’union dès le premier tour. Sauf qu’aujourd’hui, personne n’est prêt à laisser sa place. Entre Ugo Bernalicis (France insoumise), Fabien Roussel (Parti communiste), Patrick Kanner (Parti socialiste) et Karima Delli (Verts), quatre listes de gauche sont annoncées à quatre mois de scrutin. Une stratégie mortifère selon Rémi Lefebvre.

« Historiquement, la région Hauts-de-France a longtemps été une terre de gauche. Mais là, elle semble ratatinée car les milieux populaires ne votent plus pour elle mais pour le RN. Malgré tout ça, elle se paye encore le luxe de la division. Si ça reste comme ça, c’est mort pour la gauche. Alors que paradoxalement, si tout le monde finit par s’entendre avec une grande liste d’union, il y a un coup à jouer. Il y aura peut-être un sursaut mais la gauche est tellement autodestructrice qu’elle est aussi capable de faire n’importe quoi », estime le politologue.

LREM vient lancer le match de la présidentielle

Entre la gauche et Xavier Bertrand, la marge de manœuvre de la liste LREM menée par Laurent Pietraszewski, paraît bien mince pour jouer un vrai rôle. Mais le secrétaire d’Etat en charge des Retraites sera surtout là pour lancer le match de la présidentielle.
« L’équation est compliquée pour LREM. Ce n’était pas possible de ne pas mettre de candidat face à Xavier Bertrand avant la présidentielle. Ils ne pouvaient pas lui offrir un boulevard. Même si ce sera très compliqué dans cette élection pour le parti au pouvoir », conclut Rémi Lefebvre.

Laboratoire pour la présidentielle entre un possible candidat pour 2022, le RN en outsider et une gauche désunie, ces régionales dans les Hauts-de-France seront riches en enseignements. Reste à savoir si les électeurs suivront. En 2015, hors crise sanitaire, le taux d’abstention avait oscillé entre 45 % au premier tour et 39 % au second. Des chiffres qui pourraient grimper en juin prochain sauf si le virus décide encore de reporter un scrutin initialement prévu en mars.