Présidentielle américaine : Impôts, assurance santé, relations commerciales… Que prévoit le programme économique de Joe Biden ?

ETATS-UNIS Un plan de relance de 700 milliards de dollars est prévu pour contrer la crise économique

Nicolas Raffin

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Joe Biden est le 46e président des Etats-Unis.
Joe Biden est le 46e président des Etats-Unis. — Sopa Images/SIPA
  • Joe Biden, le futur président américain, a un programme économique bien différent de celui de Donald Trump, notamment du point de vue fiscal.
  • Il pourrait notamment revoir la relation des Etats-Unis avec l’Union Européenne.
  • Mais le contrôle du Sénat sera un enjeu déterminant.

Et maintenant, au travail. Le nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden, n’entrera que fin janvier à la Maison Blanche, mais il prépare déjà ses premiers jours au pouvoir avec son équipe de transition. Outre les fameuses nominations aux postes clés, les réponses économiques qu’il prévoit d’apporter face à la crise du Covid-19 seront évidemment scrutées de près par les Américains, et même au-delà, étant donné le pouvoir économique mondial des Etats-Unis.

20 Minutes passe en revue les principales mesures déjà annoncées par l’ex-candidat démocrate, dont certaines dépendront du Congrès.

L’urgence : Un programme de relance de 700 milliards d’euros face au Covid-19

En juillet, Joe Biden a présenté son plan intitulé « Build Back Better » (Reconstruire mieux). Très ambitieux, il prévoit de recréer les 18 millions d’emplois perdus à cause de la crise du coronavirus, auxquels se rajouteraient 5 millions de nouveaux emplois. Pour cela, un plan d’investissement massif de 400 milliards de dollars sera mis en place, « pour acheter des produits et du matériel dont notre pays a besoin pour moderniser les infrastructures, reconstituer nos stocks et améliorer notre sécurité » a expliqué Joe Biden.

300 milliards d’euros seront dépensés en plus pour la recherche et le développement, ainsi que pour les innovations technologiques. Le nouveau président s’est engagé à ce que cet argent aille en priorité aux entreprises nationales : « il sera utilisé pour acheter des produits américains et soutenir les emplois américains ».

Fiscalité et santé : Hausse d’impôts pour les plus riches et relance de l’Obamacare

Joe Biden entend marquer son territoire en annulant une grande partie des baisses d’impôts accordées par Donald Trump aux plus aisés, à savoir ceux ayant des revenus imposables supérieurs à 400.000 dollars par an. Selon une étude de l’American Enterprise Institute, « le programme de Biden alourdira la fiscalité pour les 5 % de foyers les plus aisés, et allégera la fiscalité des 95 % restants ». Le futur président prévoit aussi d’augmenter les taxes sur les entreprises, en remontant l’impôt sur les sociétés (de 21 à 28 %), et en relevant les prélèvements sur les bénéfices réalisés à l’étranger par des entreprises américaines. Ce dernier point vise clairement à les encourager à relocaliser des emplois aux Etats-Unis.

Côté pouvoir d’achat, Joe Biden a prévu de remonter le salaire minimum fédéral, bloqué à 7,25 dollars de l’heure (6,20 euros/h) depuis onze ans. Ce dernier passerait à 15 dollars (12,6 euros), un montant supérieur au Smic brut français (10,15 euros/h). Selon une analyse réalisée par le Bureau du budget du Congrès (une agence fédérale), la mesure permettrait d’augmenter la paye de 27,3 millions de salariés.

Enfin, concernant la santé, Joe Biden a réaffirmé son soutien à l’Affordable Care Act (ACA), ou « Obamacare », que Donald Trump voulait voir disparaître. Joe Biden souhaite que la quasi-totalité des 27 millions d’Américains qui n’ont pas encore de couverture maladie puissent s’assurer durant son mandat. Mais cette promesse pourrait être remise en cause : la Cour suprême des Etats-Unis, qui penche du côté conservateur, pourrait retoquer l’Obamacare. Une audience est d’ailleurs prévue ce mardi.

Le commerce international : Vers une « normalisation » ?

Donald Trump s’était montré particulièrement virulent sur la scène internationale, avec des résultats contrastés. Le déficit commercial (lorsque les importations sont supérieures aux exportations) s’est creusé sous sa présidence. Celui avec la Chine, sa cible privilégiée, a certes baissé, mais les importations depuis le Canada ou le Mexique se sont envolées. Par ailleurs, les hausses des droits de douane ont « protégé les producteurs américains », selon Gianluca Orefice, professeur à l’université Paris-Dauphine cité par l’AFP. Mais elles ont aussi « augmenté les coûts de production » dans l’industrie.

« Biden va normaliser les relations commerciales, en particulier avec l’Union Européenne », avance Mark Zandi, chef économiste pour Moody’s Analytics, dans une interview à La Tribune. Les Etats-Unis devraient ainsi annuler leur procédure de retrait de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), initiée par Donald Trump en juillet dernier. Néanmoins, Joe Biden ne s’est pas encore clairement prononcé sur la fin des tarifs douaniers imposés à l’UE depuis 2018 sur l’acier et l’aluminium, pas plus que sur la future relation commerciale avec la Chine.

« Joe Biden reste dans l’esprit américain : il est là pour servir les intérêts de son pays, même si c’est d’une manière moins véhémente que Trump, indique Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement stratégique chez Carmignac. La deuxième chose, c’est qu’il doit refléter l’opinion majoritaire du pays : à l’égard de la Chine, le consensus est sévère. Il faut donc s’attendre à des changements de forme, pas de fond. Sur l’Europe, l’attitude américaine est plus favorable, et Joe Biden sera davantage tenté de s’allier avec l’UE dans sa confrontation avec la Chine ».

Une majorité à trouver

Pour pouvoir appliquer ce programme ambitieux, Joe Biden devra composer avec le Congrès. Or, ce dernier pourrait être divisé, avec d’un côté une courte majorité démocrate à la Chambre, et de l’autre des républicains possiblement majoritaires au Sénat. Le suspense ne prendra pas fin tout de suite, puisque les deux élections spéciales qui détermineront quel parti aura le contrôle du Sénat sont prévues… le 5 janvier, deux semaines avant l’intronisation de Joe Biden.

« Pour faire passer des hausses de dépenses ou de taux d’imposition, il faudra l’accord du Sénat. S’il est républicain, ce sera très difficile, rappelle Didier Saint-Georges. Et même si les démocrates remportaient la majorité, elle serait très ténue, avec des risques que certains refusent de voter des hausses de dépenses importantes. Le volet le plus ambitieux du programme économique de Joe Biden risque donc d’être reporté dans deux ans, après le renouvellement partiel du Sénat ».