Municipales 2020 à Montpellier : EELV retire l’investiture à Clothilde Ollier, en tête de tous les sondages

ELECTIONS Coup de théâtre à Montpellier. Convaincu que Clothilde Ollier s’éloignait de plus en plus de la ligne écologiste prônée par EELV, le parti a décidé de lui retirer l’investiture

Jérôme Diesnis

— 

Clothilde Ollier a été démise de l'investiture EELV à Montpellier.
Clothilde Ollier a été démise de l'investiture EELV à Montpellier. — Jérôme Diesnis / Maxele Presse
  • Le bureau exécutif national d’EELV a décidé de retirer l’investiture à Clothilde Ollier, désignée tête de liste du parti à Montpellier à l’issue d’une primaire citoyenne.
  • Les dernières semaines ont été marquées par un net coup de barre à gauche de la candidate, notamment vers des dissidents de La France Insoumise à qui elle a ouvert sa liste.
  • Dans les quatre sondages publiés depuis le début de la campagne, EELV arrivait en tête, seul ou à égalité avec Philippe Saurel. Battu dans des primaires dont il avait dénoncé les conditions, Jean-Louis Roumégas revient dans la course : « Ce que je dénonce depuis plusieurs semaines éclate au grand jour », confie-t-il à 20 Minutes.

Coup de théâtre dans la campagne des élections municipales de Montpellier. Le comité exécutif national d’Europe Ecologie-Les Verts a enlevé l’investiture à Clothilde Ollier. « Elle ne peut utiliser le logo sur son matériel de campagne municipale, ni se prévaloir du soutien d’EELV dans le cadre de la campagne, ni s’exprimer au nom d’EELV », affirme l’un de ses membres à Midi Libre.

La décision des instances nationales bouleverse l’équilibre de cette campagne atypique dans laquelle une quinzaine de candidats sont déclarés ou sur le point de le faire… La liste EELV, menée par l’ex-maire du petit village de Murles, était en tête (seule ou à égalité selon les cas de figure avec le maire sortant, Philippe Saurel) des quatre sondages commandés par les différents candidats ou organes de presse depuis le début de la campagne.

L’influence de plus en plus forte de dissidents de La France insoumise

Début janvier, elle avait décidé d’intégrer sur sa liste de nombreux membres dissidents de La France insoumise (LFI) issus du mouvement Confluence (à Montpellier, LFI soutient officiellement la liste citoyenne Nous Sommes), mais aussi du Parti animaliste et des radicaux de gauche… Quelques jours plus tard, elle avait fini de se couper des adhérents d’EELV en écartant de son poste de directeur de campagne Manu Raynaud, pour lui préférer Jean-Yves Dormagen, un universitaire marqué à gauche.

A Montpellier comme à Paris, cette décision a été vue comme une trahison : Manu Raynaud avait très largement contribué à sa montée en puissance au sein d’Europe Ecologie-Les Verts. Plusieurs membres du bureau exécutif avaient été dépêchés à Montpellier dans la semaine pour comprendre cette décision prise sans concertation et faire infléchir sa position. En vain. « Nous avons observé, depuis le début de la campagne, une gestion très isolée, et de plus en plus solitaire, avec des décisions prises sans son équipe de campagne et le groupe local », souligne Eva Sas, porte-parole d’EELV, au Mouvement Info.

Soupçonnée de vouloir prendre ses distances avec EELV une fois élue

Les instances nationales reprochent à la déléguée syndicale de la CGT à la clinique du Millénaire, « d’avoir le cœur beaucoup plus rouge que vert », précise à 20 Minutes un représentant régional du parti. Et finalement d’en avoir pris les clés à Montpellier par effraction. Selon cette personne, ils ont acquis la conviction que dans l’hypothèse où elle aurait été élue, Clothilde Ollier aurait rapidement pris ses distances avec le EELV.

Clothilde Ollier avait remporté la primaire citoyenne organisée par EELV à Montpellier. Une défaite que son concurrent Jean-Louis Roumégas n’avait pas acceptée, dénonçant de basses manœuvres politiciennes : de très nombreux sympathisants du Parti socialiste étaient venus voter à cette primaire, faisant basculer la primaire en faveur de l’ex-maire de Murles. Dans un premier temps, l’instance nationale d’EELV avait pourtant validé le résultat de cette consultation. « Depuis plusieurs semaines nous dénonçons les trahisons à tous les niveaux. Les faits n’ont fait depuis que nous donner raison. On m’a taxé de mauvais perdant, aujourd’hui les choses éclatent au grand jour, détaille Jean-Louis Roumégas. Elle ne respectait plus les lignes politiques définies collectivement. La liste EELV s’était transformée en cartel avec des gens dont on se demandait bien ce qu’ils avaient d’écologiste. »

Jean-Louis Roumégas « tend la main à la famille écologiste »

Soutenu par une majorité de militants locaux, Jean-Louis Roumégas avait pris la décision de mener sa propre liste au risque de « se mettre en sommeil du parti ». Le groupe d’animation de Montpellier, ainsi que les bureaux exécutifs régional et national, doivent désormais se réunir le 3 février afin de déterminer si l’ancien député va récupérer l’investiture. « Je tends la main. Il reste deux mois avant les élections. Il n’est pas trop tard. Cet épisode malheureux peut être l’occasion de recoller les morceaux de la famille écologiste. Ces errements vont laisser des traces dans l’opinion publique. Il est indispensable de repartir sur de bonnes bases. »

Ancien militant EELV, aujourd’hui candidat écologiste indépendant, Thierry Teulade estime de son côté « qu’une fois de plus, la démonstration est faite, l’écologie est une chose trop importante pour la confier aux partis politiques (…). J’appelle donc les chefs d’EELV au niveau local, régional et parisien à profiter de la reprise en main de leur mouvement pour participer à la naissance à Montpelier de l’écologie citoyenne. »

Contactée, Clothilde Ollier n’a pour le moment pas fait suite à nos demandes. Elle peut toujours présenter sa candidature à la mairie, mais désormais comme dissidente EELV. Reste à savoir avec quels soutiens.