Municipales 2020: La vague verte peut-elle emporter Rennes et Nantes?

ÉLECTIONS Avec leur bon score aux européennes dans les deux villes, les écologistes se veulent ambitieux

Manuel Pavard et Julie Urbach

— 

Yannick Jadot lors d'un meeting d'Europe écologie Les Verts en avril 2019.
Yannick Jadot lors d'un meeting d'Europe écologie Les Verts en avril 2019. — J.Pachoud/AFP

Les similitudes sont frappantes : 24,33 % des voix à Rennes et 24,35 % à Nantes, à respectivement 1,5 et 2 points de la liste LREM. Dans les deux grandes villes de l’ouest, la liste écologiste menée par Yannick Jadot a obtenu des résultats d’une ampleur inédite dimanche soir aux européennes.

Et la ressemblance ne s’arrête pas là. Car dans ces deux cités dirigées par une maire socialiste, EELV dispute désormais ouvertement le leadership de la gauche à un PS repoussé très loin (3e avec 10,91 % à Rennes et 9,42 % à Nantes). À moins d’un an des municipales, les écologistes peuvent légitimement se sentir pousser des ailes. Au point de s’interroger : la vague verte peut-elle emporter les deux mairies ?

« On peut parler d’égal à égal avec le PS »

« Le scrutin des européennes ouvre cette question », reconnaît ainsi Matthieu Theurier, coprésident du groupe écologiste au conseil municipal de Rennes, avant de prévenir : « On a fait l’élection européenne avec sincérité, on n’est pas en train d’annoncer le coup suivant dès le lendemain. » N’allez pas croire pour autant que les écologistes se désintéressent de la mairie. Depuis la fin 2018, EELV participe en effet à l’association Confluences, qui « travaille à l’élaboration d’un projet ouvert pour rassembler des sensibilités diverses de l’écologie et de la gauche ». « A un moment, il faudra prendre une décision stratégique mais ce sera pour la rentrée », ajoute l’élu.

Comme toujours, tout sera question de rapport de force. « On sent qu’un truc a bougé », note Morvan Legentil, président du groupe écologiste de Rennes métropole, rappelant que « les négociations entre EELV et PS ont toujours ressemblé à David contre Goliath ». Mais désormais, poursuit-il, « on peut imaginer qu’on puisse parler d’égal à égal ».

Reste à savoir quelle sera la stratégie des écologistes. Pour le politologue rennais Romain Pasquier, directeur de recherches au CNRS, « trois scénarios sont possibles : soit les écologistes tentent un rassemblement à gauche dès le premier tour pour capter la gauche de la gauche et la France insoumise, soit ils y vont seuls contre tous, soit ils continuent un gouvernement de coalition avec le PS. C’est difficile à prévoir mais traditionnellement à Rennes, les écologistes sont plus gauchistes que centristes. »

« La ville peut devenir écologiste »

Un choix que devront également opérer les écologistes nantais. Dans la Cité des ducs, les membres d’EELV sont aussi galvanisés par leur résultat des européennes. « Ces scores confortent le fait que la ville peut devenir écologiste, que l’on peut arriver devant les autres lors de l’élection, même s’il y aura forcément une prime au maire sortant, espère Julie Laernoes, conseillère municipale et vice-présidente à la transition énergétique à Nantes métropole. Ils crédibilisent tout ce que l’on a commencé à construire car la crise écologique est désormais présente dans toutes les consciences, et pas que dans celle d’un électorat décrit comme urbain ou bobo. »

Localement, les Verts doivent encore officialiser leur tête de liste – ce sera fait d’ici à juillet – et mettre en œuvre leur stratégie. Même si la maire socialiste, Johanna Rolland, espère un rassemblement. « Nous devons mettre toutes nos forces au service d’un idéal européen pour répondre aux défis de la transition écologique, démocratique et à l’impératif d’une société plus juste et plus solidaire », a-t-elle réagi dimanche soir.

Grenoble, l’exemple à suivre

À Rennes comme à Nantes, les écologistes ont en tout cas un même modèle en tête, celui d’Eric Piolle qui avait ravi la mairie de Grenoble en 2014 grâce à une large coalition entre EELV, le Parti de gauche et divers collectifs citoyens et associatifs, devançant au premier et au second tours le socialiste Jérôme Safar. « Grenoble est l’exemple à suivre, confirme Romain Pasquier. Avec l’actuel rejet des politiques incarné par les gilets jaunes, les écolos ont intérêt à aller chercher les milieux associatifs pour se constituer une base populaire. »

Ce sera d’ailleurs l’un des gros enjeux des municipales dans les deux villes. « S’ils suivent l’exemple grenoblois, Nathalie Appéré comme Johanna Rolland ont du souci à se faire », estime le politologue.