Elections européennes: Les libéraux et les écolos seront-ils les «faiseur de rois» du nouveau Parlement?

RÉSULTATS Les discussions pour les postes clés des institutions de l'UE s'annoncent acharnées après le résultat des élections européennes

T.L.G.

— 

Yannick Jadot (EELV), le 26 mai 2019, durant les élections européennes.
Yannick Jadot (EELV), le 26 mai 2019, durant les élections européennes. — AFP
  • Les résultats des élections européennes sont tombés dimanche.
  • Avec un Parlement européen plus fragmenté que prévu, les discussions pour les postes clés des institutions de l’Union Européenne s’annoncent rugueuses.
  • Les libéraux et les écologistes auront un rôle à jouer dans la recomposition des forces politiques au sein du Parlement.

Au lendemain des européennes, les grandes tractations sont lancées. Avec un Parlement européen (PE)  plus fragmenté que prévu, les discussions pour les postes clés des institutions de l’Union Européenne s’annoncent rugueuses. Emmanuel Macron doit recevoir lundi à dîner le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez, avant de déjeuner mardi à Bruxelles avec plusieurs autres dirigeants.

Les 28 Etats membres doivent notamment se mettre d’accord sur le nom du prochain président de la Commission européenne, en respectant le nouvel équilibre des forces au Parlement.

Le PPE et le PSE n’ont plus la majorité au Parlement

La droite européenne (182 sièges pour le Parti populaire européen selon les dernières projections, contre 216 actuellement) et les sociaux-démocrates, 147 sièges contre 185) restent les deux principales formations de l’hémicycle mais le PPE et le S&D perdent leur capacité à réunir à eux seuls une majorité pour faire passer des textes législatifs.

« Il n’y a pas de véritables alliances au sein du Parlement européen. Mais depuis plusieurs années, on a vu émerger un accord technique entre les socialistes et les démocrates-chrétiens pour s’entendre sur la marche du PE et se partager les meilleures postes », indique Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS. « Pour la prochaine législature, il va devenir compliqué pour eux de faire passer des textes ou même d’élire le président de la CE, comme ils ont pu le faire en 2014 avec Jean-Claude Juncker, puisque les deux groupes seront loin de la majorité absolue de 376 voix », poursuit le spécialiste de l’UE.

Les libéraux et les écolos « faiseurs de rois »

Les deux groupes devront composer avec les écologistes, qui grimpent de 52 à 69 sièges, et les libéraux (Alde), qui obtiennent 109 sièges grâce notamment aux troupes de La République en marche, contre 69 auparavant. « Ils vont être les faiseurs de roi, au moins jusqu’à l’automne pour le choix des postes. Ca ne veut pas dire qu’il y aura nécessairement des personnes issues de ces groupes-là désignés, mais ils pourront bloquer certains noms », assure Olivier Rozenberg, professeur associé à Sciences Po Paris, au Centre d’études européennes et de politique comparée.

Le candidat allemand du PPE pour la Commission, Manfred Weber, dont le profil conservateur divise, pourrait ainsi être retoqué. « Les libéraux et les écologistes joueront également un rôle important pour obtenir des majorités sur des textes. On imagine que les Verts essayeront d’imposer des amendements protecteurs de l’environnement en échange de leurs voix, ce qui ne sera pas facile car le PPE n’y est pas forcément sensible », poursuit le spécialiste.

L’entente cordiale historique entre le PPE et le S&D pourrait donc être remplacée par un contrat de coalition à trois, ou à quatre si les écologistes obtiennent des garanties. Les « eurosceptiques » quant à eux, dont la poussée annoncée a été limitée, devraient avoir du mal à présenter un front uni et bouleverser l’échiquier. «En réalité, les clés sont entre les mains des chefs d’Etat. Le Parlement européen est une base de discussion pour connaître les forces en présence, mais les décisions vont se jouer lors des négociations, et principalement entre Macron et Merkel », ajoute Olivier Rozenberg. Un sommet informel est prévu mardi soir avec l’ensemble des responsables européens pour entamer les discussions sur les futurs dirigeants des institutions.