Elections européennes: Percée de l'extrême droite en Flandre et des écologistes à Bruxelles

RESULTATS Le paysage politique belge plus morcelé que jamais après les élections européennes

N.Sa avec AFP

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Le président du Vlam Belang Tom Van Grieken célèbre la forte poussée de son parti aux européennes.
Le président du Vlam Belang Tom Van Grieken célèbre la forte poussée de son parti aux européennes. — JONAS ROOSENS / BELGA / AFP
  • Outre leurs 21 eurodéputés, les Belges votaient dimanche pour élire des centaines de députés régionaux et nationaux.
  • Le parti d’extrême droite Vlaams Belang (VB, ex-Vlaams Blok) est devenu la deuxième force politique de Flandre.
  • Des résultats qui contrastent avec le sud du pays puisque les écologistes ont doublé leur score à Bruxelles, au-delà de 20 %.
  • Au Parlement européen, le parti d’extrême droite VB obtient trois sièges.

Forte poussée de l’extrême droite en Flandre néerlandophone, percée des écologistes et de la gauche radicale chez les francophones : le morcellement du paysage politique belge s’est accentué dimanche lors des élections législatives, laissant augurer de longues tractations pour un futur gouvernement.

Outre leurs 21 eurodéputés, les Belges votaient dimanche pour élire des centaines de députés régionaux et nationaux. La principale surprise est venue de Flandre, le nord néerlandophone de la Belgique, où le parti d’extrême droite Vlaams Belang (VB, ex-Vlaams Blok) est devenu la deuxième force politique de la région.

Le VB pourrait obtenir 18 sièges de députés

Avec 18,5 %, selon des résultats quasi-définitifs, le VB fait plus que tripler les 6 % engrangés en mai 2014. Il obtiendrait 18 des 150 sièges de députés à la Chambre, au niveau national, contre 3 jusqu’à présent, d’après une projection du ministère de l’Intérieur. « C’est clairement un dimanche noir pour la Flandre », a commenté le ministre des Finances, le libéral flamand Alexander De Croo. Le CDH (centristes francophones) a déploré une « augmentation dramatique » du Vlaams Belang, qui prône l’indépendance de la Flandre.

Ensemble, les quatre partis de la coalition de centre-droit au pouvoir entre 2014 et fin 2018 dégringolent de quelque 20 sièges au total, perdant nettement la majorité absolue.
Outre les centristes et les libéraux, les socialistes aussi cèdent du terrain, au profit d’Ecolo-Groen et du Parti du travail (PTB, extrême gauche), qui avec 13,6 % dépasse le CDH et devient la quatrième force de Wallonie, le sud francophone.

Combien de temps faudra-t-il pour former un gouvernement ?

Quant à l’Alliance néo-flamande (N-VA, nationalistes flamands), son président Bart De Wever l’a lui-même rangée parmi les perdants, même si elle reste la première force politique du pays (créditée de 25 députés à la Chambre soit 8 de moins). « Jamais les réalités n’ont été aussi différentes » entre le nord et le sud du pays, a dit le chef de la N-VA, qui se veut néanmoins le pivot d’une future majorité.

Le Premier ministre, le libéral francophone Charles Michel, en a exclu d’office les députés du Vlaams Belang, du PTB et du PVDA (le pendant flamand du Parti du travail).
« Les partis non démocratiques n’ont pas vocation à être présents dans les majorités gouvernementales », a lancé celui qui est déjà depuis cinq mois à la tête d’un gouvernement démissionnaire. Combien de temps faudra-t-il pour former un gouvernement ? Les Belges ont tous en tête un record qu’ils ne veulent pas battre : entre mi-2010 et décembre 2011, leur pays a vécu 541 jours sans gouvernement de plein exercice.

La « Vague verte »

A partir de lundi, le roi Philippe doit entamer un premier tour de consultations avec les présidents de parti, à l’issue duquel un « informateur », une sorte de médiateur, devrait être nommé pour explorer les pistes possibles. Le parti Ecolo-Groen, qui est un des vainqueurs du vote (il gagnerait 9 députés pour en compter 21), s’est dit prêt à former « une coalition climat » avec la gauche, les centristes ou les libéraux.

Profitant de la forte mobilisation des jeunes dans la rue pour le climat ces derniers mois, les écologistes ont doublé leur score à Bruxelles, au-delà de 20 %. Ils pourraient aussi intégrer le gouvernement de la région wallonne au côté du PS. « Nous avons largement gagné notre pari (…) Ce soir la vague verte s’amplifie », s’est félicitée Zakia Khattabi, co-présidente d’Ecolo.

Trois sièges d’eurodéputés pour l’extrême droite

Au Parlement européen, où la Belgique envoie 21 élus, Ecolo et le PTB ont gagné un siège au détriment du PS et du MR (libéraux francophones), qui n’en comptent plus que deux chacun, selon des résultats quasi-définitifs. Troisième sur la liste MR, Nicolas Barnier, fils du négociateur de l’UE pour le Brexit et ex-ministre français Michel Barnier, rate ainsi son arrivée en politique en Belgique. Parmi les 12 eurodéputés élus par les néerlandophones, le Vlaams Belang en compte désormais trois (contre un seul jusqu’à présent) soit autant que la N-VA.

La performance du Vlaams Belang est notamment due, d’après des analystes, à une « banalisation » du discours anti-immigration, particulièrement de la part de l’ex-secrétaire d’Etat N-VA Theo Francken. « Sa rhétorique, c’était pareil » que l’extrême droite, a estimé le politologue Pascal Delwit. « La N-VA n’a eu de cesse d’inoculer le virus de la haine », a déclaré Ahmed Laaouej, un des ténors du PS.