Elections européennes: «Emmanuel Macron n'en a pas fini avec la crise de la justice sociale»

INTERVIEW Chercheur au CNRS et au Cevipof, Bruno Cautrès analyse à chaud les résultats du scrutin de dimanche, alors que le RN est arrivé en tête

Propos recueillis par Philippe Berry

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Emmanuel Macron a voté au Touquet à l'occasion des élections européennes, le 26 mai 2019.
Emmanuel Macron a voté au Touquet à l'occasion des élections européennes, le 26 mai 2019. — Ludovic Marin/AP/SIPA

Emmanuel Macron a perdu son pari. Porté par la plus forte participation en 25 ans, le Rassemblement national est arrivé en tête des européennes, dimanche soir, à près de 24 %, devant LREM, 22 %. Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof, estime que même si les manifestations des « gilets jaunes » s’essoufflent, le président « n’en a pas fini avec la crise de la justice sociale » et ne pourra pas « simplement tourner la page et repartir de l’avant ».

A qui a profité la participation plus forte que prévu ? Donne-t-elle du poids à la victoire du Rassemblement national ?

Ce regain fort de la participation donne une plus grande ampleur politique à la victoire du RN. Elle montre qu’il a une capacité à mobiliser, et peut-être même à élargir par rapport au premier tour de la présidentielle, au moins en pourcentage des voix. Europe Écologie-Les Verts fait également mieux que prévu, en France et en Europe.

Emmanuel Macron, qui a mis tout son poids dans la bataille, sort-il affaibli ?

Perdre une élection n’est jamais un signe de force. C’est le premier scrutin que LREM perd depuis sa création, après la présidentielle et les législatives. La portée de la défaite est renforcée par la très forte implication du président, d’abord dans la sortie de la crise des « gilets jaunes » avec le grand débat national, et dans la campagne des européennes ensuite. Mais avec l’écart relativement faible avec le RN, il va sans doute pouvoir euphémiser la portée politique de cette défaite et tenter d’expliquer qu’il faut continuer dans la ligne qu’il a tracée.

La France insoumise fait un mauvais score, la liste « gilets jaune » est inexistante. Est-ce la fin du mouvement de contestation ?

Ce mouvement est sur le déclin sur la participation aux manifestations des samedis mais il y a sans doute des « gilets jaunes » qu’on retrouve avec le Rassemblement national. Ces élections ne peuvent pas être déconnectées de la crise que nous avons vécue depuis huit mois. Emmanuel Macron n’en a pas fini avec la crise de la justice sociale. Le résultat de dimanche ne lui permet pas de simplement tourner la page et de repartir de l’avant en mettant en œuvre les annonces.

Les Républicains et les socialistes n’obtiennent qu’à peine plus de 15 %. L’éclatement du clivage traditionnel continue ?

Le Rassemblement national et En marche représentent près de 50 %. Les autres forces politiques vont très mal autour. Les recompositions à l’intérieur de la gauche et de la droite vont continuer. Il va y avoir des questions de leadership qui vont se poser, sans doute à Jean-Luc Mélenchon et à Laurent Wauquiez. La pression va être considérable à l’intérieur de sa famille, avec ceux qui veulent se rapprocher de la droite populiste. Du côté des socialistes, c’est très relatif car le PS était encore au pouvoir il y a deux ans. Mais s’ils sont à égalité ou devant LFI, Olivier Faure et Raphaël Glucksmann tirent plutôt bien leur épingle du jeu.