Elections européennes: Laurent Wauquiez va-t-il pouvoir tenir à la tête des Républicains?

DROITE Jamais le parti de droite n'avait connu une telle débâcle électorale dans toute son histoire

David Blanchard

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laurent Wauquiez, président des Républicains, le 6 décembre 2018.
laurent Wauquiez, président des Républicains, le 6 décembre 2018. — AFP
  • Ce dimanche, la liste LR conduite par François-Xavier Bellamy est passée sous la barre des 10 %, avec selon les estimations entre 8 et 9 % des voix.
  • Jamais dans son histoire le parti n’était descendu aussi bas dans les résultats.
  • Son leader, Laurent Wauquiez, est désormais sur la sellette.

 

Laurent Wauquiez va-t-il pouvoir tenir à la tête des Républicains ?  Nicolas Sarkozy avait mis la pression avant les élections européennes, glissant qu’il avait démissionné de la présidence de l’UMP après que sa liste n’ait rassemblé que 12,82 % des voix en 1999. Ce dimanche, la liste LR conduite par François-Xavier Bellamy est passée sous la barre des 10 %, avec selon les estimations entre 8 et 9 % des voix. Loin, très loin des 20,81 % obtenus par Jean-François Copé en 2014.

« A 20 %, François-Xavier Bellamy est une star ; à 15 %, Laurent Wauquiez est le patron et à 10 %, Xavier Bertrand est un recours », résumait un député LR quelques heures avant le vote dans le JDD. Alors sous les 10 %, « bien sûr que c’est un mauvais score », reconnaissait Bruno Retailleau sur France 2, avant de refuser de pointer directement son chef de file : « Tout ce débat dépasse les uns et les autres. Si on ne fait rien, on disparaîtra. Il faut revoir beaucoup de choses. »

Appel au secours en direction du centre

Après avoir mis la défaite sur le dos d'«Emmanuel Macron, [qui] a réduit le débat européen à une croisade contre Marine Le Pen », Laurent Wauquiez a lui aussi lancé un appel au secours en direction des centristes : « La reconstruction sera longue et exigeante. La droite et le centre peuvent s’unir. Une majorité de Français partagent les valeurs que nous portons. Nous avons trois ans pour faire naître de l’espoir. »

Reste à savoir si le parti laissera le temps au président de Rhône-Alpes de faire ce virage à 180 degrés par rapport au discours porté jusque-là. Son choix controversé de porter en tête de liste le philosophe versaillais très conservateur François-Xavier Bellamy a visiblement déplu à une partie de l’électorat. Mais là n’est pas l’essentiel pour Frédéric Dabi, directeur général à l’Ifop, interrogé par 20 Minutes : « C’est une débâcle historique, jamais la droite n’a connu une élection avec un score aussi bas. Elle a été prise en étau. 27 % des gens ayant voté Fillon en 2017 ont choisi la liste LREM et entre 15 et 17 % sont partis au RN. La droite paie deux ans de coups de boutoir de Macron avec un Premier ministre issu de ses rangs, les réformes de la SNCF, du code du travail qu’elle a toujours rêvé de porter… »

« Ce sera plus facile aux municipales »

Dès lors, sa tête de liste n’aurait qu’une part réduite dans ce marasme électoral. « C’est un vote de marque, issu de la nouvelle bipolarisation, poursuit le sondeur. Bellamy a fait une bonne campagne, mais le mouvement [de ses électeurs vers LREM et le RN] s’est accéléré fortement dans les derniers jours de la campagne. » Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d’Harris Interactive, y voit aussi une conséquence de la campagne choisie par les LR : « Les trois listes qui ont parlé d’Europe sont arrivées en tête : RN, LREM et EELV. En parallèle, la droite traditionnelle n’en a pas vraiment parlé. Il y a eu un problème de positionnement politique, les gens n’ont pas assez perçu ce que proposait la droite. »

Rien n’oblige toutefois le président des Républicains à tourner la page. « Même avec un mauvais score, il ne sera pas inquiété, il a trop verrouillé le parti », prévenait dans les colonnes du Parisien un élu républicain, même si des proches de Valérie Pécresse appelaient déjà Wauquiez à se désister ce dimanche soir.

Les prochaines élections pourraient être la bouée de sauvetage du président des LR. « Pour les municipales, il y aura un enjeu de tête de liste. Avoir une étiquette LREM ne suffira pas, il faudra aussi de la notoriété », relève Jean-Daniel Lévy. « Les européennes sont traditionnellement une élection très défavorable à la droite, note Frédéric Dabi. Ce sera plus facile aux municipales. On ne peut pas tirer d’enseignement hâtif d’un scrutin atypique. » On jurerait que Laurent Wauquiez se raccroche à cette idée.