Elections européennes : «Je ne comprends rien», «je n'y crois plus», «j'ai pas le temps»... A la rencontre des abstentionnistes

EUROPE Plusieurs millions de Français vont bouder les urnes ce dimanche. On est allé en voir quelques-uns à Nantes

Frédéric Brenon

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L'événement Débord de Loire a attiré des milliers de visiteurs quai de la Fosse à Nantes, dimanche 26 mai 2019.
L'événement Débord de Loire a attiré des milliers de visiteurs quai de la Fosse à Nantes, dimanche 26 mai 2019. — F.Brenon/20Minutes
  • Les élections européennes se déroulent ce dimanche 26 mai.
  • L’abstention, bien qu’inférieure aux européennes 2014 à la mi-journée, devrait être élevée.
  • Les abstentionnistes, quand ils assument, avancent des arguments assez divers.

C’est comme un réflexe : à chaque dimanche ensoleillé, des milliers de Nantais migrent vers la côte atlantique. Ce qui a parfois des effets fâcheux sur la participation électorale. Ce 26 mai, jour d’élections européennes, la météo maussade n’invitait pas vraiment à faire bronzette. Mais un autre événement captait l’attention des locaux : la fête nautique Débord de Loire. C’est donc là-bas que 20 Minutes est allé à la rencontre des abstentionnistes. Et, même s’ils se montrent discrets sur le sujet, ils n’ont pas été difficiles à trouver.

Lise et Samira ont tout juste 19 ans. Elles n’ont encore jamais voté. Ce ne sera pas ce dimanche qu’elles testeront l’isoloir. « Oui, je sais, c’est pas terrible, grimace Lise. Mais, franchement, j’ai rien suivi. Je ne saurai même pas pour qui voter. La prochaine fois c’est quoi ? Les municipales ? Je pense que ça m’intéressera davantage. » Selon Samira, sa bande de copines choisira aussi l’abstention. « Les élections, l’Europe, on n’en parle jamais. Il y a quand même des sujets plus intéressants, non ? »

« Un truc un peu déconnecté »

Un peu plus loin, Denis et sa famille sont davantage motivés par les voiliers à quai que par les questions sur les européennes. Ce contrôleur automobile, qui assure voter presque à « chaque élection », avoue cette fois-ci n’en avoir « rien à faire ». « L’Europe, on n’y croit plus. Ça ne sert pas à grand-chose, à part rajouter des taxes et des règlements. Prendre une bonne décision à 25 pays [28 en fait], c’est impossible. Regardez ce qu’il s’est passé pour le glyphosate. Les Anglais n’ont sans doute pas tort de vouloir la quitter. » Les listes europhobes pourraient-elles l’intéresser ? « Non, même pas. Je préfère passer mon tour. »

Dans la file d’attente pour visiter l’Hermione, John « poireaute depuis 20 minutes ». Il n’ira pas voter, par « manque de temps ». Par manque d’envie, aussi. « J’ai reçu les bulletins par la Poste. Je ne connais aucun des candidats, je ne comprends rien aux programmes. A quoi ça rimerait ? Ils ne se mettent pas à la portée des gens. » Un peu plus loin, Enzo, étudiant en BTS, considère que « l’Europe c’est un truc un peu déconnecté, à part pour les riches et ceux qui ont du pouvoir ». « La plupart des députés européens ne vont même pas aux assemblées. Tout le monde le sait. Alors on n’a pas de leçon à recevoir sur la participation. » Il tient aussi à adresser un tacle aux médias. « Tous les journalistes sont pro-européens. Eux aussi sont déconnectés de la réalité. »

« Je ne sais même pas qui choisir »

La partie fruits et légumes du marché de Talensac, à Nantes, dimanche 26 mai 2019.
La partie fruits et légumes du marché de Talensac, à Nantes, dimanche 26 mai 2019. - F.Brenon/20Minutes

Un peu plus tôt, au marché de Talensac, lieu de tractage incontournable pour les partis politiques à Nantes, trouver des abstentionnistes avait été un peu moins facile. Mais les représentants assumés du « zéro bulletin » étaient bel et bien dans les allées. Isabelle, 50 ans depuis une semaine, a « toujours voté pour les Républicains ». Sauf ce dimanche, elle n’ira pas au bureau de vote. « Depuis la présidentielle, tout a changé. Il y a eu pas mal de déception. C’est difficile de se situer je trouve. »

Jérôme, son mari, confie ne pas trop s’être intéressé aux européennes. « On est un peu passé à côté. En plus, on a une réunion de famille aujourd’hui. Je pense qu’on n’ira pas. C’est dommage. Mais, promis, la prochaine fois on votera. » Devant un étal de pâtisseries, Marie-Claire reconnaît un penchant pour un « parti qui défendrait l’écologie, parce qu’il y en a besoin ». Mais elle juge le format des élections européennes « trop compliqué ». « Il y a trop de listes, on ne connaît pas les candidats. Je ne sais même pas qui choisir. Tant pis. On ne sera pas à une voix près. »