Elections européennes: «Pour la planète», «contre les nationalismes»... Pourquoi les électeurs d'Offenbourg sont-ils allés voter?

REPORTAGE Les électeurs allemands votent aussi pour leurs députés européens ce dimanche. Reportage à Offenburg, dans le sud de l'Allemagne

Nils Wilcke

— 

Il y a 42 bureaux de vote à Offenbourg, dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne.
Il y a 42 bureaux de vote à Offenbourg, dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne. — N.W./20Minutes
  • Ce dimanche, les Allemands votent pour leurs députés européens. Les électeurs doivent faire leur choix parmi 41 têtes de listes, contre 34 en France. 
  • L'inconnue du scrutin reste le taux de participation et le score de l'extrême-droite. 

De notre envoyé spécial à Offenbourg (Allemagne)

On vote en France mais aussi en Allemagne pour les élections européennes ce dimanche. A Offenbourg, à une trentaine de kilomètres en voiture de Strasbourg, 350 agents municipaux se préparent à dépouiller près de 86.000 bulletins de vote.

Il fait un temps splendide ce dimanche matin, devant la « freie kiTa Schneckenhaus », traduisez la maison de l’escargot. Pourtant, peu de votants se pressent dans cette école maternelle libre, l’un des 42 bureaux de vote de l’agglomération. Faut-il en déduire que nos voisins allemands boudent les européennes ? La réponse se trouve plutôt dans le vote par correspondance. Beaucoup d’électeurs ont plébiscité le vote par courrier pour éviter de faire le déplacement : un quart d’entre eux avait opté pour cette possibilité lors du dernier scrutin européen en 2014.

Le vote par courrier est plébiscité par plus d'un quart des Allemands.
Le vote par courrier est plébiscité par plus d'un quart des Allemands. - N.W./20Minutes

41 têtes de listes en lice

C’est le cas du grand-père de Martina. « Il est très malade mais il a pu tout de même voter de cette manière », explique cette employée de mairie. Hasard de calendrier, les élections locales ont lieu le même jour que les européennes.

L’électeur du Land, l’Etat régional, vote non seulement pour élire ses députés européens mais aussi pour ses conseillers municipaux, d’arrondissement ou encore l’équivalent de notre communauté de communes… pas moins de quatre scrutins différents au total. Vous êtes déboussolés face aux 34 listes françaises ? Les Allemands, eux, ont le choix entre 41 têtes de listes… sur un seul (long) bulletin.

Un havre de paix ?

Que pensent les électeurs allemands de l’Europe ? Otto, 16 ans, sort du bureau de vote. Il doit attendre deux ans avant de pouvoir élire ses députés européens. Mais à son âge, il a déjà le droit de participer aux élections locales. En France, ce ne serait pas possible. Il se dit tout de même « très pro-européen ». « C’est le cas de beaucoup de gens. On a la libre-circulation, la monnaie unique… », détaille Thomas, 36 ans, qui vient de déposer son bulletin dans l’urne accompagné de son bébé de 9 mois.

A 25 ans, Vera, qui se dit écolo « pour protéger la planète », affirme qu’elle « vote aussi pour ne pas laisser d’autres parler à notre place ». « L’Europe est notre futur », renchérit Hartmut, 75 ans. « C’est notre rempart contre les nationalismes », ajoute ce retraité qui s’est marié avec une Française rencontrée lors d’un échange franco-allemand il y a 40 ans.

L’Europe serait-elle un havre de paix du point de vue de nos voisins outre-Rhin ? Pas sûr. Il faut pousser les portes de l’agence pour l’emploi du coin qui sert de bureau de vote pour s’en rendre compte. Normann et Rouven, un couple gay venu voter ensemble, veulent « battre la droite » aux élections. Tout en déplorant que « l’Union européenne n’ait pas fait son travail lors de la crise des réfugiés ». Pour ces deux trentenaires, « tous les pays d’Europe n’ont pas fait leur part pour accueillir les migrants ».

Quel score pour l’extrême-droite ?

L’accueil des deux millions de réfugiés sur décision de la chancelière Angela Markel en 2015 a manifestement laissé des traces. C’est aussi l’avis de Cordelia et Erik. « Merkel a ouvert les portes de l’Allemagne sans débat et sans organisation », affirme le couple, tout en dégustant une bière fraîche sur la Marktplatz, la place du marché, non loin de l’hôtel de ville. Tous deux assurent ne pas être contre l’accueil de réfugiés mais « à condition que chaque Etat le fasse à parts égales ».

Les électeurs ont le choix entre 41 têtes de listes différentes.
Les électeurs ont le choix entre 41 têtes de listes différentes. - N.W./20Minutes

Cette thématique brûlante en Allemagne peut-elle profiter à l’extrême-droite dans cet Etat ? Le candidat régional de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) a réclamé un « Dexit », c’est-à-dire que l’Allemagne quitte l’Union européenne lors de son meeting en ville le 6 avril dernier. Un discours qui ne touche pas les électeurs rencontrés ce dimanche dans le centre-ville. « Le Bade-Wurtemberg est une région relativement épargnée par la crise », affirme Hartmut, pour expliquer la faible attraction des anti-européens aux élections.

« Il y a un tissu de PME (petites et moyennes entreprises) qui nous protègent, nous sommes moins dépendants des grands groupes comme en France », précise cet électeur. De fait, le taux de chômage s’élevait à 3,2 % en Bade-Wurtemberg contre 5,3 % au niveau national en 2017. Le Land affiche le deuxième taux de chômage le plus faible du pays, selon Eurostat. Reste à savoir si ces chiffres suffiront à éviter la montée de l’extrême-droite, qui avait réalisé le score de 7,9 % aux dernières élections européennes. L’autre inconnue de ce scrutin sera le taux de participation. Ce dernier se montait à 48,10 % au niveau national lors du dernier scrutin en 2014 contre 42 % pour les Français.