Elections européennes: Sans l'UE, on n'aurait peut-être pas eu un secteur aérospatial aussi développé

ECONOMIE A l’occasion des élections, « 20 Minutes » s’est intéressé aux projets qui n’auraient pas pu voir le jour sans les fonds européens. Zoom sur le secteur aérospatial toulousain, qui bénéficie de financements européens mais aussi de la zone de libre-échange

Beatrice Colin

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A quelques jours de l'élection européennes, le patron d'Airbus a publié un plaidoyer pro-européen.
A quelques jours de l'élection européennes, le patron d'Airbus a publié un plaidoyer pro-européen. — Pascal Pavani / AFP
  • Le secteur aérospatial emploie plus de 90.000 salariés en Occitanie et a une envergure européenne, notamment à travers Airbus, qui peut faire librement circuler ses pièces d’avions.
  • La recherche dans ce secteur bénéficie aussi de fonds européens, permettant de rendre performants certains avions ou satellites.
  • L’Union européenne va investir au cours des prochaines années plusieurs milliards sur des programmes satellites qui, par effet domino, bénéficieront à l’agglomération.

En Occitanie, 90.000 salariés participent chaque jour, directement ou indirectement, à la construction d’avions ou de satellites. L’industrie aérospatiale est un des moteurs de l’économie, en particulier à Toulouse. Et l'Union européenne n’y est pas étrangère.

Et ça, les dirigeants d'Airbus, l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois de la métropole, en ont conscience. Cette semaine, à quelques jours du scrutin européen, Guillaume Faury, le président exécutif de l’avionneur s’est d’ailleurs fendu d’une lettre, véritable plaidoyer pro-européen.

Intitulé «Sans l'Europe, auriez-vous parié sur Airbus ?», le courrier met en avant l’histoire de l’entreprise, née en 1969 de la volonté commune de l’Allemagne et de la France, qui 50 ans plus tard symbolise selon le dirigeant « une victoire de l’intégration européenne ».

Certes le GIE Airbus n’est pas né de la volonté de l’Union européenne, et son succès n’en dépend pas non plus, mais le groupe bénéficie par contre incontestablement du marché unique qui permet la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes.

Libre circulation pour Airbus

« Notre capacité à faire circuler librement nos pièces d’avion, ainsi que notre personnel et notre technologie, partout en Europe, est l’une des clés de notre succès (…) Face au protectionnisme et à la fragmentation politique, l’UE doit continuer à défendre le libre-échange en Europe et au-delà », plaide Guillaume Faury.

Son prédécesseur, Tom Enders, avait déjà pointé du doigt les conséquences négatives que pourrait avoir le Brexit sur l’entreprise qui emploie 130.000 personnes de par le monde. En cas de « No deal », la livraison aux usines d’assemblage des ailes produites à Broughton, au Pays de Galles, et à Filton, dans l’ouest de l’Angleterre, deviendrait un problème.

Airbus, et le secteur aéronautique plus largement, a été ces dernières années largement bénéficiaires des crédits débloqués par l’Union européenne. « Les programmes européens représentent une source de financements importante pour la recherche, le développement et l’innovation », indique le pôle de compétitivité Aerospace Valley, qui fédère de nombreuses entreprises.

Il y a quelques années, les aides européennes ont ainsi bénéficié à Aviacomp, une filiale de l’entreprise toulousaine Sogeclair. Pour créer une ligne de production, la société, qui produit toutes les trappes de visite sous les ailes de l’A350 en composite thermoplastique, a bénéficié d’un million d’euros d’avance remboursable au titre du Fonds européen de développement régional (Feder).

Au cœur de la politique spatiale

« En dehors de Paris, Toulouse est la ville en France la plus orientée sur l’Europe et l’international, notre économie est structurellement européenne », estime Jean-Claude Dardelet, conseiller municipal délégué aux affaires européennes. Un sujet qu’il maîtrise aussi pour avoir pendant des années représentées Thales Alenia Space auprès des gouvernements et chancelleries.

« Nous n’aurions pas développé certains programmes sans l’Union européenne. Pour toutes les constellations de satellites Sentinel, elle a mis 3,4 milliards d’euros sur la table et la perspective à venir c’est l’investissement de  16 milliards d'euros dans les programmes Galileo, Copernicus et SSA (surveillance de l’espace) au cours de la prochaine décennie. Et mécaniquement, Toulouse en bénéficie », poursuit Jean-Claude Dardelet.

Selon lui, la ville et la métropole ont bénéficié ces dernières années de 60 millions d’euros de fonds européens, qui ont accompagné l’aérospatial, mais aussi l’Oncopole et qui financeront par ailleurs le futur téléphérique.

20 secondes de contexte

Selon les chiffres du journal Le Monde, la France a versé un montant total de 16,25 milliards d’euros à l’UE en 2017 et en reçu 13,5 milliards en retour, dont 9,2 milliards au titre de la Politique agricole commune (PAC).