Européennes: Matteo Salvini veut lancer une alliance souverainiste

POLITIQUE Seuls Alternative pour l’Allemagne (AfD), les Vrais finlandais et le Parti populaire danois sont attendus ce lundi à la conférence de presse

20 Minutes avec AFP

— 

Matteo Salvini à Paris, place Beauvau, le 4 avril 2019.
Matteo Salvini à Paris, place Beauvau, le 4 avril 2019. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Matteo Salvini, l’homme fort du gouvernement italien et patron de l’extrême droite de la péninsule, va lancer ce lundi un appel à une alliance des nationalistes en vue des élections européennes de mai, une entreprise qui ne va pas de soi.

« Nous voulons changer radicalement cette Europe, avec le bon sens et le goût du concret que nous sommes en train de démontrer en Italie », a-t-il expliqué ce week-end, en lançant un appel à toutes les forces politiques « qui partagent notre vision et un objectif commun : une Europe qui donne la priorité aux peuples et non aux bureaucrates, aux banquiers, aux bien-pensants et aux bateaux » de migrants clandestins.

Jusqu’à une vingtaine de partis

Matteo Salvini doit présenter son projet à la presse à 10h30 (8h30 GMT) dans un hôtel de luxe de Milan et espère pouvoir rassembler jusqu’à une vingtaine de partis souverainistes. Mais même si un grand meeting est annoncé pour mai à Milan - en présence de Marine Le Pen -, seuls Alternative pour l’Allemagne (AfD), les Vrais finlandais et le Parti populaire danois sont attendus ce lundi.

Parmi les absences remarquées : le Rassemblement national (France) de Marine Le Pen, mais aussi Droit et Justice (PiS), le parti conservateur et eurosceptique au pouvoir en Pologne, et le Fidesz, le parti de Viktor Orban.

Le Premier ministre hongrois a souvent exprimé son admiration pour Matteo Salvini, mais les eurodéputés du Fidesz sont membres du Parti populaire européen (PPE, droite), même si les conservateurs européens ont suspendu il y a quelques semaines le parti hongrois de leur groupe.

Un grand meeting commun en mai

Dans l’assemblée sortante, les souverainistes sont en effet divisés en trois entités (PPE, ENL et CRE). La Ligue et le RN sont membres du groupe Europe des nations et des libertés (ENL), tandis que les invités finlandais et danois de Matteo Salvini appartiennent au groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE).

Le rêve de Matteo Salvini serait d’unir ces forces disparates en une « internationale des nationalistes ». Pour cela, il a rencontré vendredi Marine Le Pen, qui a longtemps été son modèle, et a annoncé un grand meeting commun en mai. Mais en réalité, les deux personnalités se disputent le leadership de l’extrême droite européenne.

La dirigeante du RN va ainsi tenter elle aussi de nouer de nouvelles alliances avec des partis nationalistes en se rendant tour à tour dans les prochaines semaines en République tchèque, en Belgique, où elle s’entretiendra avec les dirigeants du Vlaams Belang, puis en Slovaquie. Malgré d’évidentes similitudes - euroscepticisme, hostilité à l’islam politique, rejet du multiculturalisme de gauche -, les souverainistes européens restent très différents.

Des discordes de fond

Entre l’AfD allemand, adepte de l’économie de marché, et la vision protectionniste du RN français, l’écart est grand. De même, la Ligue ou le PiS polonais mettent en avant les racines chrétiennes de l’Europe, quand le RN, au nom de la laïcité, n’en fait pas une priorité.

En outre, le RN ou l’AfD s’opposent à la répartition des demandeurs d’asile à travers l’Europe que réclame la Ligue. Et les nationalistes polonais ou finlandais goûtent peu les éloges adressés par Marine Le Pen et Matteo Salvini au président russe Vladimir Poutine.

Sur le front intérieur, Matteo Salvini doit aussi prendre en compte les difficultés croissantes de son alliance gouvernementale avec les antisystème du Mouvement 5 étoiles (M5S), alors que la croissance économique reste exangue. Le M5S, qui avait dépassé les 32 % des voix l’an dernier, ne cesse de perdre du terrain, alors que la Ligue est passé de 17 % des voix lors des législatives de mars 2018 à plus de 30 % des intentions de vote dans les sondages.