Municipales 2020 à Béziers: Centre-ville, Robert Ménard, pauvreté... Les enjeux du scrutin

MUNICIPALES A un an des municipales, « 20 Minutes » liste les enjeux de l’élection. A Béziers, la personnalité de Robert Ménard ou la lutte contre la pauvreté seront au cœur du scrutin

Jerome Diesnis

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La cathédrale Saint-Nazaire de Béziers domine l'Orb
La cathédrale Saint-Nazaire de Béziers domine l'Orb — Ville de Béziers

Depuis l’élection de Robert Ménard en 2014, Béziers est scrutée par les médias de la France entière. Le maire (SE), adepte des déclarations et campagnes de communication fracassantes, entretient volontiers ces conversations. A un an des municipales, l’opposition politique est divisée dans une ville qui cumule les défis et les handicaps mais qui connaît une importante mutation.

Emploi et pauvreté

L’Express, fin 2018, place Béziers tout en haut d’un triste palmarès : celui de la ville la plus pauvre de France. Le classement a été effectué à partir de chiffres datant de 2014. Ceux de l’Insee [les chiffres parus en 2018 s’appuient sur des données de 2015] ne sont guère plus encourageants. Le taux de chômage y atteint 23,2 %, le taux de pauvreté atteint des sommets à 33,6 % de la population et la part des ménages propriétaires de leur résidence principale s’élève à seulement 43 %.

La pauvreté sera forcément au cœur des municipales de 2020. Pour Nicolas Cossange (PCF), « derrière les coups d’éclat, peu de choses concrètes ont été réalisées (…) il faut ajouter à cela une stigmatisation des immigrés et des pauvres. » Antoine About (LR), parle lui de «  climat clivant par rapport aux habitants de Béziers ». A l’été 2018, la ville, l’agglo de Béziers et les députés locaux avaient gagné leur bras de fer avec EDF Energies Nouvelles qui souhaitait transférer 200 emplois du bassin biterrois vers Montpellier. Avant de faire machine arrière devant la levée de boucliers.

Sécurité et La Devèze

L’arme considérée comme « le meilleur ami du policier municipal ». Le 1er février 2015, moins d’un an après son élection, Robert Ménard armait les policiers municipaux et le faisait savoir lors d’une campagne d’affichage polémique. La sécurité prend une bonne place dans les choix de l’équipe municipale : le nombre de caméras de vidéosurveillance va plus que doubler pour être portée à 200.

Robert Ménard annonce une chute de la délinquance de 14 % en 2018 et une hausse des interpellations par la police municipale multipliée par 19 depuis 2014 : elles sont passées de 93 à 1.770 en quatre ans. L’image des quartiers périphériques est toujours dégradée. Les travaux ont débuté à La Devèze, quartier populaire de Béziers qui cumule tous les handicaps. Cette réhabilitation, financée par l’agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) avec un ambitieux programme de 147 millions d’euros, va entraîner la destruction de 580 logements. Mais le 26 février, à la suite de l’incendie d’un engin de chantier, ces travaux sont suspendus.

Image de Robert Ménard et front républicain

Elu lors d’une triangulaire avec le soutien du Rassemblement national (ex-Front national), avec lequel il a depuis pris ses distances, Robert Ménard (SE) cristallise les tensions politiques. Habile communicant, le maire sans étiquette de Béziers a multiplié les campagnes chocs et les décisions clivantes (la crèche municipale, les nombreuses affiches dont le fameux « ils arrivent » pour évoquer les migrants, la garde biterroise, etc.). Face à lui, l’échiquier politique est éclaté et ne se rejoint que sur un point commun, le rejet du maire qui bénéficie à l’inverse d’une image très positive au sein de la population. « Si on regarde la situation - les difficultés de la gauche à se rassembler, la droite qui est aussi très divisée, il est en position de force actuellement », reconnaît Alain Couquet, qui avait mené la liste Front de gauche en 2014. La gauche a bien du mal à trouver une position commune. L’électorat de droite s’est massivement tourné vers Robert Ménard depuis 2014. Pour gagner, Pascal Resplandy a rendu sa carte Les Républicains et a créé le mouvement « Béziers en rouge et bleu ». Ouvert à la société civile, il espère ratisser large, « au-delà des partis ».

Transports

Desservi par deux autoroutes, l’A9 et l’A75, Béziers bénéficie d’excellentes infrastructures autoroutières. L’aéroport est en pleine croissance. Ryanair vient d’annoncer, en février, son intention d’y installer les lignes low cost qu’elle exploitait à Montpellier. Soit un marché estimé à 90.000 passagers. En revanche, Béziers est l’une des premières victimes du report aux calendes grecques de la LGV. Malgré un consensus quasi général de la classe politique locale à ce sujet.

Centre-ville

Ce fut l’un des principaux enjeux lors des municipales de 2014 et l’un des principaux chantiers de Robert Ménard depuis. Redynamiser une ville endormie sous le dernier mandat de Raymond Couderc, maire (LR) pendant dix-huit ans, de 1995 à 2014. « Le centre-ville est plus propre et plus sûr », reconnaît même Florence Brutus, membre du bureau national du Parti radical de gauche. Mais selon elle, « Robert Ménard profite des programmes de rénovation de l’agglo et de la municipalité précédente ». Cette attractivité nouvelle est confortée dans les palmarès. Fin 2018, Se Loger livrait son palmarès des villes les moins chères dont le prix immobilier a explosé en 2018 : Béziers s’y place en cinquième position avec 3,5 % de hausse sur un an (et 1.597 euros le mètre carré).

« Après des années grises, Béziers avait besoin d’un centre-ville attirant, rassurant, évoque l’édile. Béziers change, Béziers embellit, Béziers séduit. Comme un nouveau souffle. Comme une renaissance. » Le pourtour des halles et la place Jean-Jaurès ont été l’objet de très importants travaux de rénovation, tout comme les façades des immeubles du cœur de ville. Pour une ville plus propre, Robert Ménard a dégainé ses traditionnelles campagnes publicitaires avec des arguments chocs. Son intention d’analyser les déjections canines et de verbaliser les propriétaires de chien a, en revanche, été balayée par le tribunal administratif.