Grenoble: A deux ans des élections municipales, Eric Piolle peut-il regagner son siège?

POLITIQUE Les maires viennent de boucler la première partie de leur mandat. À deux ans des élections municipales, « 20 Minutes » se demande quelles sont les forces en présence à Grenoble…

Caroline Girardon

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Eric Piolle, le maire EELV de Grenoble pourra-t-il regagner son siège en 2020?
Eric Piolle, le maire EELV de Grenoble pourra-t-il regagner son siège en 2020? — P. Desmazes/ AFP
  • À deux ans des élections municipales, « 20 Minutes » se demande quelles sont les forces en présence à Grenoble.
  • Selon les observateurs, Eric Piolle (EELV) se verrait offrir un boulevard car il n’y a pas d’opposition forte ou structurée.
  • Le danger pourrait toutefois venir de la LREM ou de la France Insoumise si Jean-Luc Mélenchon décide d’investir un candidat contre le maire sortant.

Un mandat à mi-parcours. Et cette question : Eric Piolle, premier candidat EELV à avoir ravi l'une des vingt plus grandes villes de France, peut-il regagner son siège à Grenoble ? À en croire les principaux observateurs, l’élu se verrait offrir un boulevard à l’heure actuelle.

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« Il dispose d’un atout non négligeable, c’est d’être le maire sortant. Il a réussi à gagner une élection alors qu’il était un parfait inconnu. Désormais, il ne l’est plus. Il va pouvoir se représenter avec une notoriété totale », analyse le politologue Simon Labouret. Et de poursuivre : « La situation lui sera bien plus favorable qu’en 2014. Il est passé d’un statut de second couteau à celui de leader. Il bénéficie désormais d’un prestige, mais il devra néanmoins avoir cette capacité à dépasser son électorat ».

« Il a essuyé de vives critiques au début, mais il a entrepris les mesures annoncées dans son programme. Et l’opposition est bien moins vive aujourd’hui qu’elle l’a été en début de mandat », rappelle Simon Persico, professeur de sciences politiques à Sciences Po Grenoble et chercheur au laboratoire PACTE.

Le retour d’Alain Carignon, condamné à trois ans de prison pour corruption

La question est surtout de savoir qui pourrait lui tenir tête. A deux ans du scrutin, personne n’a réellement émergé. « Que ce soit à gauche ou à droite, il n’y a pas d’opposition forte ou organisée. Aucun leader n’est parvenu à rassembler derrière lui depuis les dernières élections », observe Simon Persico.

À droite, Alain Carignon, l’ancien maire de la ville (1983-1995), ne cache pas ses ambitions. Même s’il n’a pu rentrer au conseil municipal lors des dernières élections, l’ancien élu anime en coulisse une opposition très virulente sur les réseaux sociaux via la page Facebook Grenoble, le changement.

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« Il a certes son fan-club mais l’espace politique dont il dispose pour ressurgir paraît réduit, analyse Simon Labouret. Hormis quelques nostalgiques qui voteraient pour lui, il n’a plus les capacités de fédérer autour de sa candidature. Il n’incarne pas franchement le renouveau politique et son retour pourrait être perçu comme un énième retour ». «Son passé judiciaire ne plaide pas pour lui et Grenoble est une ville majoritairement de centre-gauche aujourd’hui », appuie Simon Persico. « Il est de fait peu probable qu’un candidat de la droite traditionnelle puisse l’emporter ».

Le PS éparpillé

Le conseiller municipal des Républicains Matthieu Chamussy lorgne lui aussi sur la mairie. Mais l’élu semble de plus en plus prendre exemple sur Emmanuel Macron, puisqu’il a appelé ses derniers mois à un large « rassemblement des modérés », sans toutefois dire s’il envisageait de rejoindre la République en Marche.

Quant à la gauche, elle, reste plus divisée que jamais. Jérôme Safar, ancien chef de file du Parti socialiste a pris ses distances avant d’annoncer en octobre qu’il mettrait un terme à sa carrière politique à la fin de son mandat. « Le PS est éparpillé, comme c’est le cas au niveau national. Plusieurs élus ont fait le choix de se rallier à Eric Piolle tandis que d’autres ont rejoint les rangs de la République en Marche », explique Simon Labouret. Olivier Noblecourt par exemple, a intégré le gouvernement où il a été nommé délégué interministériel en charge de la lutte contre la pauvreté.

Et si le danger venait de Jean-Luc Mélenchon ?

Selon les observateurs, la réélection d’Eric Piolle pourrait être conditionnée à deux facteurs : le score que pourrait enregistrer la République en Marche et le positionnement de Jean-Luc Mélenchon. « Aux dernières élections législatives, LREM a remporté deux circonscriptions à Grenoble. Elle pourrait de fait incarner le statut d’opposants privilégiés. Mais les élections législatives restent très différentes d’un scrutin municipal. On sera sur des enjeux bien plus locaux », relève Simon Labouret.

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« La sociologie des électeurs grenoblois correspond bien à celle de l’électorat LREM mais encore faut-il un candidat reconnu. Or pour l’instant, le parti n’a entamé aucune manœuvre pour les municipales de 2020 », précise Simon Persico, pour lequel le vrai danger pourrait venir de la France Insoumise.

« Pour l’instant, Eric Piolle (qui a soutenu Jean-Luc Mélenchon pendant la Présidentielle) a dans sa majorité des mélenchonistes mais la question est de savoir si, à l’approche des municipales, ils resteront derrière lui ou s’ils présenteront un candidat. Dans cette hypothèse, cela lui rendrait les choses beaucoup plus difficiles. Cela diminuerait ses chances d’arriver en tête du premier tour voire de se qualifier pour le second tour », explique le chercheur. Et d’ajouter : « La réalité politique à l’échelle nationale peut s’inviter dans le débat local et jouer en sa défaveur ».