Bordeaux: A deux ans des municipales, Alain Juppé va-t-il se représenter ?

ELECTIONS Les maires viennent de boucler la première partie de leur mandat. A deux ans des élections municipales, «20 Minutes» se demande quelles sont les forces en présence à Bordeaux...

Mickaël Bosredon

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Alain Juppé, ce lundi lors de son arrivée à l'Hôtel de Ville de Bordeaux.
Alain Juppé, ce lundi lors de son arrivée à l'Hôtel de Ville de Bordeaux. — M.Bosredon / 20 Minutes
  • Plusieurs adjoints de Juppé vont créer une association pour «soutenir et amplifier» l'action d'Alain Juppé.
  • Ils souhaitent que «tout soit prêt» si le maire de Bordeaux décide d'être candidat à sa succession.
  • Dans l'opposition, seul Vincent Feltesse, battu en 2014, s'est positionné pour le moment.

Ce devait être son dernier mandat. Et la question d’une candidature en 2020 ne devait même pas se poser. À la manière d’Antoine Rufenacht au Havre, qui avait passé la main en cours de mandat et propulsé Edouard Philippe dans le fauteuil de maire, Alain Juppé avait prévu de faire monter Virginie Calmels à Bordeaux de la même façon.

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Mais rien ne s’est passé comme prévu. Le maire de Bordeaux a été éjecté des primaires de la droite et du centre. Et le divorce avec Virginie Calmels, qui a rallié le camp Fillon avant de rejoindre Laurent Wauquiez au sommet du parti LR, a été consommé. La greffe Calmels n’avait de toute façon jamais pris à Bordeaux.

Un bilan de mi-mandat sera distribué dans les boîtes aux lettres

A deux ans des élections municipales de 2020, et à désormais 72 ans, voilà donc Alain Juppé obligé de se poser la question de repartir ou pas pour un sixième mandat. Nombre de ses adjoints souhaite qu’il y aille, et ils vont pour cela bientôt déposer les statuts d'une association, Esprit Bordeaux, dont le but sera de « soutenir, amplifier et poursuivre l’action d’Alain Juppé » explique l’un des fondateurs, l’adjoint à la culture Fabien Robert (Modem).

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« Cette association sera composée d’élus, comme Nicolas Florian, de membres de la société civile, et portée par Ludovic Martinez [le directeur de cabinet de Juppé] explique Fabien Robert à 20 Minutes. Par ailleurs, nous sommes en train de préparer un bilan de mi-mandat, qui sera distribué dans toutes les boîtes aux lettres d’ici la fin de l’année, ce que nous n’avions jamais fait au cours des mandatures précédentes. Nous faisons en sorte que tout soit prêt, s’il se décidait à y retourner. »

Son adjoint aux finances Nicolas Florian, également secrétaire départemental de LR en Gironde, et qui a rejoint le mouvement Libres ! de Valérie Pécresse, avait lui aussi fait savoir qu’il souhaitait qu’Alain Juppé soit « candidat à sa succession. »

La question du mandat de trop

Alain Juppé laisse faire, « mais il ne veut surtout pas qu’on le force », insiste-t-on dans son entourage. « Il n’a pas encore pris sa décision, et il n’a pas la certitude que ce serait une bonne décision. Il attend de voir comment le contexte politique va évoluer. »

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« Moi, je pense qu’il doit se représenter, soutient Fabien Robert, parce que c’est le plus rassembleur à Bordeaux. » Christophe Castaner a d’ailleurs lâché que le parti LREM soutiendrait le maire de Bordeaux s’il voulait rempiler. « Mais il se pose trois questions, poursuit son adjoint à la culture : le voudra-t-il ? Le pourra-t-il ?, et ce n’est pas infamant de poser la question. Et le devra-t-il ? La question du mandat de trop, ceux qui l’ont fait ne l’ont pas vu venir. Et lui se demande s’il n’y a pas un risque. »

« Personne ne s’est imposé pour me succéder »

Et s’il n’y allait pas… Qui d’autre, alors ? Le maire n’avait-il pas lâché à ses adjoints il y a quelques mois qu'aucun n'avait le profil pour lui succéder ? « Il n’a pas dit cela, coupe Fabien Robert : la scène s’est déroulée au cours d’une réunion où ça tapait fort sur Virginie Calmels, et il a dit : "je constate à ce jour que personne ne s’est naturellement imposé pour me succéder." Et il a raison. »

La succession pourrait-elle venir de l’extérieur ? Via un parachutage ? Plusieurs observateurs avaient noté qu’Alain Juppé avait présenté Edouard Philippe comme « la relève » lorsque le Premier ministre s’était rendu à Bordeaux. « Edouard Philippe c’est un très bon profil, et c’est quelqu’un qui pourrait lui succéder sur une élection sèche. Mais en étant raisonnable, il me semble parti pour rester à Matignon jusqu’au bout », analyse Fabien Robert. « Un parachutage, c’est compliqué », tranche un autre proche de Juppé.

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Pas de solution en interne, ni en externe… Alain Juppé n’aura-t-il donc pas d’autre choix que de se représenter, et de réouvrir le jeu en faisant venir des personnalités de l’extérieur sur sa liste, afin de trouver son successeur ? Le maire va encore se laisser le temps de la réflexion. Plusieurs élus juppéistes assurent qu’il ne se positionnera pas avant mi-2019, voire fin 2019.

« Bordeaux, c’est la terre du milieu ! »

Et l’opposition alors ? A gauche, Vincent Feltesse, largement battu aux municipales de 2014, a annoncé qu’il se représenterait. Mais le fera-t-il avec l’étiquette PS ? Rien n’est moins sûr. LREM devrait passer son tour à Bordeaux. Quant au Front de Gauche et au FN, ils pesaient respectivement 4,6 % et 6 % aux dernières municipales.

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« La tendance majoritaire à Bordeaux, c’est la tendance modérée, soutient Fabien Robert. Macron a fait des scores extraordinaires ici. Bordeaux, c’est la terre du milieu ! »