Congrès du MoDem: Mais au fait, à quoi servent François Bayrou et son parti au sein de la majorité?

POLITIQUE Le parti centriste, qui appartient à la majorité présidentielle mais peine à exister, tient son Congrès ce week-end à Paris...

Thibaut Le Gal

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François Bayrou, maire de Pau, président du Modem, le 9 septembre 2017 à Pau
François Bayrou, maire de Pau, président du Modem, le 9 septembre 2017 à Pau — Fernand Fourcade/SIPA
  • Ce week-end se tiendra à Paris le congrès du MoDem.
  • Avec 47 députés et deux personnalités au gouvernement, le parti centriste ne s’est jamais aussi bien porté sur le papier.
  • Pourtant, le mouvement centriste, toujours inquiété par une affaire de justice, peine à peser sur l'action de l'exécutif.

C’est une question que chacun de nous peut se poser, vers trois heures du matin, au coin du feu : celle de notre place dans l’univers. En politique, ce problème existentiel touche le MoDem depuis l'été. Avec 47 députés et deux personnalités au gouvernement, le parti centriste ne s’est jamais aussi bien porté.

Mais voilà, depuis le départ forcé de François Bayrou et l'affaire des soupçons d'emplois fictifs des assistants parlementaires européens, le mouvement démocrate peine à exister au sein de la majorité. Le parti tient ce week-end son congrès à Paris. Pour enfin émerger face à l’hégémonique République en marche ?

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« Des députés ni godillots ni frondeurs »

« Le congrès est un rendez-vous statutaire, prévu tous les trois ans. Ça tombe bien cette année, car il a lieu au lendemain des législatives et de la présidentielle, qui ont été des victoires pour nous », assure Yann Wehrling, le secrétaire général du mouvement. Le porte-parole réfute l’inutilité des parlementaires centristes. « On entend parler de nous bien plus qu’auparavant, lorsqu’on était encore dans un débat bipartite, entre le PS et LR. Nous sommes d’autant plus visibles que nous sommes partie prenante de la majorité ».

Le MoDem a certes obtenu un score inespéré aux législatives, mais avec 312 marcheurs à l’Assemblée, la République en marche n’a pas besoin de l’appui de son allié. LREM possède la majorité absolue et peut faire passer, seule, ses textes de loi. « Il n’y a jamais eu de parti présidentiel sans majorité. Cela n’empêche pas les partenariats », évacue Yann Wehrling. « Nous avons ainsi porté la loi de confiance à travers François Bayrou, la réforme du mode de scrutin ou la baisse du nombre de parlementaires, qui ont été repris par Emmanuel Macron. Nous défendons la même chose que les marcheurs, mais certaines idées ont été davantage portées par les centristes dans la majorité ».

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Après six mois d’action, difficile de percevoir la « patte centriste ». « Aujourd’hui, on déroule le programme présidentiel. Est-ce qu’il y avait beaucoup de choses à faire évoluer ? Non… », balaie Marc Fesneau, député du Loir-et-Cher et président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale. « Je ne sais pas si on nous entend moins qu’avant. On nous entend de manière différente, car nous sommes passés de la voix partisane à la voix parlementaire. Notre expression se traduit de manière concrète à travers des textes. Et nous avons su créer notre identité : des députés ni godillots, ni frondeurs ».

« François Bayrou n’est plus au gouvernement, mais il reste un pilier de la majorité »

« L’expression sociale » de la majorité, comme les centristes aiment se définir, n’a pourtant pas pesé lourd dans la balance lors des rares dissensions. Un exemple : l’amendement pour éviter la suppression de l’ISF a été ignoré par l'exécutif. « Le gouvernement n’a pas retenu notre option, mais nous sommes sur le même chemin », répond Marc Fesneau. « On n’a pas le sentiment d’être maltraités par la majorité. La question budgétaire est venue en premier mais il n’y a pas d’inquiétude concernant le volet social ».

Il y a quelques jours, François Bayrou rappelait pourtant Emmanuel Macron à ses promesses. La France « a besoin d’un projet social et il revient au président de la République d’exprimer ce projet social et je suis persuadé qu’il le fera », évoquant les « millions de personnes qui ne se sentent pas encore partie prenante de l’élan que nous évoquons ». Le patron du MoDem avait aussi exhorté en septembre le président de la République à bien marcher sur ses « deux jambes », l’économique et le social. Le maire de Pau pourra se faire de nouveau entendre samedi, puisqu’Édouard Philippe et Christophe Castaner sont attendus

« François Bayrou n’est plus au gouvernement, mais par sa liberté de parole, il reste un pilier de la majorité. Dans tout ce qu’il fait, ce qu’il dit, même en privé, il est présent dans l’action gouvernementale », indique Yann Wehrling. Le porte-parole du Modem poursuit: « On est une vieille famille politique, que François a réaffirmé comme étant vraiment au centre. On est plus que jamais au coeur du débat politique, et nous comptons y rester». Cela dépendra aussi de l'issue de l'enquête préliminaire ouverte le 9 juin par le parquet de Paris.