Sénatoriales: A quoi ressemble la campagne des candidats à la chambre haute?

CAMPAGNE Des sénateurs témoignent de leur campagne feutrée pour accéder au palais du Luxembourg...

Anne-Laëtitia Béraud
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Des personnes sur un escalier du Sénat dans le palais du Luxembourg le 16 novembre 2016
Des personnes sur un escalier du Sénat dans le palais du Luxembourg le 16 novembre 2016 — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Pas de clip à la télé ou de meeting géant en vue pour les sénatoriales qui vont renouveler la moitié de la chambre haute (170 sénateurs sur 348). La campagne pour le scrutin du 24 septembre est très discrète, les sénateurs étant élus au suffrage universel indirect par un collège réduit de 76.359 grands électeurs. Focus sur une campagne en coulisses racontée par ceux qui l’ont vécu…

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La potion d’une campagne réussie requiert plusieurs ingrédients. Mieux vaut avoir été maire de commune, président d’agglomération, président de département ou de région, ou encore président d’une association ciblant les territoires ruraux pour connaître les territoires et se faire connaître des élus. En effet, 95% des grands électeurs sont des délégués de conseils municipaux. Comme le rappelle François-Noël Buffet, sénateur Les Républicains du Rhône depuis 2004, « le contact est essentiel avec les élus. Il faut aller les voir, les écouter, apprendre à les connaître pour qu’ils vous connaissent et voient votre travail. Cela se construit progressivement ».

« Des collègues plutôt que des électeurs »

Ce rythme de sénateur s'accélère cependant quelques mois avant le jour de l'élection. Pour se rappeler au bon souvenir de ses grands électeurs, mieux vaut pour le candidat des territoires ruraux s’armer d’un agenda, d’une carte routière et d'un plein d’essence pour sillonner la campagne. « Il y a 751 grands électeurs dans la Nièvre. Et 250 communes ont un seul délégué. A ce jour, j’ai rencontré environ 400 délégués lors de réunions ou en rendez-vous », liste Patrice Joly, candidat soutenu par le PS dans la Nièvre. D’ici la fin de sa campagne, le Nivernais souhaite rencontrer au moins une fois tous les grands électeurs de sa circonscription. Et si le rythme des journées est allegro, pas question de sauter le café avec les élus. « Ce n’est pas qu’une simple boisson, le café donne quelque chose de plus. C'est un moment d’humanité et d’échange avec les élus», glisse Patrice Joly. 

Le bar café du Sénat dans le palais du Luxembourg le 15 novembre 2016
Le bar café du Sénat dans le palais du Luxembourg le 15 novembre 2016 - LIONEL BONAVENTURE / AFP

Autour d’un café, pas besoin de conter fleurette aux élus de terrain. « On va à la rencontre de collègues plutôt que d’électeurs. On ne leur raconte pas d’histoires, on connaît leurs préoccupations. Leur souci n°1 est la question budgétaire et financière », souligne François-Noël Buffet. La baisse des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales, passées de 40 à 30 milliards d’euros entre 2008 et 2017, alimente les protestations depuis des années. Mais, rappelle le sénateur du Rhône, « il faut aussi connaître les problématiques foncières de la commune, les équipements et les infrastructures, parfois il y a des soucis avec la préfecture… ». Mais, rappelle-t-il, le résultat reste toujours incertain dans les circonscriptions rurales aux nombreuses communes et où les grands électeurs sont peu politisés.

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Sénateur de Paris depuis 2004, l'écologiste Jean Desessard, lui, n'a pas eu à avaler des kilomètres pour mener sa campagne. En effet, jusqu'à l'apparition du mouvement La République en marche qui bouleverse les partis traditionnels, l'issue des sénatoriales pouvait paraître simple dans les métropoles. Chaque force politique peut compter sur le vote des grands électeurs de son parti... sauf en cas de dissidence. Mais dans le meilleur des cas, telle ou telle force politique pouvait prévoir le nombre d'élus qu'elle enverrait au Palais du Luxembourg. « On savait exactement le nombre de nos grands électeurs en 2004», confie Jean Desessard. «Avec 24 conseillers de Paris, on avait donc deux postes pour le Sénat», rappelle le sénateur écologiste.

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« La bagarre » s’est donc jouée avant le scrutin de septembre pour pour Jean Desessard. « Il y avait de la concurrence au sein du parti pour obtenir la désignation d’EELV qui tombait en mai-juin », se souvient-il. Etre un militant de longue date, adhérer au courant alors majoritaire du parti et posséder « un profil sénatorial avec une bonne écoute » lui ont permis de décrocher l’investiture en 2004. Son bilan a fait le reste pour l’investiture en 2011. La dernière, puisque Jean Desessard ne se représente pas cette année. « En treize ans de travail, j’ai fait le tour du poste. On travaille beaucoup, mais j’aurai aimé plus de réalisations concrètes », glisse-t-il.

Sénateur des villes ou des champs, les grands électeurs sensibles à un parti restent l'une des grandes clefs du scrutin. Ce qui manque précisement à Aurélien Guillot, candidat communiste dans la Mayenne. Le département ne brille en effet pas par sa couleur rouge, mais bleue. « On fait une campagne légère », euphémise le conseiller municipal d’opposition de Laval et secrétaire de la fédération PCF en Ille-et-Vilaine. « Ce n’est pas un café pris avec un élu cinq jours avant la campagne qui va changer les choses. Je fais campagne toute l’année et cela fait dix ans que je fais de la politique. Les gens connaissent nos combats pour défendre la commune ».

S’il n’a pas beaucoup d’espoir sur ses propres chances de succès, Aurélien Guillot estime que les communistes continueront à se faire entendre au Sénat. Lui se concentre sur d’autres combats. « La période politique est assez lourde. On organise la riposte sur les ordonnances avec la manif du 12 septembre [contre la réforme du Travail], et il y a aussi la prochaine Fête de l’Huma ».