VIDEO. Les trois fois où le ministre de la Justice, François Bayrou, n'a pas fait preuve d'«exemplarité»

GOUVERNEMENT Depuis sa nomination place Vendôme, François Bayrou jongle entre sa casquette de ministre et celle de simple citoyen pour s’exprimer sur des enquêtes en cours…

L.C.

— 

François Bayrou, le 22 février 2017.
François Bayrou, le 22 février 2017. — Christophe Ena/AP/SIPA

Depuis qu’il a été nommé garde des Sceaux, François Bayrou a pris à trois reprises des initiatives malvenues, sortant de son devoir de réserve. A tel point que le chef du gouvernement Edouard Philippe, interrogé ce mardi sur FranceInfo, l’a recadré, l’appelant à davantage d'« exemplarité ». Retour sur trois moments où le nouveau ministre de la Justice a pris des décisions très controversées.

29 mai : Bayrou retweete le communiqué de défense de Marielle de Sarnez

En partageant sur le réseau social Twitter un communiqué de Marielle de Sarnez, membre du MoDem et ministre chargée des Affaires européennes, François Bayrou a provoqué la colère de certains magistrats, qui n’ont pas goûté cette prise de position du garde des Sceaux en faveur de la centriste visée par une enquête pour soupçons d’emplois fictifs.

Pour répondre aux critiques, François Bayrou a expliqué qu’il s’agissait de son compte personnel, pas celui du ministre. Mais cela ne lui a pas épargné les critiques, même au sein de La République en marche, à l’image de ce tweet de la candidate aux législatives Olivia Grégoire :

>> A lire aussi : Assistants parlementaires du MoDem. Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire

7 juin : Bayrou téléphone à Radio France au sujet d’une enquête sur le MoDem

C’est Mediapart qui relate ce coup de fil surprenant. Le ministre de la Justice a téléphoné en personne au directeur de la cellule investigation de Radio France, pour se plaindre avec des propos « assez menaçants », selon le destinataire de l’appel, d’une enquête, à l’époque non diffusée, sur l’affaire des assistants parlementaires du MoDem.

Le patron du MoDem s’est défendu de toute « menace » ou « intimidation » auprès de Mediapart. Arguant que les salariés de sa formation politique avaient mal vécu cette enquête, il a déclaré : « J’ai seulement dit que je trouvais cela choquant ». Se défendant de toute ingérence, il a de nouveau invoqué sa double casquette : « Ce n’est pas le ministre de la Justice ni le président du MoDem qui a appelé, c’est le citoyen, simplement pour protéger ces jeunes femmes. Je défends des gens que je connais bien. » Un argument balayé ce mardi par le Premier ministre Edouard Philippe.

13 juin : Bayrou balance sur l’origine de l’enquête visant le MoDem 

Invité de CNews ce mardi matin, le ministre de la Justice est revenu sur l’enquête préliminaire visant le MoDem dans l’affaire des assistants parlementaires européens. « C’est une enquête qui a été lancée pour vérifier si une dénonciation anonyme était fondée », a-t-il déclaré. Il a ensuite évoqué « Matthieu L », l’ancien assistant du MoDem qui a témoigné auprès de la justice.

« C’est une opération politique ? » lui a alors demandé le journaliste Jean-Pierre Elkabbach. « Vous l’avez dit ! C’est exactement l’impression qui est la mienne, mais je n’ai pas le droit de m’exprimer », a déclaré le ministre de la Justice avant d’ajouter que le dénonciateur est « l’un des collaborateurs directs de la maire de Paris », et il voit « un lien entre ceci et cela ». Le ministre a ainsi laissé peu de doutes sur son interprétation de ce témoignage, venu selon lui des rangs de la maire de Paris, Anne Hidalgo. A nouveau, son ingérence dans cette enquête a été critiquée.

Malgré la mise en garde du Premier ministre, François Bayrou persiste et signe, ce mardi après-midi. Il a déclaré à la presse : « Chaque fois qu’il y a quelque chose qui me paraîtra non convenable, je le dirai. » Il en a même remis une couche plus tard dans l’après-midi, invoquant auprès de L'Obs un « droit de réplique privée (…) en tant que citoyen. »