Législatives au Royaume-Uni: Trois enjeux pour un scrutin indécis

POLITIQUE Demain, les Britanniques éliront 650 députés pour autant de circonscriptions à travers le Royaume-Uni …

Martin Guimier

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La Chambre des communes à l'aube le 8 mai 2015 à Londres
La Chambre des communes à l'aube le 8 mai 2015 à Londres — LEON NEAL AFP

Theresa May entendait asseoir tranquillement sa légitimité en annonçant des « élections générales » anticipées le 18 avril dernier. En vue des négociations concernant le Brexit, la Première ministre britannique espérait renforcer la majorité dont dispose le parti conservateur (330 sièges sur 650), depuis les dernières élections de 2015. L’écart de plus de 20 points qui séparait les deux formations lorsque Theresa May a convoqué ces élections en avril s’est réduit au point de voir les travaillistes de Jeremy Corbyn talonner les conservateurs à la veille du scrutin. 20 Minutes fait le point sur trois enjeux majeurs de cette élection.

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  • La question sécuritaire

Les questions de sécurité se sont imposées au cœur des débats à la suite des trois attentats revendiqués par le groupe État islamique qui ont frappé le Royaume-Uni en moins de trois mois,le 22 mars et le 3 juin à Londres, le 22 mai à Manchester. Si «la sécurité et l’immigration sont des thèmes majeurs depuis deux décennies», d’après Sarah Pickard, auteure de Civilisation britannique, «le thème des attentats a pris de l’importance depuis quelques jours, du fait des circonstances». Et même sur ce terrain-là, domaine de prédilection de Theresa May, les débats font rage. Sa politique passée de réduction des effectifs de police (moins 20.000 hommes) lorsqu’elle fut ministre de l’Intérieur est désormais très critiquée. De son côté, elle durcit son discours et a prévenu mardi qu’elle pourrait restreindre certains droits fondamentaux pour réduire la liberté de mouvements des personnes suspectées d’activité terroriste, et faciliter leur extradition.

​Pour sa part, Jeremy Corbyn promet de recruter 10.000 agents supplémentaires.

  • La question du Brexit

Le Brexit, qui dominait initialement la campagne, a été relégué au second plan. Si d’après Agnès Alexandre-Collier, professeure et coauteure du livre Les partis politiques en Grande-Bretagne, les Britanniques restent «plutôt satisfaits du résultat», ils ne sont toujours pas d’accord sur les modalités de sortie. Theresa May prévient qu’en cas d’accord désavantageux pour la Grande-Bretagne, elle sortirait sans négocier avec l’ Union européenne. Ce qui laisserait en suspens la question des ressortissants européens présents sur le territoire britannique, et compromettrait sérieusement les accords de libre-échange avec l’UE. Cette position ambiguë est également critiquée par certains Britanniques d’après Sarah Pickard : «on lui reproche d’être floue vis-à-vis du Brexit». Jeremy Corbyn promet lui de trouver un accord.

  • La question sociale

Le choix est extrêmement clair pour les Britanniques, explique Agnès Alexandre-Collier : «nous avons une situation nouvelle au Royaume-Uni, avec un paysage politique réellement polarisé». Face à la droite sécuritaire et conservatrice de Theresa May, Jeremy Corbyn a su incarner une gauche très sociale. Et certaines de ses propositions, comme la gratuité de l’enseignement supérieur, ou la renationalisation des voies ferrées ont fait mouche sur un électorat «qui vient de vivre sept ans d’austérité», rappelle l’auteure.