Affaire Ferrand: «On se rend compte que rien n’a changé... C’est devenu intolérable»

INTERVIEW Le vice-président de l’association anticorruption Anticor explique pourquoi l’affaire Ferrand, qui n’est pas condamnable sur le plan juridique, interroge la moralité des politiques…

Propos recueillis par Coralie Lemke

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Richard Ferrand, le ministre de la Cohésion territoriale lors de son arrivée au Conseil des ministres à l'Elysée à Paris, le 24 mai 2017.
Richard Ferrand, le ministre de la Cohésion territoriale lors de son arrivée au Conseil des ministres à l'Elysée à Paris, le 24 mai 2017. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Il ne faut pas « tout mélanger » selon René Dosière. Le député PS, spécialiste des dépenses publiques, réagissait ce mercredi sur Europe 1 aux appels à la démission du ministre de la Cohésion des territoires Richard Ferrand, estimant que « la transparence sur la vie privée, c’est un régime dictatorial. »

Si le parquet de Brest a déclaré ne pas ouvrir d’enquête, les révélations concernant des transactions immobilières douteuses des Mutuelles de Bretagne, dont il était alors le directeur et impliquant sa compagne, choquent. « Mais on n’en a rien à faire de la morale », s’est exclamé ce mercredi le député René Dosière. Rien à faire, vraiment ? Eric Alt, vice-président d’Anticor, revient pour 20 Minutes sur l’exigence de transparence et de probité des citoyens vis-à-vis des politiques.

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La loi n’interdit pas le montage financier mis en place par le ministre de la Cohésion des territoires. Pourquoi l’affaire Ferrand dérange-t-elle tant ?

Le nouveau pouvoir en place a fait de la moralisation de la vie politique un enjeu prioritaire. Ils ont fixé la barre très haut. Aujourd’hui, on s’attend à une quasi-perfection de la part des politiques. Ou en tout cas à une rupture avec l’ordre précédent. Mais, en fait, on se rend compte que rien n’a changé. C’est ce qui est devenu intolérable.

Comment se fait-il que ce ras-le-bol ne s’enracine que maintenant ?

Il faut savoir qu’on part de très bas. Les années 1990 ont été marquées par les affaires. En réaction, il y a eu la loi du 29 janvier 1993 sur la prévention de la corruption. Puis la loi Sapin sur la transparence. Si ce sentiment est si fort aujourd’hui, c’est à cause des cinq dernières années dont nous venons de sortir. Elles laissent l’impression que le gouvernement n’a pas été à la hauteur, que les mesures annoncées n’ont pas été prises. Cela participe de cette remise en question globale de la classe politique.

Peut-on vraiment espérer des politiques qu’ils soient irréprochables ?

On peut, en tout cas, partir du principe qu’ils n’ont pas essayé d’abuser, on peut espérer une exemplarité dans leur exercice et dans leur respect de la loi. Tout en gardant à l’esprit qu’on risque d’être déçu. Les contre-pouvoirs institutionnels ou de la société civile doivent éveiller à la vigilance sur le sujet. Petit à petit, les choses pourraient s’améliorer.