EXCLUSIF. Législatives: «Désinvestie» par le PS, une députée sortante assigne le parti en justice

JUSTICE Anne-Yvonne Le Dain, députée PS de la 2e circonscription de l'Hérault, avait sollicité l'investiture de la République en marche...

N. Bonzom, L. Cometti, T. Le Gal et C. Politi

— 

Anne-Yvonne Le Dain, candidate PS aux législatives, le 13 juin 2012.
Anne-Yvonne Le Dain, candidate PS aux législatives, le 13 juin 2012. — ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA

« Je trouve ça inouï ». Anne-Yvonne Le Dain ne s’en remet pas. Après avoir fait les yeux doux à Emmanuel Macron, la députée PS de la 2e circonscription de l’Hérault (Montpellier) a perdu l’investiture du Parti socialiste pour les législatives. Anne-Yvonne Le Dain a donc décidé d’assigner en justice le parti. Selon les informations de 20 Minutes, une audience aura lieu ce mardi à la première chambre du tribunal de grande instance de Paris.

>> A lire aussi : Le PS en danger pour les législatives dans l’Hérault

Une investiture obtenue en décembre, annulée en mai

Il y a six mois, la députée sortante avait pourtant été choisie par les militants socialistes de sa circonscription pour être investie par le PS. Son nom figure sur la liste officielle des candidats aux législatives investis par Solférino, publiée le 29 décembre. Son suppléant n'étant pas encore désigné, son investiture n'était toutefois pas définitive.

Entre le mois de décembre et de mai, la députée sortante multiplie les appels du pied au mouvement d’Emmanuel Macron. Dès la fin du mois de mars, elle annonce qu’elle votera pour lui dès le premier tour de la présidentielle. Elle misait alors sur un ticket avec le maire de Montpellier Philippe Saurel, ancien membre du PS (exclu en 2014) et soutien d’ En marche !, pour les législatives, jusqu'à ce qu'il annonce  le 11 mai qu'il ne se présentera pas.

Anne-Yvonne Le Dain n’est pas au bout de ses peines puisque dans la foulée, le 15 mai, jour de l’ouverture du dépôt des candidatures aux législatives, le bureau national décide d'organiser un nouveau vote des militants pour l’investiture, suivant l’avis de la fédération PS de l’Hérault. « Je n’ai jamais renoncé à l’étiquette PS. Je voulais l’alliance PS-En Marche, je n’ai aucun problème avec les deux logos », explique-t-elle à 20 Minutes. Mais le parti ne l’entend pas de cette oreille. Le 17 mai, un scrutin local est organisé pour désigner une nouvelle candidate.

« On m’a coupé la tête »

Investie par aucun des deux partis, Anne-Yvonne Le Dain a décidé de se présenter sans étiquette et d’assigner le PS en justice pour faire annuler la décision qui a abouti à sa désinvestiture. « Je ne vois pas pourquoi d’un seul coup on m’a coupé la tête », reproche-t-elle à Solférino. « Anne-Yvonne Le Dain conteste la décision du bureau national d'organiser un nouveau scrutin, le 17 mai, pour l'investiture PS dans cette circonscription. Elle considère qu'il s'agit d'une sanction à son égard. Or la non investiture n'est pas définie comme une sanction dans les statuts du PS, il s'agit d'une décision politique », précise l’avocate du parti, Cosima Ouhioun, à 20 Minutes.

Citée dans le cadre de cette assignation en justice, Fatima Bellaredj, qui a emporté l’investiture socialiste au détriment d’Anne-Yvonne Le Dain, juge la situation « pathétique ». « J’ai trouvé hallucinant de recevoir un pli d’huissier contenant une convocation en tant que personne physique. Ce n’est pas comme ça que je conçois une campagne ».

« Le PS va perdre cette circonscription »

Du côté de Solférino, la lassitude pointe également. « On est un peu fatigué de ces quelques cas particuliers qui donnent l’impression que le PS ne sait plus où il habite, ça brouille le message du parti », souffle la porte-parole Corinne Narissiguin. Le parti estime selon elle « avoir fait les choses dans les règles, dans le respect de ses statuts ». Quant à la candidature dissidente d’Anne-Yvonne Le Dain, elle est jugée « regrettable ». « Cela va diviser encore un peu plus les voix, alors qu’on est déjà dans une grande difficulté au PS ».

La non-investiture d’Anne-Yvonne Le Dain ne fait néanmoins pas l’unanimité chez les socialistes montpelliérains. On cite notamment le cas du député PS sortant Patrick Vignal, investi par la République en marche (LREM) dans la 9e circonscription de l’Hérault, où le PS ne présente pas de candidat*. Y aurait-il deux poids, deux mesures selon Solférino ? « Non, il y a des configurations locales à prendre en compte. Ce n’est pas toujours évident de trouver de nouveaux candidats, surtout après des défections tardives vers LREM. Il ne s’agit pas forcément d’une volonté de bienveillance vis-à-vis de députés sortants », justifie Corinne Narissiguin.

Dans la 2e circonscription de l’Hérault, 24 candidats s’affronteront au premier tour le 11 juin prochain. Amer, un militant socialiste prédit déjà que « le PS va perdre cette circonscription. Ni Fatima Bellaredj, ni Anne-Yvonne Le Dain ne sont en mesure de l’emporter ».

 

*Mise à jour le 30 mai 2017: Le PS a contacté 20 Minutes ce mardi pour préciser que s'il n'a pas investi de candidat dans la 9e circonscription de l'Hérault, où l'ancien socialiste Patrik Vignal (exclu du parti) se présente sous l'étiquette LREM, c'est parce que le parti soutient le candidat Europe-Ecologie-Les-Verts Bertrand Coisne, « en échange du retrait de la candidate EELV dans la 7e circonscription de l'Hérault, face à Sébastien Denaja».