VIDEO. Présidentielle: «Macron partage beaucoup des défauts de l’orateur Hollande»

INTERVIEW Le communicant Philippe Moreau Chevrolet revient sur les deux discours de victoire prononcés dimanche soir par le président élu…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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Emmanuel Macron et François Hollande le 8 mai 2017 à Paris.
Emmanuel Macron et François Hollande le 8 mai 2017 à Paris. — Stephane de Sakutin/AP/SIPA
  • Le niveau d'écriture et l'interprétation d'Emmanuel Macron lors de ses discours dimanche contraste avec le talent d'orateur attendu pour un président.
  • Le communicant Philippe Moreau Chevrolet voit beaucoup de ressemblances avec François Hollande.

Amateurs de tribun, passez votre chemin. Le président de la République élu dimanche soir, Emmanuel Macron, ne brille pas par ses qualités d’orateur public, et ses deux discours post-victoire l’ont rappelé. Le communicant Philippe Moreau Chevrolet explique à 20 Minutes les limites du nouveau chef de l’Etat dans cet exercice, tout en dressant un parallèle avec un de ses prédécesseurs.

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Que pensez-vous des discours d’Emmanuel Macron dimanche soir après l’annonce du résultat ?

Il est très bon en interview télévisée, face à des journalistes. Mais à la tribune, il n’a pas le même niveau, il a un souci d’incarnation et de point d’entrée de ses discours. On ne pouvait pas le voir pendant la campagne, car ses meetings sont scriptés, il y a ce qu’on appelle une « claque », des gens qui applaudissent à certains moments du discours parce qu’ils ont été entraînés pour cela. Sans ces artifices, on voit qu’il y a un problème. Dimanche soir, l’interprétation n’était pas très bonne. L’exercice était un peu trop théâtral, surjoué, il ne donnait pas l’impression que ça venait des tripes.

Est-ce que ça tient à sa jeunesse ? À un manque de conviction ou de travail sur le discours en lui-même ? Notons que les textes ne sont pas extrêmement bien écrits. Son souci principal est peut-être là : les discours ne sont pas encore du niveau d’un président de la République en exercice. Il n’y a pas eu d’allocution marquante de sa part pendant la campagne.

Comment expliquer ce décalage entre ses prestations en interview et son manque d’incarnation à la tribune ?

Nous sommes habitués à des hommes politiques comme Barack Obama, pas forcément géniaux en interview, mais qui savent parler à une foule. Chez Emmanuel Macron, c’est l’inverse. En face-à-face, il est très bon. Par contre, il n’a pas la capacité à soulever les foules par ses discours. On en revient à la qualité d’écriture. Nicolas Sarkozy par exemple avait été très aidé par sa plume de l’époque, Henri Guaino. Emmanuel Macron doit aussi travailler le prononcé des discours et l’apparition en public. Peut-être est-ce encore tôt pour lui, il est arrivé très vite au sommet. Il n’a jamais été élu, il n’a jamais eu à prononcer un discours devant trente personnes dans une salle municipale. Sa campagne lui a été livrée clé en main, avec des amphithéâtres et des Zénith pleins. Dans le métier d’un homme politique, savoir parler en public prend des années. Il n’a pas eu le temps d’accumuler de l’expérience et clairement, ça va être un handicap.

Comme pour François Hollande pendant cinq ans ?

Dans la tradition française, nous attendons des grands orateurs comme hommes politiques. Le fait de ne pas être à la hauteur en termes de charisme a beaucoup joué contre François Hollande. Chez Emmanuel Macron, sa jeunesse risque de se retourner contre lui sur ce plan-là, comme l’a tweeté Bernard Pivot.

 

Sa faiblesse en tant qu’orateur va refléter en permanence son manque d’expérience et rappeler qu’il n’est pas un homme politique comme les autres. Au début, ça peut effectivement être un atout pour ses supporters, qui se disent « il n’est pas très bon mais il progresse, il est né avec nous, il va grandir avec nous ». mais avec le reste de l’électorat, par exemple chez les seniors qui ont voté massivement pour lui au second tour, ce sera plus compliqué, car il n’y aura pas eu la rencontre qu’il y a pu avoir avec un leader charismatique comme Nicolas Sarkozy.

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Il y a toujours un souci avec la voix, non ?

Elle n’est clairement pas maîtrisée. Il y a un manque de travail perceptible, sa voix part fréquemment dans les aigus et se brise. Il a pour le moment une faible amplitude vocale. François Hollande avait le même problème. C’est d’ailleurs drôle de constater que Macron partage beaucoup des défauts de l’orateur Hollande, comme s’ils avaient été à la même école. Ils ne sont pas très bons en public, parce qu’il n’y a pas cette tessiture, cette force, ce travail que l’on trouve chez Sarkozy, ou Chirac et Mitterrand. Ils n’habitent pas leurs discours de manière profonde et donnent l’impression d’être toujours un peu en décalage. Macron a aussi tendance à bafouiller, il n’est pas encore très rôdé. Maintenant, va-t-il travailler cela pendant son quinquennat ? Mitterrand avait beaucoup progressé, ce n’est donc pas impossible. Mais il n’a pas ce don, cette capacité à faire un grand discours mobilisateur.

Qu’a-t-il de plus que François Hollande ?

Il a un meilleur sens de la dramatisation et du symbole. C’était un peu scolaire et facile, mais son arrivée, seul, qui rappelle les années Mitterrand, a fonctionné. C’est la mise en scène qu’aurait dû faire Hollande en 2012 s’il avait voulu se placer dans les pas de ce président. Emmanuel Macron a certes des handicaps, mais aussi une meilleure conscience des enjeux de communication.