Présidentielle: Après la victoire de Macron, la grande incertitude des législatives

ELECTION À QUATRE TOURS Le vainqueur de l’élection présidentielle pourrait ne pas pouvoir constituer une majorité en juin…

Olivier Philippe-Viela
— 
Les affiches et bulletins de vote des candidats à l'élection présidentielle 2017.
Les affiches et bulletins de vote des candidats à l'élection présidentielle 2017. — ALLILI/SIPA

Son équipe en est certaine, elle l’a répété à longueur de off et d’interviews pendant la campagne et ne devrait pas varier dans son discours après l’élection d’Emmanuel Macron dimanche soir. François Bayrou par exemple, début avril, au cours du Grand Jury Le Figaro-RTL-LCI : « La majorité présidentielle aura-t-elle la majorité législative ? La réponse est oui. »

Pourtant, maintenant que le verdict de l’élection présidentielle est tombé, des  législatives plus incertaines que jamais se profilent les 11 et 18 juin prochain.

249 à 286 députés pour En Marche ! selon un sondage

« La logique institutionnelle est de donner une majorité au président élu, et les électeurs suivent car ils veulent de la cohérence. Cela s’est toujours produit depuis 1962 », rappelle à 20 Minutes le spécialiste d’histoire politique Jean Garrigues. L’alignement des calendriers depuis 2002 entre le mandat présidentiel ramené à cinq ans et la désignation de la nouvelle Assemblée nationale a renforcé cette logique, afin d’éviter une cohabitation au nouveau président.

>> A lire aussi : Malgré l'union affichée, la droite reste bien divisée avant les législatives

Un sondage d’OpinionWay-SPLV analytics pour Les Echos publié mercredi dernier donne des gages à ce scénario : le parti d’Emmanuel Macron pourrait décrocher de 249 à 286 députés, selon l’enquête d’opinion. À droite, la coalition LR-UDI serait au niveau de 2012, avec 200 à 210 sièges et le FN aurait peut-être son groupe parlementaire avec 15 à 25 élus. À gauche, le PS serait éparpillé façon puzzle, récupérant 28 à 43 sièges, et la France insoumise en aurait 6 à 8.

Recomposition du paysage politique

Mais comme rien ne se passe comme prévu dans la vie politique française depuis quelque temps et que ce scrutin présidentiel 2017 dessine une recomposition du paysage, il pourrait y avoir des surprises.

Un autre sondage d’Harris Interactive pour Atlantico, publié vendredi, contient une forme d’avertissement pour le nouveau président de la République : 59 % des personnes interrogées ne souhaitent pas que l’ancien ministre de l’Economie obtienne une majorité. Seuls ses électeurs et ceux de Benoît Hamon souhaitent lui donner les moyens de gouverner comme il l’entend.

Joint par 20 Minutes, Jean-Daniel Lévy, le directeur du département politique & opinion d’Harris Interactive explique que le vote Macron, en tout cas durant cette campagne présidentielle, a souvent été un choix par défaut : « Moins d’un Français sur deux lui fait confiance, la perspective de son élection n’a pas provoqué d’enthousiasme. »

« Il ne bénéficie pas d’un vote d’adhésion, confirme Jean Garrigues. Nous ne sommes plus dans une logique aussi claire que d’habitude, l’hypothèse d’une majorité de droite n’étant d’ailleurs pas à écarter, car son socle idéologique reste fort. » Malgré l’élimination précoce de François Fillon lors de ce scrutin présidentiel, « les Républicains devraient avoir un pic de vigueur » lors des législatives, estime aussi le sondeur d’Harris Interactive.

>> A lire aussi : Emmanuel Macron ne sera pas candidat aux législatives s'il perd

Le Front national et la France insoumise dans de nombreuses quadrangulaires ?

François Baroin, le sénateur-maire de l’Aube qui conduira la campagne législative du parti de droite, pour des élections qu’il a estimées le 26 avril « gagnables », espère d’ailleurs entrer à Matignon fin juin en tant que Premier ministre d’Emmanuel Macron. Ce dernier a senti la menace, et a lâché dans un entretien au Figaro pendant l’entre-deux-tours que Baroin « a voulu être celui de M. Sarkozy, il a voulu ensuite être celui de M. Fillon, il voudrait devenir le mien […] Cette cécité prouve qu’ils ne sont pas en situation d’avoir une majorité. »

Dernière incertitude, pas des moindres : l’entrée en vigueur de la loi sur le non-cumul des mandats va libérer des places et engendrer un renouvellement important. D’autant qu’En Marche ! présentera « des candidats dont la moitié seront nouveaux », souligne Jean Garrigues. L’historien anticipe déjà la possibilité de nombreuses « triangulaires et même quadrangulaires avec le Front national et la France insoumise ».