Présidentielle: Pour les poissonnières et les banquiers aussi, la campagne a été longue

MOTS DOUX Les clichés concernant les professions ne sont pas rares dans une campagne électorale…

Nicolas Raffin
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Illustration d'une poissonnerie.
Illustration d'une poissonnerie. — Jane Hobson/REX/REX/SIPA

Mercredi soir, deux minutes après le début du débat face à Emmanuel Macron, Marine Le Pen a eu cette phrase vis-à-vis de son concurrent : « On a vu les choix que vous avez faits dans ce second tour, qui sont des choix cyniques d’utilisation d’arguments de campagne qui sont honteux, et qui révèlent peut-être la froideur du banquier d’affaire que vous n’avez probablement jamais cessé d’être. »

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Cette critique, qui renvoie le candidat d’En Marche ! à son ancien emploi à la banque d’affaire Rothschild, est loin d’être isolée. La candidate et ses soutiens en ont fait un argument de campagne et l’utilisent allègrement dans les médias et sur les réseaux sociaux :

De l’autre côté, la candidate du Front national est souvent associée à l’image d’une « poissonnière », en raison de ses attaques virulentes :

« Ce n’est pas très agréable »

Face à ses invectives, difficile pour certains dont la profession est stigmatisée de rester insensible. Jérémie, responsable d’une poissonnerie à la Rochelle (Charente-Maritime), explique en avoir « un peu marre » de l’image que l’on veut coller à son métier. « Quand on voit ça dans les commentaires sur les réseaux, ce n’est pas très agréable », poursuit-il.

Pour la sociologue et philosophe Julienne Flory, auteure de Injuriez-vous ! (La Découverte, 2016), ce choix de qualificatifs n'est pas anodin. « Ce qui est intéressant ici, c’est qu’on ne dit pas " poissonnier ". La déclinaison féminine du terme possède un côté sexiste : on imagine une femme qui parle fort, en utilisant beaucoup d’invectives. On n’a jamais accusé Trump d’être un " poissonnier ". Donc c’est intéressant de voir que ceux qui utilisent ce terme considèrent une poissonnière comme une femme qui ne jouerait pas son rôle. »

« On imagine que tous les banquiers gagnent beaucoup d’argent »

« Concernant les banquiers, il y a un sens commun qui est devenu assez péjoratif à la suite de divers scandales comme la crise des subprimes ou l’affaire Kerviel, constate la sociologue. En l’utilisant comme insulte, on fait aussi référence à quelqu’un qui gagne beaucoup d’argent, ce qui est un sujet relativement tabou en France. »

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Régis Dos Santos, président du syndicat national des banques (SNB-CFE-CGC) n’a par exemple pas du tout apprécié la sortie du député Gilbert Collard. Fin avril, ce soutien de Marine Le Pen avait qualifié les banquiers de « putes ». « Qu’un homme public comme lui tienne des propos de cette nature, ça incite les gens à se lâcher dans les agences, estime le responsable syndical. Les gens lambda ne font pas la différence entre l’employé derrière le guichet et le PDG. Ce qui nous aurait intéressés, c’est qu’on parle de la banque comme un sujet de fond et pas comme un cliché. »