VIDEO. Manifestations anti-FN: «Ça n’a plus autant d’impact qu’il y a quinze ans»

PRESIDENTIELLE Les internautes de « 20 Minutes » expliquent l’absence de mobilisation sociale contre le Front national comme en 2002…

O. P.-V.
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Des heurts ont éclaté le 27 avril à Rennes lors d'une manifestation anti- Le Pen et Macron.
Des heurts ont éclaté le 27 avril à Rennes lors d'une manifestation anti- Le Pen et Macron. — J. Gicquel / APEI / 20 Minutes
  • En 2002, 1,5 million de personnes avait manifesté contre le FN le 1er mai.
  • Les internautes de 20 Minutes témoignent d’une lassitude à « faire barrage ».
  • La mobilisation contre le FN est bien moins forte quinze ans plus tard.

La rue semble anesthésiée. Quinze ans après l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, peu de manifestations ont eu lieu pour « faire barrage » au Front national, dont la candidate, Marine Le Pen, est de nouveau en position d’accéder à l’Elysée. Le 1er mai 2002, dans l’entre-deux-tours du scrutin opposant Jacques Chirac à Le Pen père, 1,5 million de personnes avaient manifesté sur l’ensemble du territoire français contre le parti d’extrême droite.

 

En 2017, une centaine de lycéens se sont mobilisés à Paris contre Marine Le Pen, quand d’autres à Rennes ont fait entendre leurs voix anti-Le Pen… et anti- Macron. Sur la page Facebook de 20 Minutes, de nombreux internautes expliquent que le contexte a changé, l’arrivée du FN au second tour étant plus attendue. « Les manifestions d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’il y a quinze ans, ça n’a plus autant d’impact », dit Sadia, alors que Mekah voit dans ces « quinze ans de capitalisme et de foutage de gueule » les raisons de ce changement d’ambiance. « Nos gouvernements successifs ont amené cette situation, et les gens sont las d’être des moutons », ajoute Véronique.

« Le FN est aussi haut à cause des politiques qui nous dirigent »

Pour expliquer cette atmosphère amorphe alors que le FN n’a jamais été aussi haut dans les sondages, l’historien Christian Delporte parle d’une « chronique d’une catastrophe annoncée », cette présence au second tour n’étant pas « une surprise vu sa lente progression depuis quinze ans ». Selon lui, l’absence de manifestations d’ampleur est plus due à une évolution de la société que du parti d’extrême droite : « C’est nous qui avons changé, qui avons intégré les thématiques du FN, banalisées par d’autres dans l’espace politique ».

« Ce qui a changé ? Faire systématiquement barrage au FN n’a pour conséquence que de faire monter le FN. Au final on donne la présidence à n’importe qui du moment qu’il n’est pas du FN. Sauf qu’on oublie qu’il est aussi haut à cause des politiques qui nous dirigent », souligne de son côté Thibaud dans les témoignages des internautes. Comme lui, beaucoup mettent en avant une certaine lassitude à voter contre plutôt que pour.

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« Marine Le Pen, ça n’est pas son père »

La majorité des commentaires porte sur l’abstention comme réponse à la présence du Front national, qui n’inquiète plus vraiment : « On nous dit que le FN est anti-républicain, anti-démocratique. Parce que se moquer des électeurs en magouillant pour écarter le FN du pouvoir, c’est démocratique peut-être ? Les gens ne croient plus à cette diabolisation. Ce qu’ils veulent c’est du changement. Et puis Marine Le Pen, ça n’est pas son père… Bref, voilà pourquoi, à mon avis, les gens ne descendent pas dans la rue aujourd’hui », s’agace Christophe.

« Marine Le Pen, ça n’est pas son père », c’est justement l’argument que craint Christian Delporte : « Sa stratégie de dédiabolisation consistait à se faire un prénom, et ça a parfaitement réussi. Elle a très bien joué le coup en se différenciant de son père, et elle a en partie été aidée par les médias pour cela. » Illustration avec ce commentaire d’Ashline : « D’une, Marine Le Pen n’est pas aussi extrême que son père. D’autre part, nous avons bien eu la preuve que manifester ne sert pas à grand-chose. Pas une solution tout ça, mais je comprends la lassitude des gens. »