Présidentielle: Sur l'Europe, Le Pen et Macron ont des propositions radicalement opposées

COMPARATEUR Voici les principales propositions et déclarations des deux candidats à la présidentielle...

Laure Cometti

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En haut, Emmanuel Macron à Nantes le 19 avril 2017. En bas: Marine Le Pen le 11 avril 2017 à Arcis-sur-Aube. Notez que les drapeaux ne sont pas les mêmes.
En haut, Emmanuel Macron à Nantes le 19 avril 2017. En bas: Marine Le Pen le 11 avril 2017 à Arcis-sur-Aube. Notez que les drapeaux ne sont pas les mêmes. — David Vincent/AP/SIPA // CHAMUSSY/SIPA

« Ils sont où les drapeaux européens ? On en veut ! » Devant l’Artois Expo à Arras, le public venu assister au meeting d’Emmanuel Macron presse les organisateurs de leur distribuer des drapeaux bleu à étoiles jaunes. Depuis le début de sa campagne présidentielle, le candidat d’En Marche ! affiche ce symbole de l’Union européenne. Tout le contraire des meetings de son adversaire au second tour, où seuls les drapeaux tricolores ont droit de cité. La candidate Front national (qui siège au Parlement européen au sein du groupe ENL, l’Europe des nations et des libertés rassemblant les principaux mouvements d’extrême-droite) propose d’ailleurs dans son programme de « retirer le drapeau européen de tous les bâtiments publics ». Ce détail reflète l’opposition nette entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron sur l’Union européenne.

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Deux visions diamétralement opposées sur l’euro, Schengen et l’UE

Quand Marine Le Pen prône la « souveraineté nationale » et le « protectionnisme intelligent » (à l’échelle nationale selon la candidate), Emmanuel Macron veut « renforcer la souveraineté européenne » (dans les domaines de la sécurité, de l’économie, du développement durable et du numérique selon son programme) et propose une forme de protectionnisme européen (avec le « Buy European Act »).

Dans le détail, la candidate FN souhaite abandonner la monnaie unique européenne tandis que le candidat En Marche ! veut créer un budget de la zone euro piloté par un ministre de l’économie et des finances de la zone euro.

Elle veut rétablir les frontières nationales et embaucher 6.000 douaniers tandis qu’il compte maintenir les accords de Schengen tout en renforçant les frontières européennes avec 5.000 garde-frontières.

Mais dans l’entre-deux tours, les deux candidats ont quelque peu nuancé leur discours.

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Le Pen : du flou sur son calendrier

Dans ses meetings, Marine Le Pen appelle de ses vœux la sortie de l’UE, le rétablissement des frontières nationales et le retour à une monnaie nationale (le « nouveau franc ») qui cohabiterait avec l’euro (qui ne serait plus qu’une « monnaie commune » utilisée pour les échanges entre États.

Dans son programme, elle précise qu’elle lancerait des négociations avec les partenaires européens pour « parvenir à un projet européen respectueux de la souveraineté monétaire, législative, territoriale, économique » de la France, avant de soumettre ce projet à un référendum. « Elle parle de référendum, reste floue, de manière à ne pas repousser les électeurs », observe Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Montpellier. Et pour cause : « hors de l’électorat FN, le rejet de l’UE ne génère pas l’adhésion ». Selon un sondage Elabe pour Les Echos paru en mars dernier, moins d’un tiers des Français souhaitent revenir au franc.

« Son programme ne précise pas ce qu’elle souhaite renégocier mais elle remet en cause des éléments qui font le ciment de l’UE comme la libre circulation des personnes et la monnaie unique, cela semble donc difficile de négocier ces points », souligne Christophe Blot, économiste à l’OFCE. Autrement dit, il s’agirait d’un Frexit qui ne dit pas son nom. La candidate d’extrême-droite vante régulièrement le succès du Brexit. Difficile pourtant de comparer un éventuel Frexit au scénario britannique, selon Christophe Blot. « Le Brexit ne fait que commencer, il est trop tôt pour en mesurer les effets sur la croissance. Et puis le Royaume-Uni n’était pas dans la zone euro, or la dimension monétaire est fondamentale ».

« Je ne suis pas une adversaire de l’Europe »

Sur les plateaux télé, la candidate FN a adouci son discours. D’abord au sujet du calendrier : sur Public Sénat et Sud Radio, le 4 avril dernier, elle a dit vouloir attendre les élections allemandes puis italiennes avant d’entamer les négociations, soit mai 2018. Puis sur le ton et le choix des mots : « je ne suis pas une adversaire de l’Europe. Je me sens Européenne, Française, bien sûr, d’abord, mais Européenne », a-t-elle déclaré mardi dernier sur TF1.

Cet assouplissement du discours sur l’euro est également au cœur de l’accord conclu avec Nicolas Dupont-Aignan en vue du second tour. Ce texte de trois pages stipule ainsi que « la transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n’est pas un préalable à toute politique économique ».

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Macron : plus d’Europe, mais comment ?

Seul candidat à la présidentielle à insister autant sur ses propositions pro-UE, Emmanuel Macron souhaite lancer à l’automne 2017 des « conventions démocratiques » dans chaque Etat membres afin d’établir une feuille de route pour Bruxelles. Il propose également qu’un Etat membre qui refuse un projet ne puisse « pas bloquer les autres ».

Après le second tour, il a attaqué Marine Le Pen sur le terrain de l’UE lors de son meeting mercredi à Arras, promettant aux Français que leur épargne « diminuera de 30 % », que leur salaire baisserait tout comme leur pouvoir d’achat. Il mise donc sur une dépréciation du franc en cas de sortie de l’euro.

« C’est une des hypothèses possibles, même s’il est très difficile d’anticiper ce qui se produirait en cas de sortie de la zone euro », estime Christophe Blot. « Une monnaie dépréciée permettrait de gagner en compétitivité, mais augmenterait le coût des importations. Mais le franc se déprécierait-il tant que cela ? Et cela aurait-il un impact positif sur la croissance ? C’est un pari qui comporte des risques financiers assez importants », poursuit l’économiste, prudent.

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« Je ne poursuivrai pas l’Europe comme elle est »

Les propositions d’Emmanuel Macron sur l’UE restent à préciser selon Christophe Blot, faute de quoi il craint un « statu quo ». « A l’heure actuelle l’UE ne peut pas s’endetter. Le ministre de la zone euro qui piloterait son budget aurait-il cette capacité ? » Idem pour la volonté de créer un protectionnisme européen, « il faudra pour cela discuter avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ». Autre point important selon Christophe Blot : « dans le programme d’Emmanuel Macron il y a l’idée qu’il faut respecter les règles budgétaires, contestées par certains qui estiment qu’elles pèsent sur la croissance. Il ne se positionne pas vraiment sur ce débat sur l’austérité », souligne l’économiste.

Reste que le candidat a fait évoluer sa vision européenne pendant l’entre-deux tours. Après sa visite mouvementée de l’usine Whirlpool à Amiens (délocalisée en Pologne), il a déclaré à La Voix du Nord qu’il ne « poursuivra pas l’Europe comme elle est » et a pris position pour des mesures anti-dumping dans l’UE ainsi qu’une harmonisation fiscale et sociale.

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