Présidentielle: Qui vote pour Marine Le Pen ?

ANALYSE La candidate FN a durablement installé son influence au sein de l’électorat traditionnel du FN…

Coralie Lemke

— 

Marine Le Pen lors de son discours après les résultats du premier tour de l'élection présidentielle le 23 avril 2017 à Hénin-Beaumont.
Marine Le Pen lors de son discours après les résultats du premier tour de l'élection présidentielle le 23 avril 2017 à Hénin-Beaumont. — JOEL SAGET / AFP
  • Les catégories d’électeurs fragilisées ont majoritairement voté pour le Front National.
  • Le vote FN s’inscrit toujours dans des zones géographiques précises, comme l’est, le nord ou le sud de la France.

Attendue première, elle est arrivée deuxième. Marine Le Pen a atteint 21,4 % au premier tour de la présidentielle derrière Emmanuel Macron, à 23,9 %. Un chiffre qui s’explique par une progression limitée dans l’électorat français. «  Marine Le Pen a accentué son électorat de base mais elle n’a pas réussi à l’élargir. C’est ce qui explique son relatif échec », explique Gilles Ivaldi, chercheur en sociologie au CNRS et à l’université de Nice.

>> A lire aussi : Présidentielle: Pourquoi, contrairement à 2002, il y aura un débat d'entre-deux-tours entre Macron et Le Pen

« Sa base est composée des Français les plus fragilisés : le prolétariat des services, les employés en contrats courts. » 37 % des ouvriers et 32 % des employés ont choisi de soutenir la candidate FN selon un rapport Ipsos paru hier. « C’est une frange qui s’ajoute au premier électorat du FN, très réactionnaire, traditionnel et bourgeois, qui date de la période où Jean-Marie Le Pen menait le mouvement », complète Erwan Lecoeur, sociologue spécialiste du FN et proche d’Europe-Ecologie-les-Verts.

La France des oubliés contre la France qui gagne

Pour Gilles Ivaldi, le contraste est fort entre l’électorat FN et celui d’En marche!. « Marine Le Pen, c’est la France menacée, la France fragile. Alors qu’en face, chez Emmanuel Macron, on voit une France intégrée, la France qui gagne. » Il souligne que 43 % des gens qui disent « s’en sortir très difficilement » ont voté pour le FN, tandis qu’il ne sont que 13 % pour En marche!. A l’inverse, 32 % des personnes qui disent « s’en sortir facilement » ont voté pour l’ancien ministre de l’Économie. « On voit bien deux France marquées sociologiquement, celle des classes socioprofessionnelles supérieures face aux classes socioprofessionnelles inférieures. »

Certaines tranches d’âge ont aussi leur préférence pour la candidate frontiste. Marine Le Pen est arrivée en tête chez les 35-49 ans (29 %) et les 50-59 ans (27 %). « En revanche, elle n’a pas réussi à s’implanter chez les retraités. » Les plus de 70 ans ne sont que 9 % à avoir voté pour elle, contre 27 % pour Emmanuel Macron.

Un vote ancré géographiquement

Dernier marqueur important, les régions desquelles sont issus les électeurs. « Comme lors des scrutins précédents, on voit que les zones rurales et peu urbaines ont majoritairement choisi le FN. C’est la France des oubliés, des laissés pour compte. » Gilles Ivaldi cite en exemple le nord, l’est et le grand bassin du sud de la France. « Il y a aussi la Provence-Alpes-Cotes-d’Azur qui était historiquement ancrée du coté de la droite classique, où le FN a maintenant pris le dessus. »

>> A lire aussi : Présidentielle: Celles, le village héraultais qui n’aime ni Le Pen, ni Macron

Le cœur de l’électorat du nord et du sud restent toutefois très différents selon Erwan Lecoeur. « Alors que le nord est plus populaire et plus jeune, le sud est plus bourgeois et plus âgé. » Une analyse que partage Christèle Marchand, maître de conférences, en sciences politiques à l’université d’Avignon et auteur du livre Le vote FN. « La différence avec le nord de la France, c’est qu’ici le vote frontiste n’est pas un réflexe de classes sociales en détresse. Il est répandu dans les classes moyennes. On voit aux scores très bas de François Fillon que le vote FN est devenu le vote de droite de référence. » Au nord comme au sud, le FN s’enracine là où il était déjà.