Présidentielle: Voter Macron, Le Pen, blanc ou s'abstenir... Des électeurs de gauche déboussolés dans l’entre-deux-tours

PRESIDENTIELLE Parmi les électeurs de Mélenchon notamment, le doute est fort entre Emmanuel Macron, l'abstention, voire Marine Le Pen...

O. P.-V.

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À la soirée électorale de la France insoumise, derrière Jean-Luc Mélenchon, le 23 avril 2017 à Paris.
À la soirée électorale de la France insoumise, derrière Jean-Luc Mélenchon, le 23 avril 2017 à Paris. — NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • De nombreux internautes sympathisants de gauche disent hésiter à se prononcer entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron
  • 51 % des électeurs de Mélenchon se reporteraient sur Macron, 72% chez Hamon

Un hashtag a émergé sur Twitter dès l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle :  #SansMoiLe7Mai, mot d’ordre des électeurs de gauche qui veulent s’abstenir dans treize jours, au moment de choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron comme futur chef de l’Etat.

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Notre appel à témoignage a récolté un millier de réponses ce lundi matin, de la part de ces sympathisants de gauche « désespérés » par le résultat du premier tour, en pleine incertitude quant au second. « J’ai voté à gauche, j’étais en larmes devant les résultats. Je pense aller voter soit nul, soit blanc… Je me sens trahie par le reste des Français. J’avais des projets et envie pour l’avenir : je préfère les reporter et ne pas avoir d’enfants dans un monde qui ne me correspond pas », explique Lucie, Nantaise de 21 ans.

« Abstention ou alors je glisse le nom de Mélenchon…. les deux candidats ne nous mèneront certainement pas vers une France meilleure », selon Samantha, tandis que Sylvain va plus loin : « On n’a pas le choix cette fois on va devoir voter Marine… Macron est certainement pire qu’elle ». « Le Pen est horrible, on le sait depuis des années, mais on aura aussi de belles surprises (et pas dans le bon sens) avec Macron… Je ne veux pas participer à cette mascarade. Donc comme beaucoup de socialistes je voterai blanc mais je voterai quand même pour exprimer mon mécontentement », synthétise Aline.

Trois des quatre candidats de gauche n’ont pas donné de consigne

Des quatre candidats de gauche, seul Benoît Hamon a appelé à voter en faveur d’Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou n’ont pas donné de consigne. Avec 19,6 % des voix récoltés, le premier a drainé la majorité des voix de gauche, et c’est logiquement en grande partie des sympathisants de l’ancien sénateur qui ont répondu à l’appel à témoignage de 20 Minutes.

Quinze ans après le 21 avril 2002 et la consigne donnée par la gauche de faire barrage au Front national de Jean-Marie Le Pen, pourquoi ce front républicain ne semble plus aussi évident à une partie de cet électorat ? « 25 à 30 % de l’électorat Mélenchon ne veulent pas jouer le rôle du barrage républicain. Cette partie est irriguée par une pensée d’extrême gauche qui voit en Emmanuel Macron le représentant du capitalisme libéral. Pour elle, Macron, Le Pen, c’est bonnet blanc et blanc bonnet », estime le politologue de l’IEP de Bordeaux Jean Petaux.

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« Le vrai risque du second tour est une montée de l’abstention »

Dans le détail, selon un sondage Ipsos Sopra-Steria pour Le Monde juste avant le premier tour, 51 % des électeurs Mélenchon déclaraient vouloir voter Macron face à Le Pen, 12 % pour la cheffe FN, et 37 % disaient vouloir s'abstenir. Chez les électeurs de Benoît Hamon, ils étaient 72 % à se reporter sur l’ancien banquier d’affaires. « L’idée d’une coalition qui peut marginaliser le FN sur le thème du barrage républicain ne tient plus, au contraire, les stigmatisations sur ce mode le renforcent », ajoute le politologue Olivier Rouquan, chercheur associé au CERSA, selon qui « le vrai risque du second tour est une montée de l’abstention, autant à gauche qu’à droite ».

Si, à l’exception de Benoît Hamon, les trois candidats de gauche n’ont pas donné de consigne, c’est aussi parce qu’elles ne sont de toute manière plus suivies, explique Jean Petaux : « La gauche est de plus en plus libertaire, toute injonction au vote pourrait même être contre-productive et alimenter la crise des institutions. »