Présidentielle: «Mélenchon est gaullien»

VOUS TEMOIGNEZ Ils sont de droite mais sont tentés par le vote Mélenchon le 23 avril prochain. Ils s’expliquent…

Tristan Lescot

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Mélenchon séduit même à droite.
Mélenchon séduit même à droite. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Il monte, il monte Jean-Luc Mélenchon au point de rattraper voire de dépasser dans certains sondages, François Fillon, le candidat de la droite et du centre, toujours empêtré dans les affaires.

Parti très tôt dans la campagne présidentielle, débarrassé de la tutelle des partis, le candidat de la France insoumise a appris de ses erreurs de 2012. Caractère adouci, très fort investissement dans les réseaux sociaux, le style et le propos ont également beaucoup évolué. La Marseillaise a remplacé l’Internationale à la fin de ses meetings, le « candidat de la paix » ne veut plus le « bruit et la fureur », la cravate rouge a disparu.

Si Mélenchon n’hésite pas à jouer sur le pourrissement politique actuel (« qu’ils dégagent tous ! »), ses axes de campagne brassent plus large qu’en 2012. Plus ferme sur l’immigration, plus clair sur l’Europe et sur le nucléaire, Mélenchon n’oublie aucun sujet. S’autodésignant messager du peuple contre des élites supposément corrompues, son discours séduit et interpelle au-delà de son électorat naturel. Au point de charmer une partie de la droite, désorientée par les affaires autour de Fillon et décontenancée par un programme très libéral.

>> A lire aussi : Éco, Europe, immigration... Mélenchon est-il le même qu'en 2012?

« Un homme très intelligent et visionnaire »

Pour Sylvie, ce sont bien les affaires et le manquement à la parole donnée qui ne passent pas. Elle a pourtant voté Fillon à la primaire de droite, gardant de lui « le souvenir d’un bon Premier ministre », d’un homme politique « honnête et désintéressé ». Ses ennuis judiciaires, le décalage entre son projet austéritaire et son enrichissement personnel, lui ont « ouvert les yeux ». Face à « un chomage très élevé, des salaires beaucoup trop bas, des services publics qui périclitent faute de moyens et d’organisation avec cette incertitude totale du lendemain pour nos enfants quant à la pollution, la guerre et le terrorisme », elle a découvert en Mélenchon « un homme très intelligent et visionnaire » dont le programme répond « à presque toutes ses questions ». Plus surprenant, elle retrouve chez l’ex-élu socialiste « l’enseignement du pape François sur l’écologie et le vivre ensemble dans le respect de chacun et de la planète ». Le soutien très bruyant de Sens Commun au candidat de la droite et du centre n'a jamais été digéré.

Virginie ressent cette même colère vis-à-vis de François Fillon qui, selon elle, a trahi des principes fondamentaux : « Je suis écœurée par cette attitude "j’y suis, j’y reste", par les mensonges, par ce mépris du peuple sans qui un élu ne serait pourtant rien. » Alors qu’elle pensait ne pas voter du tout, elle a retrouvé, chez Mélenchon, des valeurs « essentielles pour notre vivre ensemble » : « le respect, la solidarité, l'exemplarité, l’effort collectif et l’égalité. »

Fillon ou l’effet repoussoir

Quentin avait voté Juppé à la primaire mais en tant qu’homosexuel réfléchissant au mariage, il était inconcevable « de supporter un candidat qui souhaite remettre des droits fondamentaux en cause ». L’effet repoussoir concerne tout autant la moralité de l’ex-Premier ministre : « Ses mensonges à répétition dans les médias, ses attaques contre le pouvoir totalement insensées et ses propositions de rigueur qu’il n’est pas capable d’appliquer à son propre foyer me paraissent tout à fait scandaleuses. »

S’il ne se reconnaît pas complètement dans les idées de Mélenchon, il apprécie « un programme qui axe sur l’humain ».

« Par sa démarche en dehors des partis, Mélenchon est gaullien »

Noël, « de droite gaulliste sociale et souverainiste » va beaucoup plus loin : « Par sa démarche en dehors des partis, Mélenchon est gaullien. » L'homme au-dessus des partis, la sortie de l'OTAN... tant d'éléments qui invitent sûrement à ce parallèle très flatteur.

Liliane qui « a toujours voté à droite » ne veut plus entendre parler de Fillon, juge Macron trop libéral, Dupont-Aignan antipathique et seul Mélenchon trouve grâce à ses yeux car il est « honnête et sincère ». Son projet de VIe République la séduit et puis, nous confie-t-elle, il est « le seul qui fait réfléchir ».

Le 23 avril prochain, combien de déçus de droite seront-ils à penser comme elle ?

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