VIDEO. Rafle du Vel d’Hiv: Les propos de Marine Le Pen sont «un moyen de remettre sa candidature au centre du jeu»

POLITIQUE Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite, revient sur la sortie médiatique de Marine Le Pen sur la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Marine Le Pen dans «Le Grand Débat» sur  BFMTV et CNews, le 4 avril 2017.
Marine Le Pen dans «Le Grand Débat» sur BFMTV et CNews, le 4 avril 2017. — Lionel BONAVENTURE / AFP

« La France n’est pas responsable du Vel d’Hiv. Je pense que, de manière générale, plus généralement d’ailleurs, s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas la France. » Dimanche soir, dans l’émission « Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI », Marine Le Pen a relancé la polémique sur son refus de la repentance concernant la rafle du Vel D’Hiv, au cours de laquelle plus de 13 000 juifs avaient été arrêtés avant d’être, pour la plupart, exterminés dans des camps nazis à l’été 1942. Jacques Chirac, en 1995, puis François Hollande, en 2012, avaient pourtant admis officiellement la responsabilité de la France à propos de ce sombre épisode de son histoire. La prise de position de Marine Le Pen a été fortement critiquée par de nombreuses figures politiques, notamment l’un de ses principaux adversaires, Emmanuel Macron. Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite, nous éclaire sur les intentions de la candidate frontiste.

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Comment interpréter ces déclarations de Marine Le Pen ?

Sur le timing de la campagne, c’est une sortie qui peut se comprendre. Même si Marine Le Pen semble être en tête des intentions de vote, elle ne monte pas spécialement et elle n’arrive pas à imposer ses thèmes dans la campagne. Au grand jeu du chamboule-tout des primaires, elle a perdu beaucoup avec les défaites de Valls et Sarkozy qui venaient la chercher sur le terrain de l’Islam. Aujourd’hui, elle se retrouve obligée de parler d’économie, un sujet qu’elle maîtrise moins et où le programme du FN fait encore peur, même à droite. Ses propos sur le Vel d’Hiv, c’est un moyen de remettre sa candidature au centre du jeu et de se démarquer, à quinze jours du premier tour.

Et sur le fond, est-ce une sortie réussie ?

Pas vraiment. Elle fait le service minimum de la provocation, si je puis dire, parce que si la question des juifs était le vrai point d’achoppement de la réflexion mémorielle dans les années 1990, désormais, c’est plutôt vers la guerre d’Algérie qu’il faut se tourner si on veut polémiquer sur la France de la repentance. Marine Le Pen ne fait pas preuve d’une grande imagination, mais, en plus, elle trouve le moyen de remettre en cause la dédiabolisation du FN alors qu’elle avait réussi à en finir avec le sujet de la Seconde Guerre mondiale et les polémiques enclenchées par son père.

Même en se revendiquant assez justement de la même position que de Gaulle sur la question ?

De Gaulle est devenu un mot-valise, dans lequel on met ce qu’on veut, quand on veut flatter l’idée du rassemblement national, qui est un thème central chez tous les candidats. En citant de Gaulle, Marine Le Pen ridiculise ceux qui la traitent de négationniste, une accusation évidemment très exagérée. Mais rappelons quand même que, lors de la rafle du Vel d’Hiv, collaborent à la fois des agents de l’Etat français mais aussi ceux du Parti populaire français, dirigés par Pierre Barthélemy, qui participera dans les années 1970 à la création du FN. C’est quand même le signe, en plus, qu’elle ne connaît pas très bien l’histoire de son propre parti. Elle va chercher les problèmes toute seule comme une grande.

Ses propos peuvent-ils lui porter préjudice chez les électeurs ?

Marine Le Pen a déjà démontré qu’elle possédait une carapace d’acier et que pas grand-chose ne l’atteignait. Chez les électeurs de la droite dure, ses propos ne susciteront pas d’enjeux particuliers. En revanche, elle se met en difficulté dans la perspective de l’entre-deux-tours, quand la violence des oppositions entre les deux finalistes montera d’un cran. Beaucoup d’électeurs du centre et de gauche qui n’auraient pas eu très envie de se déplacer pour voter en faveur de son adversaire vont peut-être changer d’attitude. Certains, en entendant ses propos, peuvent se dire que « le FN c’est toujours les mêmes histoires, ils n’ont pas vraiment changé, ça reste l’extrême droite, il faut se mobiliser pour qu’elle ne passe pas ». Sur ce plan, son intervention médiatique est mal calibrée.