VIDEO. Présidentielle: Trois questions sur les costumes de luxe de François Fillon

SAPE Les très luxueux costumes offerts par « un ami généreux » au candidat élégant pourraient lui attirer des ennuis...

L.C.

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François Fillon, le 13 mars à Paris.
François Fillon, le 13 mars à Paris. — LEWIS JOLY/SIPA

Un ami très généreux. Selon le JDD, François Fillon se serait fait offrir pour près de 13.000 euros de vêtements sur mesure chez le tailleur de luxe Arnys, dont la boutique est située rue de Sèvres, à Paris. Cette offrande, datée du 20 février dernier, aurait été réglée par chèque, pour deux costumes. Un « ami généreux » a confirmé au JDD les avoir payés « à la demande de François Fillon », « et sans d’ailleurs en avoir le moindre remerciement depuis ». Entre 2012 et 2017, le candidat aurait par ailleurs commandé et payé en liquide pour 35.500 euros de vêtements chez Arnys. Une addition qui pourrait lui attirer des ennuis…

Pourquoi ces emplettes vestimentaires posent question ?

« Pourquoi des espèces ? Et qui aurait versé ces espèces pour payer un costume et une veste forestière à François Fillon cet automne ? », se demande Laurent Valdiguié, qui signe l’article du JDD, au micro d’Europe 1 ce lundi. « Pourquoi ne pas avoir fait appel aux fonds de la campagne électorale proprement dite et pourquoi un ami à lui seul a-t-il été amené à faire un cadeau de 13.000 euros au candidat ? », poursuit-il.

Le montant très élevé de ces cadeaux fait naître un éventuel soupçon de conflits d’intérêts entre le bienfaiteur et le parlementaire et candidat à la présidentielle. D’autant que selon l’association Anticor, interrogée par France info, « les costumes ne sont pas remboursés, ne sont pas intégrés dans un compte de campagne ».

>> EN IMAGES : François Fillon sous toutes les coutures

Que dit la loi ?

Ces révélations soulèvent plusieurs questions sur la légalité de ces cadeaux et aussi sur le paiement en espèces. S’il s’agit de cadeaux, François Fillon, député de Paris depuis juin 2012, était-il tenu de les déclarer, comme l’affirme sur Twitter le député socialiste Christophe Castaner, soutien d'Emmanuel Macron ?

Le règlement de l’Assemblée stipule que tout « don et avantage en lien avec le mandat [du député] » d’un montant supérieur à 150 euros doit être déclaré au déontologue de l’Assemblée. A l’heure actuelle, on ignore si le candidat Les Républicains a fait cette démarche. Il semblerait que non, étant donné qu’il a déclaré ce lundi dans Les Echos : « c’est ma vie privée, ça ne regarde personne ! J’ai parfaitement le droit de me faire offrir un costume par un ami ». Un document du déontologue daté de 2013 stipule que « les dons et avantages émanant de proches, dans un cadre strictement privé », ne sont pas concernés. Cette définition peut faire débat dans le cas de costumes de parlementaires.

Interrogé par Marianne, le député socialiste René Dosière, spécialiste du financement de la vie publique, souligne qu’il y a « deux interprétations » pour les costumes : relèvent-ils de « la vie privée » ou de la « représentation » ? Le parlementaire penche pour la deuxième option : « à partir du moment où on est photographié, filmé, le costume est un élément de représentation, à plus forte raison pour un candidat à la présidence de la République. De nombreux députés, dont je suis, financent d’ailleurs l’achat de costumes avec leur indemnité représentative de frais de mandat (IRFM). La contrepartie logique est de signaler au déontologue tout cadeau concernant ce poste de dépense ».

Autre problème : le règlement en espèces, que le candidat a nié ce lundi, était plafonné à 3.000 euros jusqu’au 1er septembre 2015, avant d’être limité à 1.000 euros. Etant donné qu’aucun des vêtements achetés pour François Fillon n’aurait coûté moins de 3.000 euros pièce, ce mode de paiement serait donc illégal, et passible d’une amende correspondant à 5 % du montant de la transaction. Soit 1.775 euros dans ce cas.

Que sait-on de l’identité de « l’ami généreux » de François Fillon ?

Pas grand-chose à ce stade. Il a accepté de parler au JDD sous couvert d’anonymat. Depuis, les spéculations vont bon train…

Son identité est pourtant cruciale pour déterminer s’il peut y avoir un conflit d’intérêts ou une prise illégale d’intérêts comme l’évoque le député socialiste Razzy Hammadi sur Twitter.