Présidentielle: «Dégoûtés», certains maires s'abstiennent de parrainer un candidat

SIGNATURE Devant le «cirque infernal» de la politique, des maires de communes rurales font le choix de ne soutenir personne...

Coralie Lemke

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Le village de Saint George du Rosay dans la Sarthe.
Le village de Saint George du Rosay dans la Sarthe. — G. MICHEL/SIPA

« L’affaire Fillon, si ça m’était arrivé, ça aurait été réglé en 10 minutes. » Gabriel Paulin est hors de lui. Le maire de Bresilley en Haute-Saône, a décidé de ne parrainer aucun candidat pour la présidentielle 2017. « Déjà, j’aurais commencé par présenter mes excuses. Ensuite, j’aurais déposé un chèque pour rembourser les salaires perçus par mon épouse. Et puis j’aurais demandé la création d’une commission pour que tous ceux qui ont fait pareil remboursent également ce qu’ils doivent. »

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A la tête de sa commune depuis 11 ans, il se dit « dégouté par le cirque infernal » de la politique, un monde dans lequel « tout le monde tire la couverture à soi ». Après avoir parrainé « un petit candidat » il y a cinq ans, cette année, Gabriel Paulin a choisi de s’abstenir. « On a complètement perdu notre bon sens paysan. D’ailleurs, dans mon village, il n’y a plus d’agriculteurs depuis 30 ans. » Parmi les 200 habitants, surtout des retraités et des salariés qui travaillent à Besançon, à 35 kilomètres ou Dôle, à 25 kilomètres.

« Ce n’est franchement pas sûr que j’aille voter »

« Si je vote, ce sera pour Nicolas Dupont-Aignan. Mais ce n’est franchement pas sûr que je me déplace jusqu’à l’isoloir. » A la tête de Fournols, 400 habitants, dans le Puy-de-Dôme, Pierre Méry aurait voulu voter blanc. « Mais bon, le vote blanc n’est pas reconnu. »

Après trois mandats et 37 ans au conseil municipal, il a été tenté par le Front national. « Il y a cinq ans, j’avais exprimé mon soutien à Marine Le Pen. Mais finalement, je ne lui ai pas donné mon parrainage car nous avons trop de désaccords. Je ne veux pas revenir au franc ni sortir de l’Europe. » Médecin de formation, il dit beaucoup discuter avec les habitants « entre deux consultations. » « Personne ne parle de ce qui les concerne, comme la retraite minable des agriculteurs », déplore-t-il.

Autre raison invoquée : la peur d’être étiqueté. Pour la première fois cette année, en vertu d’une loi d’avril 2016, l'intégralité des noms des parrains sera publiée par le Conseil constitutionnel. 

A Chargey-les-gray en Haute-Saône, le maire, Patrice Lavoye, qui n’est pas encarté, a lui aussi décidé de ne parrainer personne. « Evidemment, il a des affinités au niveau local. Mais il n’a pas d’étiquette et n’aimerait pas qu’on l’enferme dans une case. Voilà pourquoi il est réticent à donner son parrainage. Et puis, il estime que chaque électeur est assez grand pour se faire son propre avis et voter en conséquence », explique-t-on à la mairie.

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Une justification qui ne surprend pas Cédric Szabo, le directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). « Ces maires sont ancrés au niveau local. Une prise de position pourrait avoir un effet sur l’apaisement dans leur commune. » 

Cédric Szabo insiste aussi la lassitude que connaissent les maires des petites communes. « Ils crient le désespoir et le besoin d’être accompagnés dans leur mission de service public mais personne ne les écoute. » Il rappelle qu’en 2012, sur les environ 42.000 élus habilités à donner leur parrainage, seuls 14.790 avaient donné leur signature à un candidat.