Présidentielle: Pour les sympathisants de Fillon, «la justice reste un pouvoir de l'Etat auquel il faut se plier»

HERITAGE Sympathisants et élus du camp Fillon craignent le délitement de la droite républicaine après les attaques de leur candidat contre l’institution judiciaire…

Coralie Lemke

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François Fillon lors de sa conférence de presse à son QG de campagne le 1er mars.
François Fillon lors de sa conférence de presse à son QG de campagne le 1er mars. — N. MESSYASZ/SIPA

Cette droite-là n’est plus la leur et ils commencent à le dire. « J’attends que François Fillon se retire. » Gaël, 20 ans, étudiant dans l’Hérault et électeur de droite avait choisi François Fillon avant même les primaires de la droite. Mais il a décidé de lâcher son candidat après sa « conférence de presse surréaliste » donnée mercredi. « Il a toujours dit qu’il se retirerait s’il était mis en examen. Sauf que là, il a annoncé qu’il resterait candidat après sa mise en examen du 15 mars. »

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Selon Gaël, le candidat ne respecte plus les valeurs républicaines. « La justice reste un pouvoir de l’Etat auquel il faut se plier. Il fustige aussi les médias, mais si on dit que les médias sont le quatrième pouvoir, ce n’est pas pour rien. » Le jeune électeur de droite se dit persuadé que de nouvelles révélations vont éclater dans la presse. « Il ferait mieux de tout arrêter maintenant et de sortir par la grande porte en allant régler ses affaires face aux tribunaux. »

Impossibilité de mettre la justice de côté

Une attitude largement condamnée par les lecteurs de 20 Minutes. « Quand un candidat à l’élection présidentielle remet en cause les piliers essentiels de la démocratie que sont la presse et la justice indépendante, c’est atterrant » explique Claire, étudiante en histoire à la Sorbonne. « Quand on n’a aucune défense on attaque la presse et la justice », poursuit Hugo, originaire des Hauts-de-Seine et étudiant en journalisme.

Cette semaine, plusieurs élus Républicains ont fait part de leur inquiétude face à l’attitude du candidat Fillon. « Il n’est pas possible de continuer à faire campagne contre la Justice », expliquait mercredi dans un communiqué de presse Fabienne Keller, sénatrice LR du Bas-Rhin. « Nous oeuvrons tous les jours pour convaincre nos concitoyens de la nécessité de respecter nos institutions », poursuit Benoist Apparu, député de la Marne et maire de Châlons-en-Champagne.

Interviewé au journal de 20 heures de TF1 le 3 janvier dernier, François Fillon affirmait pourtant être « gaulliste et chrétien ». Dans les années 90, l’ancien Premier ministre a été un proche de Philippe Seguin. « Mais il a beau avoir été aux côtés de ce gaulliste social, il n’en a rien gardé », tranche Christian Delporte, historien et spécialiste de la Ve République. « Jamais Phillippe Seguin n’aurait critiqué les institutions républicaines ou la Constitution. »

« On a complètement dévié du gaullisme. C’est du populisme »

Pour le spécialiste, l’appel à manifester dimanche au Trocadero est même « grave ». « Quelqu’un qui prétend devenir président, donc le garant de l’autorité de l’Etat et de la justice mais qui appelle à se rassembler contre les juges, ça me paraît inquiétant. On a complètement dévié du gaullisme. C’est du populisme. »

Gaël, le jeune sympathisant de droite reste méfiant quant à la manifestation de dimanche. « Si c’est juste une manifestation de soutien, pourquoi pas. Mais si c’est pour que cela devienne un rassemblement contre la justice et les médias, alors là, je dis non. »