Affaire Fillon: «Il y a un nouveau risque de voir sa campagne brouillée»

INTERVIEW Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, réagit à l'annonce ce mercredi de la convocation de François Fillon devant les juges le 15 mars...

Propos recueillis par L. C.

— 

François Fillon a annoncé qu'il ne se retirerait pas de la course à l'Elysée, le 1er mars 2017, à Paris.
François Fillon a annoncé qu'il ne se retirerait pas de la course à l'Elysée, le 1er mars 2017, à Paris. — Francois Mori/AP/SIPA

A 50 jours du premier tour, la campagne de François Fillon est encore perturbée par les affaires. Le candidat Les Républicains à l’élection présidentielle a annoncé ce mercredi depuis son QG parisien qu’il était convoqué par les juges, le 15 mars, en vue d’une mise en examen. Après cette allocution très attendue où il a confirmé le maintien de sa candidature, 20 Minutes a interrogé Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Institut français d’opinion publique (Ifop).

>> Affaire Fillon : Suivez les événements en direct par ici

Quel est le message que François Fillon a adressé ce mercredi à ses électeurs ?

Il y a une continuité quasi parfaite sur le fond, François Fillon a réaffirmé sa détermination de ne pas se retirer, fermement, avec notamment ce triplement du « Je ne me retirerai pas » qui fait penser au discours du 30 mai 1968 du général de Gaulle. Il a en a nouveau appelé au peuple, s’appuyant sur la légitimité qu’il tire de la primaire et affirmant que seul le suffrage universel peut la lui retirer.

Et sur la forme ?

Il y a une dramatisation évidente et il intensifie la virulence de ses attaques contre la justice.

François Fillon s’est aussi adressé à sa famille politique, affirmant qu’elle résistera. Quelles sont les conséquences pour le clan Les Républicains ?

François Fillon a réussi à montrer qu’il n’y avait pas de plan B, il a également montré que toutes les sensibilités, des sarkozystes aux juppéistes en passant par les lemairistes [cette interview a été faite avant que Bruno Le Maire n’annonce sa démission], le soutiennent. Il a désigné deux repoussoirs, la « folle aventure de l’extrême droite » et « la continuation du hollandisme », sans les nommer, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Dans ce contexte, François Fillon appelle toute la droite à faire bloc.

D’ici à sa convocation du 15 mars, la quinzaine à venir pour François Fillon s’annonce inédite. Comment cette convocation peut-elle affecter sa campagne ?

Ces 15 prochains jours vont être absolument capitaux. Il y a un nouveau risque de voir sa campagne brouillée, alors qu’il s’était un peu rétabli dans les derniers sondages. Va-t-il faire campagne ? Ses meetings vont-ils être perturbés ? Il doit en tout cas montrer que le 15 mars n’est pas un problème. Quinze jours, dans une campagne présidentielle, c’est long, surtout quand le vote ne s’est pas encore cristallisé. Le 15 mars, on sera à un peu plus d’un mois du premier tour, il restera encore du temps. La remobilisation de l’électorat de droite va-t-elle se poursuivre ? Ou bien va-t-il y avoir une part de sympathisants qui se détourneront ? On voit déjà que 15 à 18 % des électeurs ayant voté Sarkozy au premier tour en 2012 vont chez Macron.