Nationalistes en Corse: L'exécutif face à un début de polémique

REGIONALES La victoire des nationalistes puis le discours de Jean-Guy Talamoni en corse alimentent la controverse...

N.Beu. avec AFP

— 

Manuel Valls et François Hollande
Manuel Valls et François Hollande — STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

Eclipsée par le score du Front national dimanche, la victoire des nationalistes en Corse n’a pas tardé à se faire une place dans l’actualité. Une polémique est même née jeudi avec la prononciation par le nouveau président de l’Assemblée de l’île, Jean-Guy Talamoni, d’un discours en corse.

Comme Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, Jean-Guy Talamoni a réclamé la libération des prisonniers « politiques », au nombre de 25. « Demain, nous obtiendrons l’amnistie des prisonniers et des recherchés (…) et personne ne pourra s’opposer à cette volonté populaire », a-t-il assuré. « En votant pour les nationalistes, le peuple corse a dit que la Corse n’était pas un morceau d’un autre pays mais une nation, avec sa langue, sa culture, sa tradition politique, sa manière d’être au monde », a-t-il ajouté, le tout en corse. « Le peuple corse existe (…) et va construire et assumer son destin, dans la paix et la démocratie », a quant à lui promis Gilles Simeoni en s’adressant « solennellement au gouvernement et à l’Etat ». « Cette logique d’émancipation passe nécessairement par une relation repensée et reformulée à l’Etat », a-t-il dit.

Chevènement sous le choc

En réponse, le gouvernement a oscillé entre fermeté et apaisement. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, a d’abord coupé court à toute velléité de sortir des clous, avertissant que « la République n’a pas l’intention de baisser les bras » et que « la loi sera la même pour tous, y compris en Corse ». Puis Manuel Valls, qui rencontrera « prochainement » Gilles Simeoni, l’a assuré que le gouvernement « continuera à dialoguer avec les élus de la Collectivité territoriale de Corse pour mettre en œuvre les évolutions statutaires vers la collectivité unique telles qu’elles sont prévues par la loi ».

Malgré cette mise au point, des voix se sont élevées à gauche et à droite pour exiger une réponse plus ferme. Ainsi, l’ancien ministre et président de République moderne, Jean-Pierre Chevènement, s’est dit « certainement » choqué vendredi par le discours en corse prononcé jeudi par l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni. A la question : « Avez-vous été choqué qu’il [Jean-Guy Talamoni] prononce son discours en corse ? », qui lui était posée sur Europe 1, l’ancien ministre de l’Intérieur, en fonction au moment de la négociation d’un nouveau statut de l’île, a répondu : « Certainement ».

« Aujourd’hui, la co-officialité de la langue corse, que réclament les nationalistes, d’autres la réclament par ailleurs. Si on votait cette charte des langues régionales et minoritaires, eh bien, il faudrait que les actes de mariage, de décès (…) puissent être rédigés non seulement en français mais dans une soixantaine d’idiomes. Ce serait l’éclatement de l’espace national », a-t-il jugé. Alain Juppé s'est, pour sa part, contenté d'un rappel de la loi sur Twitter.

Fillon dénonce des «invectives»

François Fillon, lui, a demandé à François Hollande « une réaction claire » face aux « insultes » de la majorité nationaliste « nouvellement élue » à la tête de la Corse. « Le prononcé d’un discours inaugural dans une langue qui, à ce jour, n’est pas celle de la République, la référence à des prisonniers "politiques" dont le Premier ministre a rappelé récemment qu’ils n’existaient que dans l’imagination des nationalistes, et plus encore les insultes faites à l’histoire de notre pays méritent de la part du chef du gouvernement un ferme rappel à la loi et de la part du chef d’Etat une réaction claire concernant l’unité de la nation française », a déclaré l’ancien Premier ministre dans un communiqué.

« Même s’il est permis de douter de sa viabilité, cette nouvelle majorité bénéficie de la légitimité de l’élection », a-t-il reconnu avant d’ajouter : « Mais cela ne l’autorise en aucun cas à s’exonérer du respect de la loi et à proférer vis-à-vis de la France des invectives dignes de l’agitation clandestine que l’on croyait révolue. »