Elections régionales: «Le sursaut de mobilisation a bénéficié au front républicain»

INTERVIEW C'est ce qu'explique Virginie Martin, professeur de sciences politiques et de sociologie à Kedge Business School et politologue française, présidente du Think Tank Different...

Anne-Laëtitia Béraud
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Manuel Valls, Premier ministre, le 13 décembre 2015 à Paris.
Manuel Valls, Premier ministre, le 13 décembre 2015 à Paris. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Au second tour des régionales, droite et gauche se partagent les 13 nouvelles régions, le Front national ayant échoué à transformer l’essai du premier tour. Elements d’analyse ce dimanche soir avec la politologue Virginie Martin, professeur de sciences politiques et de sociologie à Kedge Business School, présidente du Think Tank Different…

Le Front national n’obtient, ce dimanche soir, aucune région, alors que le parti avait obtenu des scores importants au premier tour. Que cela signifie-t-il ?

Visiblement, la mobilisation et le sursaut de participation, calculé à plus de 10 points, ont beaucoup plus bénéficié au front républicain qu’au Front national. Au premier tour, il y a eu un élan du FN en termes de voix, et la possibilité de gagner un exécutif était réelle. Ce dimanche soir, on peut remarquer que le verrou n’a pas sauté pour le FN.

Le FN est-il toujours bloqué par un « plafond de verre » ?

Je n’utiliserai pas cette expression, car, sur plusieurs aspects, le FN est au-dessus du plafond. Ce parti reste seul face à l’ensemble des partis politiques et le monde économique. Il est plus juste de dire que le dernier cliquet n’a pas été enclenché pour le FN, et que le cordon sanitaire autour du front républicain a fonctionné pour ces élections.

Que dire des scores de la droite ?

Ce n’est certainement pas ce soir une victoire pour Nicolas Sarkozy. Sa stratégie du retour, d’une reconquête de l’UMP pour reconquérir la France, n’est pas validée. Sa stratégie pour ces régionales [de ni-retrait ni fusion des listes pour contrer le FN] et sa droitisation ont été chahutées par ses proches, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Xavier Bertrand. Et son projet de siphonner les voix du FN n’a pas fonctionné. Nicolas Sarkozy court le risque de s’isoler au sein de sa famille politique, ce n’est pas de bon augure au sein d’une primaire ouverte, de la droite et du centre, en novembre 2016.

>> Le live de la soirée électorale du second tour des régionales

Et pour la gauche ?

L’électorat de gauche existe encore, et s’est mobilisé au second tour. C’est un succès pour le couple exécutif Hollande-Valls. Et plus particulièrement pour Manuel Valls, qui a nationalisé et dramatisé l’enjeu, quitte à sortir de son rôle de Premier ministre de tous les Français. Sa stratégie a fonctionné pour ce second tour.

Quel est, selon vous, l’enseignement de ce scrutin ?

Peu après les résultats, on a vu les vainqueurs Christian Estrosi (PACA) et Xavier Bertrand (Nord-Pas-de-Calais) évoquer l’alerte donnée par ces élections, mais aussi les électeurs de gauche. En PACA, Christian Estrosi a évidemment négocié quelque chose avec la gauche. Il sera intéressant de voir comment ces exécutifs régionaux fonctionnent, et si la droite est d’une manière ou d’une autre redevable de la gauche.